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Affichage des articles associés au libellé Georges Delerue

L’Enfant du Président

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  Exils # 171 (24/02/2026) Prologue au téléphone, épilogue aux Goudes, entre les deux, une lettre volée, Marlowe à la place de Poe, la page de titre de Sans espoir de retour de David Goodis, je me tire littéraire et prophétie de Descente aux enfers (1986), mais aussi au domicile cinéphile une affiche du Journal d’une fille perdue (Pabst, 1929) et au-dessus d’une salle de ciné celle des Chiens de paille (Peckinpah, 1971). Giroud & Girod, encore une lettre (en)volée, retrouvée, la mise en images d’un roman édité chez… Mazarine. En dépit du script signé d’une initiée, puisque journaliste passée par l’Élysée, d’un carton de coda à la fameuse formule cette fois-ci de facto ironique, « toute ressemblance » telle une évidence, Le Bon Plaisir   (1984) ne s’assimile au portrait détourné, très chargé, d’un certain François Mitterrand, alors au pouvoir depuis trois ans, même si de courtes écoutes, un gamin adultérin, les médiatiques « chiens » (caméo ...

Les Magnifiques

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  Exils # 52 (30/09/2024) L’impeccable Alan Bates déclare : « Je voudrais perdre la mémoire ». Hélas pour lui, Philippe de Broca n’oublia jamais la guerre d’Algérie, qu’il vécut et filma aussi. Le très complet Philippe de Broca : Un monsieur de comédie reproduit le fac-similé d’une lettre alors adressée à son père, dont on s’étonne qu’elle ne subit la censure militaire. Le jeune homme incorporé au Service (voire sévice) Cinématographique des Armées y tacle avec lucidité, une camusienne impartialité, la gloriole d’Hexagone (en cas de victoire) et l’avènement de l’ALN (au final de défaite). Les disciplinés, les tortionnaires, les « égorgeurs », les « pillards », le cinéaste désormais à succès décide de les mettre à l’écart, de les rendre dérisoires. « Farce tragique, totalement baroque », selon ses propres mots, pourvue de la « valse déglinguée », déclinée, de Georges Delerue (de Broca lui conseilla d’écouter Kurt Weill, el...

Le Testament flamand

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  Exils # 41 (26/06/2024) Encadré en boucle bouclée par deux citations de l’Alice de Lewis (souvenir subit de Alice ou la Dernière Fugue , Chabrol, 1977, sa variante féminine, Kristel versus Carrière), la seconde en écho à celle de Poe placée en épigraphe de Fog (Carpenter, 1980), voici bel et bien un ouvrage des seventies , rempli d’arrêts sur image de son âge (souvenir de l’ouverture de La Horde sauvage , Peckinpah, 1969), de zooms arrière et avant de son temps (l’Italie les apprécie), de plans classés en caméra portée, vestiges du « ciné-vérité », de plans (re)mont(r)és en replay , marqueurs d’une temporalité peu portée sur la linéarité (cf. Roeg). Le mélange de lumière blanche et d’éclairages colorés – le dirlo photo Gerry Fisher va ensuite s’occuper des climatiques Monsieur Klein (Losey, 1976), Don Giovanni (Losey, 1979) ou Highlander (Mulcahy, 1986) – évoque idem la gueule de bois (du cinéma) de ces années-là, comme si Sautet soudain virait Bava, la sé...

Fêtes funèbres

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  Exils # 12 (20/12/2023) Quel élément (du crime ricane von Trier) commun entre L’Inconnu du Nord-Express (Hitchcock, 1951), Furie (De Palma, 1978), Le Retour de l’inspecteur Harry ( aka Sudden Impact , Eastwood, 1983) ? Of course leur crucial carrousel, leur ritournelle mortelle de circularité conflictuelle et cruelle, leur virtuosité visuelle de boucle bouclée comme climax musical causeur de décès emballé, empalé. Le passé ne saurait (tré)passer, il signe et persiste, refait faire un tour de piste aux pantins promis à un impitoyable destin, montés sur un maudit manège ( dixit Djian) de péril et de piège. Parmi un parc de pacte patraque, au palestinien et espionné soleil d’Israël, du côté de l’obscure et encadrée Santa Cruz, la roue de l’infortune, diurne ou nocturne, châtie les pécheurs, deus ex machina de machine maléfique, en rime a la caméra a priori prima donna. De la même manière moins douce qu’amère, la fête foraine au ciné souvent ne se finit de façon serein...

Camille redouble

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  Un métrage, une image : Le Mépris (1963) « C’est un film de Jean-Luc Godard », aussi ce voyage en Italie inverse celui de Roberto Rossellini (1954), propose un prologue à Pierrot le Fou (1965), adoube un blason sans toison bientôt développé dans Une femme mariée (1964), quand sa coda joue avec le souvenir du déjà italien et méta Quinze jours ailleurs (Minnelli, 1962). Bardot & Piccoli remplacent Bergman & Sanders, Michel en Marat s’amuse à singer le Dean Martin de Some Came Running (Minnelli, 1958), le couple plein d’entourloupe va voir au ciné le premier opus précité, Camille & Prokosch, in extremis et de manière moche, se cassent et s’encastrent au milieu d’un camion-citerne, accident de gisant annonçant Week-end (1967). Lang & Palance, Moravia & Homère, Delerue & Celentano, Ponti + la piaule de Malaparte, même de Demy un caméo en cabine de projo : tout ceci fait beaucoup, peut-être trop, la caméra de Coutard caresse des fes...

L’Accordéoniste

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  Marie de France ? Francis de Nice… Limiter Lai à Lelouch, rencontre cruciale, logique comptable, que d’autres fameux tandems, plus productif et pérenne? On ne le fera, peut-être une prochaine fois, à moins que Vladimir Poutine ne nous invite à nous revoir plus tard, époque d’atome, We’ll Meet Again , via Vera Lynn, en coda de Docteur Folamour (Kubrick, 1964). Il ne s’agit, ici, d’exposer de manière exhaustive le CV de Francis Lai, a contrario du boulot consacré à Miklós Rózsa, plutôt de présenter, après avoir volontiers (re)visité son univers, tout sauf de misère, malgré la complainte de Patricia Kaas pour Les Misérables (Lelouch, 1994), toujours sincère, cinq exemples exemplaires, disons décantation, quintessence de puissances. Il convient, dans ce cas-là, de préciser l’apport précieux de l’orchestrateur et directeur Christian Gaubert, auquel le compositeur, au cours d’un entretien rétrospectif et serein, paie un tribut bien vu, bienvenu. Créateur éclectique et c...

Opération Lady Marlène

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  Un métrage, une image : Julie pot de colle (1977) Un meurtre au Maroc, une fausse coupable, un homme ordinaire devant vivre une (més)aventure extraordinaire : Carrière, caméo en conseiller, adapte donc un bouquin méconnu, au titre explicite, Chains of Pity , oh oui, comme d’autres revisiteraient Hitchcock, surtout celui de L’Homme qui en savait trop (1956), une décisive bande magnétique substituée au dénouement dramatique, en musique, utilisation du son à l’unisson. Mais le divertissement sentimental, presque à l’américaine, s’avère assez vite une (recon)quête existentielle, au cours de laquelle la délicieuse emmerdeuse se révèle, en définitive, un vraie sauveuse. « Le temps nous salit » affirme Julie au milieu de ses frites, d’un Paris pourri, elle se tricote un nouveau mari, lui détricote sa vie, mec « récupérable », complice défendable, prisonnier à l’insu de son plein gré. La liberté, il va falloir la payer au prix fort, au prix d’un petit ef...

Être libre : Ne pas oublier Michel Colombier

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  Touche-à-tout et bon à rien ? Lyonnais, Américain… Colombier composa beaucoup, des deux côtés de l’Atlantique, son corpus ainsi se place sous le signe d’un éclectisme assumé, sinon en sourdine revendiqué, par un homme discret, plusieurs fois père puis victime prématurée du cancer . Avant d’être enterré à L.A., l’estimable Michel, inspiré par son papounet, formé de façon classique, croisa donc le chemin du mentor Magne, devint vite directeur musical, chez Barclay, s’il vous plaît, célébra la messe selon le messie Henry , collabora avec Aznavour & Gainsbourg, Barbara, Petula (Clark, who fucking else? ), Madonna, Polnareff & Nougaro, les Beach Boys, Supertramp ou Air, mena forcément à la baguette de renommés orchestres, dont le London Symphony Orchestra, voilà, voilà. Tout cela ne lui suffit pas, puisqu’il signa en sus des BO (en français), des OST (en anglais), à destination du ciné, de la TV, une trilogie jolie, au creux de laquelle (ré)écouter le fameux Emmanuel ...

Marcelin, Pain et Vin

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  Un métrage, une image : Le Conformiste (1970) Exercice de style en caméra mobile, Le Conformiste confirme que Bertolucci se spécialisa fissa dans le dispensable psychodrame à tendance freudienne, sillon creusé à l’occasion pseudo-scandaleuse ou non du Dernier Tango à Paris (1972), 1900 (1975), La luna (1979) ou Le Dernier Empereur (1987). Se reposant souvent sur les talents évidents du mélodiste Georges Delerue , du dirlo photo Vittorio Storaro, du production designer Ferdinando Scarfiotti, du monteur Franco Arcalli et bien sûr de sa petite troupe impeccable, le buono Bernardo voudrait bien nous convaincre qu’il ravive Moravia, qu’il sait où il va, qu’il étudie les mœurs de malheur d’une époque ad hoc , comme son compatriote Scola, oui-da, homosexualité idem ( Une journée particulière , 1977). En réalité, historique, reconstruite, il se borne à ressasser, tel son « mouchard » à mémoire, pour l’originalité, la lucidité, la densité, il peut repasser, surto...

Robe noire : L’habit ne fait pas le moine

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Bruce Beresford. Moins renommé que l’interminable mélodrame Mission (Roland Joffé, 1986), dommage pour l’admirable Morricone, voici donc Robe noire (Bruce Beresford, 1991), disponible en ligne dès aujourd’hui, en direct demain soir, à vous de voir. Produit par Robert Lantos, créancier de David Cronenberg sur Crash (1996), eXistenZ (1999), Les Promesses de l’ombre (2007), ce téléfilm de luxe, tourné surtout in situ , un moment à Rouen, finalisé en Australie, possède pourtant plusieurs qualités, en dépit de ses multiples plans, plutôt répétitifs, de traversées en canoë. Doté d’une drolatique trivialité, d’une violence avérée, le survival évite les écueils du manichéisme, du rousseauisme, du dolorisme, s’oppose aux pièges du pathos, résume in extremis , ironique, laconique carton point abscons, le destin-déclin des amers Amérindiens, enfin chrétiens, des Hurons convertis, disons radoucis, désormais massacrés, a...

Le Dimanche de la vie : Madagascar

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  Balayer le passé, souffrir du saphir… À Jacqueline, de cette découverte à l’origine Dès le premier plan, en travelling avant, on (re)pense, évidemment, aux chers Parapluies de Cherbourg (Demy, 1964), autre histoire de petit(s) commerce(s), de grande guerre ; un plan en plongée, sur le pavé mouillé, lui rend hommage en sus, à Bruges. Mais Herman, ancien assistant de Rossellini, Rivette, Minnelli, Annakin, lui-même assisté par un certain Claude Miller, qui va vite rencontrer le succès ( Adieu l’ami , 1968), essuyer l’échec ( Jeff , 1969), doublé Delon, allons bon, peut-être adouci, grâce à la présence de la gracieuse Anne Doat sa chérie, ici serveuse à soldats, main aux fesses express autorisée, avec le sourire supportée, plus jamais, désormais, tu t’en plaindras, pas moi, signe un premier film (de fiction) doté d’une seule chanson, Delerue à la composition. Sous peu sur le set « en chanté », ensoleillé, des Demoiselles de Rochefort (Demy, 1967), Danielle Da...

L’Aîné des Ferchaux : Deux hommes dans Manhattan

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Nouveau départ à La Nouvelle-Orléans ? Désaccords de mort(s) au volant… Dès l’ouverture en travelling virtuose et en voix off devant un ring de boxe, Melville (Jean-Pierre) cite Melville (Herman), c’est-à-dire décalque l’ incipit de Moby Dick  ; ensuite, il adresse un clin d’œil adéquat au Nous avons gagné ce soir (1949) de Robert Wise. Road movie immobile, errance retracée en transparences, L’Aîné des Ferchaux (1963) sacrifie Stefania Sandrelli, coupe ses boucles, la colore en rousse, tandis que Henri Decae éclaire Michèle Mercier, en danseuse gracieuse déguisée, observée, en bleu satiné de bricolé cabaret. Pas si angélique, l’estimable Niçoise interprète une ex -actrice arrivée à son misérable « terminus », rôle en reflet d’une melvilienne (celle de JP) cruauté. N’oublions pas le pitoyable lapin posé à la paupérisée Malvina (Silberberg) par le cogneur raté, le secrétaire improvisé, aux initiales dédoublées – tout cela, ça va de soi, déplaira aux f...