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Affichage des articles associés au libellé Laurent Boutonnat

Panique celtique

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  Exils # 143 (20/11/2025) « T’es pédé ou quoi ? » demande Depardieu à Perez : question de bon ton, désormais démodée, merci au moralisme cinématographique, à la police du lexique, dont le pronom indéfini importe plus que l’épithète obsolète. Diptyque de répliques explicites : « L’amour c’est la merde », toujours du junior , « Ils jouent à un drôle de jeu ces deux », observe avec justesse un flic à l’écoute. Comédie noire souvent desservie par sa forme de téléfilm, TF1 co-produit, l’incontournable Canal+ aussi, Le Pharmacien de garde (Veber, 2003) connut l’échec économique et critique. Alors âgé de trente-sept années, le fils de Francis mit une décennie à s’en remettre, remit le couvert sur un script assez similaire, puisque Bipolar (2014) a priori revisite de Hyde & Jekyll, tourné aux States , sa nation de formation, inédit ici. Autrefois assistant sur La Chèvre (Veber, 1981) et acteur dans Les Fugitifs (Veber, 1986), ensuit...

Les Magnifiques

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  Exils # 52 (30/09/2024) L’impeccable Alan Bates déclare : « Je voudrais perdre la mémoire ». Hélas pour lui, Philippe de Broca n’oublia jamais la guerre d’Algérie, qu’il vécut et filma aussi. Le très complet Philippe de Broca : Un monsieur de comédie reproduit le fac-similé d’une lettre alors adressée à son père, dont on s’étonne qu’elle ne subit la censure militaire. Le jeune homme incorporé au Service (voire sévice) Cinématographique des Armées y tacle avec lucidité, une camusienne impartialité, la gloriole d’Hexagone (en cas de victoire) et l’avènement de l’ALN (au final de défaite). Les disciplinés, les tortionnaires, les « égorgeurs », les « pillards », le cinéaste désormais à succès décide de les mettre à l’écart, de les rendre dérisoires. « Farce tragique, totalement baroque », selon ses propres mots, pourvue de la « valse déglinguée », déclinée, de Georges Delerue (de Broca lui conseilla d’écouter Kurt Weill, el...

Avec les compliments de Charlie

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  Un métrage, une image : Tendre et saignant (2022) Entre deux phrases de Barthes, deux chansons de Lama & Sablon, version Trenet, SVP, le fiston de Danièle Thompson raconte un conte de Noël, (dés)accorde un cours d’économie, carbure à la collision, à la communication, à la capitalisation, sinon à la complice capitulation. L’un des ultimes films de Jean-François Stévenin, père éphémère, comme aphone, endetté, décédé, il s’agit aussi, surtout, d’un hommage à sa compagne Géraldine Pailhas, à son vieilli, vaillant, émouvant visage, d’actrice assez subtile, appréciée autrefois chez Pialat ( Le Garçu , 1995), Harel ( Les Randonneurs , 1997), Garcia ( L’Adversaire , 2002), Ozon ( 5x2 , 2004, Jeune et Jolie , 2013), Campillo ( Les Revenants , 2004), Saada ( Espion(s) , 2008), oui-da. Cheveux courts, phalange étrange, Charly Fleury perd papa, emploi, trouve l’amour, retrouve le vrai goût de la vie, des naturels produits de l’artisanale, familiale, fuie boucherie, autant qu...

Looking for Eric

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  Un métrage, une image : Maestro (2014) Comédie dramatique et sentimentale, vrai-faux making of des Amours d’Astrée et de Céladon (Éric Rohmer, 2007), hommage posthume et méta, Maestro (Léa Frazer) n’en fait pas trop, ne s’étire très longtemps, une heure et quart et à Venise au revoir. La cinéaste se base sur un scénario a fortiori autobiographique, co-écrit par le défunt Jocelyn Quivrin ( Jacquou le Croquant , Laurent Boutonnat, 2007), suit ainsi trois lignes narratives, illustre un tournage, capture une passion, met en images une transmission. Impérial et convivial, même ensommeillé, même courbé, Michael Lonsdale vaut à lui seul la découverte de ce téléfilm jamais nécrophile, qui ne se limite, chic, au portrait attendri et drolatique d’un minuscule milieu, de gens joueurs et joyeux, placé parmi une industrie autarcique. Adoubeur de « beauté », accordeur de « confiance », Cédric Rovère récite du Mallarmé sentimental, du Verlaine crépusculaire, ...

Ça l’affiche bien

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  L’affiche se fiche de foutre la frousse… Elle feint l’effroi fissa, la valeureuse Vera Farmiga, sur l’affiche française du troisième item d’une franchise me laissant indifférent, je le confesse de façon express . Alors que la version US opte en faveur d’une exposition un brin hyperbolique – « The demonic case that shocked America » –, on préfère poser ici une question pas si à la con : « Pourront-ils prouver l’existence du Diable ? », accroche peu moche de suspense à missel, film de procès, tradition étasunienne, CQFD. Le « ils » désignent bien sûr ces spécialistes ès parapsychologie, enquêteurs conjureurs, accessoirement âmes sœurs. Car à son côté, à demi dans l’obscurité, se tient le copain Patrick Wilson, dont l’inquiétude en sourdine ressemble presque à une forme de force tranquille. Conjuring : Sous l’emprise du Diable (Chaves, 2021) par conséquent un film mitterrandien ? En tout cas pourvu d’un poster en souvenir de celui ...

Vampyr : Ils attrapèrent le bac

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    (S’)enfariner, à la farine ou au blé, de force ou de gré, Sharif ou Gray, allez… Commençons donc par un trio d’échos. Le Casse (Verneuil, 1971), À quoi je sers… (Boutonnat, 1989) et Twin Peaks: Fire Walk with Me (Lynch, 1992) se souviennent tous de Vampyr (Dreyer, 1932), puisque in extremis ensevelissement, barque embrumée de néant, visage féminin dément, accessit bien sûr à Buried (Cortés, 2010), récemment miroité, olé. Voilà son aura , sa progéniture supposée impure, de ciné classé populaire, de clip climatique, réflexif, funéraire, d’incestueux insuccès dissocié, dommage, des vivats de TV. Qu’on se le (re)dise : les films, en définitive, se fichent des frontières mortifères, de la réception (révision) des critiques et du public, de la conservation des cinémathèques suspectes, obsolètes, de la suspension des projections décrétée par l’imbuvable gouvernement de Monsieur Macron. Ils vont plus vite que les virus , ils contaminent idem , une mémoire commune ils...

Clash : La Sortie de l’usine Lumière à Lyon

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  Zéro à Zagreb ? Bidons pas bidons… À JW, éprise de PC L’impeccable plastique puis la présence physique de la sympathique, éclectique  Catherine Alric néanmoins n’arrivent à rendre dynamique l’ opus psychanalytique ? Pas grave, pardonnable, puisque ce métrage d’un autre âge, daté du siècle dernier, obscur, oublié, possède quelques qualités, mérite mon billet. Dédié à la mémoire émue de Betty Beckers, déjà au générique de l’estimable, voire marxiste, La Nuit de la mort (Raphaël Delpard, 1980), Clash (Delpard, 1984) en sus se souvient, bien sûr à sa mesurée   mesure, de Carnival of Souls (Herk Harvey, 1962), redéploie Répulsion (Roman Polanski, 1965), revisite La Voix humaine , c’est-à-dire la première partie de L’amore (Roberto Rossellini, 1948). Ainsi en excellente compagnie, celle d’Anna Magnani, Candace Hilligoss, Catherine Deneuve, à laquelle le cinéaste ne pouvait pas ne pas penser, faux air affiché d’une actrice à la suivante, certes, Catherine A...

Tendre Dracula : Le ciel est à nous

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La fatigue et la fuite, le commerce et les promesses… Pierre Grunstein produisit plusieurs films, surtout ceux de Claude Berri, ici retrouvé via Renn Productions, et de Claude Zidi, par exemple L’Aile ou la Cuisse (1976), financé par le fidèle Christian Fechner ; on lui doit idem des items de Bertrand Blier ( La Femme de mon pote , 1983), Jean-Jacques Annaud ( L’Ours , 1988), Oliver Stone ( Alexandre , 2004), Julian Schnabel ( Le Scaphandre et le Papillon , 2007) ou Abdellatif Kechiche ( La Graine et le Mulet , 2007). Il assista en sus Pierre Lhomme & Chris Marker sur Le Joli Mai (1963), Alain Resnais sur Muriel ou le Temps d’un retour (1963) ou Berri, bis , sur Le Vieil Homme et l’Enfant (1967). Pourtant Pierre Grunstein ne réalisa qu’un seul film, un film unique, en effet, intitulé Tendre Dracula (1974) et La Grande Trouille , clin d’œil de distributeur intéressé adressé à La Grande Bouffe (Marco Ferreri, 1973). Adaptateur avec Harold Brav d’un scénario si...

Self Control : Brannigan

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D’une Laura à l’autre, du titre précédent au suivant… 1 « Auteur », ce n’est plus valable aujourd’hui. Jean-Luc Godard Court mais caractéristique, Self Control (William Friedkin, 1984) débute une trilogie poursuivie par Nightcrawlers (1985) puis Police Fédérale Los Angeles ( idem ). Le réalisateur revient à la TV, troque Hitchcock contre Rod (Serling), le cinéaste mélomane, amateur et (futur) metteur en scène d’opéra, accompagne Laura Branigan avant de choper Wang Chung, caméo inclus. Si son Self Control adresse des clins d’œil – et des bras de paroi – à La Belle et la Bête (Jean Cocteau, 1946), à Répulsion (Roman Polanski, 1965), autres mémorables cauchemars sis sous le signe d’une féminité très tourmentée ; s’il reprend en partie l’esthétique onirique, classée X, du tandem Delia & Sayadian ( Nightdreams , 1981 + Café Flesh , 1982 et les affiches en reflet de Fog , John Carpenter, 1980, Pulsions , Brian De Palma, pareil, Massacre dans le...