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Affichage des articles associés au libellé Statut du train

Le Vol du grand Edwin

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  Exils # 56 (18/10/2024) Trois titres, trois trains, trois tons : A Romance of the Rail , The Great Train Robbery , What Happened in the Tunnel , tous trois de 1903, savent conserver leur vitalité, manient le matte et l’humour, persistent à dire quelque chose de peu morose des États-(dés)Unis d’aujourd’hui. Dans le premier, un couple impeccable papote sur un quai déserté, ensoleillé, embarque, regarde et parle du paysage, même ici se marie, merci au cordial curé lui-même immaculé. In extremis , deux types descendent aussi, mais DE DESSOUS la machine, chapeautés, époussetés, clochards en costards. Dans le deuxième, très célèbre, une bande violente détrousse un chœur de voyageurs et se fait fissa flinguer en forêt, bien mal acquis – fichu fric – en effet ne profite. Dans le troisième, le plus court, d’actualité toujours, en tout cas du côté de la « racialité », de la « sororité », mots « marqueurs » de notre époque, deux jeunes femmes profiten...

Ne vois-tu rien venir ?

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  Exils # 55 (14/10/2024) Film funèbre, au Montand émouvant, Un soir, un train (Delvaux, 1968) se termine comme commence Les Mains d’Orlac de Maurice Renard, par un déraillement, des victimes et des survivants. Le dernier plan, en plongée, allongés, reprend presque l’identique et fatidique d’un souvenir, d’un rêve ou d’un fantasme. Comme chez Hitchcock ( The Lady Vanishes , 1938), une femme disparaît ; comme chez Roeg ( Ne vous retournez pas , 1973), voilà déjà un couple en déroute, dans un décor de mort ; comme chez Tarkovski ( Stalker , 1979), trois hommes marchent au milieu d’un mental no man’s land . Moins drolatique mais autant rempli de néant que le compatriotique Malpertuis (Kümel, 1971), remarquez le point commun de Jean Ray cité parmi la parenthèse anglaise, cette odyssée immobile donne à entendre en sourdine l’agitation estudiantine, ici doublée, Belgique oblige, d’une dimension linguistique, sinon xénophobe. Entre présent et passé, mains jointes et visages...

Le Train des épouvantes

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  Un métrage, une image : Terreur dans le Shanghaï express (1972) « Moscou demande d’arrêter l’Express quand il passera l’aiguillage. Je pense que c’est la guerre » : ce type de réplique, presque prophétique, la profère un télégraphiste, demeure d’actualité, cinquante ans après, même si le prêtre orthodoxe, guère orthodoxe, ressemble plus à Raspoutine qu’à Poutine, le Cosaque à Kojak , que l’ami Cacavas musique aussi. Décalque pirate de la célèbre nouvelle de Campbell, co-écrit + co-produit par un duo de cocos, Arnaud d’Usseau & Bernard Gordon ( Les 55 Jours de Pékin , Ray, 1963), d’où, sans doute, le regard rouge de l’extra-terrestre peu perplexe, illico hors frigo, n’omettons un troisième larron, nommé Julian Zimet ( Le Plus Grand Cirque du monde , Hathaway, 1964), Horror Express évoque l’économie riquiqui de Nyby ( The Thing from Another World , 1951), plutôt que la paranoïaque eschatologie du père Carpenter ( The Thing , 1982). Il s’agit, ainsi, d’un huis clos de loc...

Un petit jeu sans conséquence

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  Un métrage, une image : Trans-Europ-Express (1967) En 2011, on retrouve le cadavre de Marie-France Pisier dans une piscine à la Brian Jones & Jacques Deray ( La Piscine , 1969). En 1966, l’actrice aristocratique de bientôt Baisers volés (Truffaut, 1968), Le Fantôme de la liberté (Buñuel, 1974), Les Sœurs Brontë (Téchiné, 1979), Le Prix du danger (Boisset, 1982), L’As des as (Oury, idem ), Parking (Demy, 1985), L’Œuvre au noir (Delvaux, 1988), La Note bleue (Żuławski, 1991) ou Le Temps retrouvé (Ruiz, 1999), dénudée/déguisée en prostituée au prénom à la Losey ( Eva , 1962), succombe à la strangulation du viol-ent client, tué au tournant, Trintignant. Toutefois ce funeste SM de maternelle, Maîtresse Catherine en prime, semble fadasse face à l’attirail médical ligotant au lit une Geneviève Bujold aux prises consenties avec Jeremy (Irons, Faux-semblants , Cronenberg, 1988). Pourtant, l’épilogue pendant, elle ressuscite in extremis , souriante Eurydice, enlacée p...

Une femme disparaît : Trains étroitement surveillés

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Alfred Hitchcock. Hitch et les trains, histoire ancienne, on s’en souvient, puisque le fils de grossiste, selon Spoto, s’auto-récitait des itinéraires ferroviaires. Inutile de revenir ici sur ce motif méta, déjà traité par votre serviteur. Fastidieux aussi de développer les correspondances, vocable adéquat, de Une femme disparaît (1938) avec L’Ombre d’un doute (1943), L’Inconnu du Nord-Express (1951), La Mort aux trousses (1959), trilogie sur rails, ses échos avec Rebecca (1940), La Corde (1948), Le Rideau déchiré (1966), cf. la baronne arrogante, la malle mortelle, la rouste à trois, voilà, voilà. Plus amusant, à défaut de pertinent, n’omettons pas de remémorer que Vanessa Redgrave imitera son papa Michael selon Mission impossible (1996), De Palma dut s’en délecter. Sinon, le film cartographie une utopie cosmopolite, une patrie polyglotte qui n’existe pas, toute ressemblance avec l’Allemagne nazie ...

Le Train des épouvantes : Les Cinq Gentlemen maudits

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Terminus de malice et opus tout sauf à descendre. Débutons par des substitutions : le paquebot des envoûtés de Julien Duvivier (1931) cède sa place à un train très méta, au final aussi funeste que celui d’Auschwitz ; la Mort ne joue plus aux échecs, a contrario du Septième Sceau (Ingmar Bergman, 1957), elle tire aussitôt le tarot, elle s’appelle Schreck, clin d’œil patronymique à l’interprète du Nosferatu le vampire de Friedrich Wilhelm Murnau (1922). Poursuivons par des évocations : Le Train des épouvantes (1965) dialogue à distance avec Hurlements (Joe Dante, 1981), Les Ruines (Carter Smith, 2008), Vaudou (Jacques Tourneur, 1943), Les Mains d’Orlac (Karl Freund, 1935), voire La Famille Addams (1964-1966) ou Comtesse Dracula (Peter Sasdy, 1971). Finissons pas des observations : au niveau de sa structure, le métrage repose sur un thème funèbre et ses variations d’occasions, il commence et se clôt sur la boucle bouclée du gothique, amitiés désargentées de la mini A...

Train de vie : Notes sur les embarquements permanents

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Billet tapé à défaut d’être composté…  Une gare, c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien. Emmanuel Macron Le cinéma n’existe pas, pas encore. Le cinéma n’existe déjà plus, projection de progéria. Ce qu’il reste du cinéma ? Des films d’hier et d’aujourd’hui, tonneau (tombeau) des Danaïdes du mercredi. Le terrorisme en temps réel, les ouragans outre-mer, la Corée du Nord remakant Docteur Folamour  : absolument rien ne saurait abolir l’inanité sonore et guère mallarméenne des sorties inexorables ni le dédale de la Toile planétaire aux faux airs de somnifères. Demeurent en outre des gares, des trains, des trajets, reliquats de révolution dite industrielle, de dix-neuvième siècle obsolète, de transhumance de classes en masse, concurrencés par la route individualiste, voire le covoiturage à la page, bientôt gageons la téléportation façon Monsieur Spock et désormais l’ubiquité du cellulaire. Le cinéma, surtout méta, aim...