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Affichage des articles associés au libellé Walter Benjamin

Vingt ans avant

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  Exils # 35 (05/06/2024) Donc en deux mille quatre, ce passé se rattrape, l’auteur Le Meur, dissimulé derrière un double pseudonyme dépourvu de frime, revoici Tarkovski et même Margaret Mitchell, revoilà pourquoi pas Asia (la Scarlett O’Hara de Autant en emporte le vent , justement, versus la Scarlet Diva de la fifille fébrile du caro Dario), ne se posait en avocat du dernier Coppola, imagier mégalo du bien nommé Megalopolis , ne critiquait par opposition, par-delà sa culturelle (sur)production, notre époque médiocre et sa mondialisée camelote, royaume à la gomme de singes sans méninges, pas seulement sur les écrans, mon enfant, salon à la con de « coiffeuses et coiffés » pour conférencier spécialisé, presque désespéré par les errances de la trance (de l’enfance, de la jouissance) et les solos du « réseau » (stimulation de la simulation baguenaude Baudrillard). Fi de musique supposée « sociologique », de colères lapidaires (de quinquagénaire), ...

Le Portrait de Dorian Gray

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  Conte comique, d’esthétique et d’éthique… « One man. One masterpiece. One very big mistake » affirme l’affiche. Les psys apprécient : l’homme en somme semble un enfant trop grand, le chef-d’œuvre vandalisé, à l’insu de son plein gré, dissolvant à éviter, CQFD, s’appelle en sus La Mère de Whistler , tout ceci sent ainsi l’acte manqué maternel, le complexe d’Œdipe à la truelle, de peintre en bâtiment, évidemment. Au côté de l’excellent Rowan Atkinson, croisé naguère chez Kershner ( Jamais plus jamais , 1983), Roeg ( Les Sorcières , 1990), Abrahams ( Hot Shots 2 , 1993) ou Kerr ( Johnny English contre-attaque , 2018), surprenant et impeccable Maigret à la TV, on reconnaît Peter MacNicol, déjà là au sein de SOS Fantômes 2 (Reitman, 1989), autre histoire de tableau à rendre marteau, moins emblématique, plus maléfique, aussi peu humoristique, où il incarnait encore un conservateur de musée dépassé, téléguidé, style Renfield, par un étrange étranger. Remarquez illic...

Extorsion + Reporter criminel : L’Homme des foules

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Rappel des criminels précédant la reprise de la symphonie. En découvrant ces deux ouvrages, à la brièveté séparée par le pavé de Perfidia , par l’ album de LAPD ’53 , on se surprit ou pas à penser à Poe. La fascination des femmes défuntes, l’enquête policière comme odyssée existentielle, la foi en filigrane : autant de correspondances entre Edgar & Ellroy, même si le divin du premier se différencie du second, plus cosmique et moins chrétien, on renvoie vers Eurêka . Le lecteur familier de l’auteur classera tout ça fissa, Extorsion disons en prolongation de Dick Contino’s Blues et Reporter criminel  dans le prolongement de Crimes en série ou Destination morgue . Ellroy essayiste, Ellroy nouvelliste, Ellroy radoterait un brin, le ferait bien ? Oui et non, car l’écrivain, sur son terrain d’élection, sait s’ouvrir des horizons. À l’instar de Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950), Extorsion , sous-titré Les confessions de Freddy Otash , donne à lire l’autob...

La Chambre claire : Note sur la photographie : La Pitié dangereuse

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Barthes, Bazin, l’air de rien, l’ aura du macchabée, l’identité de l’aimé(e).   Clair et court, modeste et illustré, l’essai dématérialisé, lu en ligne, hier soir, s’avère une conversation avec soi-même, une quête à la fois subjective et objective, à l’instar de l’être photographié lui-même, conscience réifiée. Barthes cite Sartre, hommage liminaire à L’Imaginaire (1940) inclus, Baudelaire, Blanchot, Kafka ou Nietzsche. Il écrit, il décrit, il se souvient, se suppose un destin, use du subtil latin, afin de formuler sa typologie jolie, sa théorie tressée à l’intériorité. Il se moque du mode d’emploi, ça ne l’intéresse pas, il laisse la sociologie aux psys, Dieu merci, il refuse les surprises de l’artifice et il manie le mystique, cf. l’extase de coda. La présence insistante, pénétrante et rayonnante de sa mère, morte, minote, rapproche La Chambre claire (1980) du Livre de ma mère (1954) d’Albert Cohen et de Ma mère du Nord (2015) de Jean-Louis Fournier. Ainsi davantag...

Déjà vu : Remarques sur les remakes

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Refais-moi ton cinéma, que je me mire à mon miroir, avec ivresse ou détresse. Au hasard de la mémoire, au gré de l’actualité, Les Chiens de paille (Sam Peckinpah en 1971, Rod Lurie quarante ans après) ou Conan le Barbare (John Milius en 1982, Marcus Nispel en 2011) hier, Papillon (Franklin J. Schaffner en 1973, Michael Noer en 2017) ou Suspiria (Dario Argento en 1977, Luca Guadanigno en 2018) demain – le refaçonnage des films se porte bien, merci pour lui. Ici, sur 691 critiques, on en dénombre 6, citons donc Le Convoi de la peur (William Friedkin en 1977, Henri-Georges Clouzot en 1953), Death Wish (Eli Roth en 2018, Michael Winner en 1974), Funny Games U.S. (Michael Haneke en 2007 et 1997), Scarface (Brian De Palma en 1983, Howard Hawks en 1932), Le Tigre du Bengale + Le Tombeau hindou (Fritz Lang en 1959, Joe May en 1921). La médiocrité majoritaire des remakes mérite le mépris œcuménique mais mieux. Que nous apprend cette pratique ? Que nous dit-elle de ...

L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique : L’Invention de Morel

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Benjy, pardonne-moi ma familiarité respectueuse, camarade, à l’infini, aujourd’hui. I Si le ciné vous intéresse, vous connaissez, même de loin, Walter Benjamin, entre autres choses signataire de ce petit essai assez surfait, retravaillé sans cesse, lu par votre serviteur dans la traduction de Pierre Klossowski, un familier du procès de Gilles de Rais, parue en revue en 1936, et dans la version définitive, idem traduite, de 1939 sourcée UCLA, certes un brin étoffée, avec le concours anecdotique de Paul Valéry, guère différente cependant, ne transformant rien d’essentiel des postulats ni des thèses. Les textes possèdent une clarté suffisante, disons allemande, pour que je m’épargne le pensum de les résumer, de les commenter, de les paraphraser. Tout ceci se lit vite et, ma foi, agréablement, tant pis pour les portes enfoncées, l’analyse orientée, l’optimisme assumé. En 1940, dans un coin paumé des Pyrénées, le penseur se suicide à la morphine au lieu de passer en Espagne....

Le Musée juif de Berlin : Entre les lignes : Le Ventre de l’architecte

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Stan Neumann et Richard Copans. En vingt-sept minutes, visite d’un espace dissimulé, brisé, hanté, évidé, guidé en voix off par François Marthouret. Durant un plan solaire d’ombres et de lumière, une porte semble s’ouvrir, alors que la caméra, en réalité, se déplace et contourne un mur. Entre les verticales fatales, le réseau dynamique des diagonales, double abîme de béton et de métal, on aperçoit de la verdure, respiration vivante imprévue, (in)congrue. Cut sur des plans en noir et blanc du cimetière hébraïque (et berlinois) de Weissensee, tombes à l’abandon, certaines sans inscription, recouvertes de lierre, désert solitaire d’un calme désastre. Nul ne viendra plus identifier, remplir, les plaques pragmatiques et prophétiques. Puis l’architecte (débuts de Daniel Libeskind, avant le Run Run Shaw Creative Media Centre de HK et l’Occitanie toulousaine contemporaine, son esprit-ventre substitu...