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Affichage des articles associés au libellé Leni Riefenstahl

Le Messie et le Matricide

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  Exils # 121 (20/08/2025) « Abomination » s’exprime Rampling en sourdine, « amélioration » se félicite le cinéphile en séance gratuite. J’expédiai jadis ainsi la première partie : « Hiératisme, romantisme, scepticisme : pasteurisation nolanisation » ( Un film, une ligne ). Aujourd’hui je dédie quelques lignes à demi laudatives à sa suite – sic transit cinéma mundi . Sis sur le sable du désert et de l’arène, la poursuite du périple de Paul Atréides indeed mérite une mesurée estime. Certes, on y retrouve et on y réécoute hélas la mélasse bien ambient du sieur Zimmer ; certes, le sound design ne lésine sur les effets acoustiques, quitte à faire frissonner le fauteuil ; certes, la philosophie politique paraît presque simpliste comparée à celle du Prince de Machiavel – mais ce passif se voit en vérité dépassé, fluidifié, par l’actif d’une réflexion en action(s) sur les limites du messianisme. Si Lawrence d’Arabie (Lean, 1962), sa m...

Vingt ans avant

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  Exils # 35 (05/06/2024) Donc en deux mille quatre, ce passé se rattrape, l’auteur Le Meur, dissimulé derrière un double pseudonyme dépourvu de frime, revoici Tarkovski et même Margaret Mitchell, revoilà pourquoi pas Asia (la Scarlett O’Hara de Autant en emporte le vent , justement, versus la Scarlet Diva de la fifille fébrile du caro Dario), ne se posait en avocat du dernier Coppola, imagier mégalo du bien nommé Megalopolis , ne critiquait par opposition, par-delà sa culturelle (sur)production, notre époque médiocre et sa mondialisée camelote, royaume à la gomme de singes sans méninges, pas seulement sur les écrans, mon enfant, salon à la con de « coiffeuses et coiffés » pour conférencier spécialisé, presque désespéré par les errances de la trance (de l’enfance, de la jouissance) et les solos du « réseau » (stimulation de la simulation baguenaude Baudrillard). Fi de musique supposée « sociologique », de colères lapidaires (de quinquagénaire), ...

La Corde raide

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  Un métrage, une image : Mister Radio (1924) On se rappelle Leni Riefenstahl, spécialiste alpestre du mélodrame d’escalade, (re)matez La Lumière bleue (1932), jeunes ou vieux. On découvre aujourd’hui Luciano Albertini, acteur acrobate à côté duquel Jean-Paul Belmondo paraît presque ramollo. « La montagne, ça vous gagne » assurait un slogan d’antan ; « Monfort, mon faible » répondait une publicité : Mister Radio (Nunzio Malasomma) entrecroise cela, commence comme en vacances, s’achève sur une providentielle vengeance. Le garçon et Gaston en question, sorte de souple sauvageon, d’inventeur sauveur, voudrait bien démontrer, à la ferroviaire assemblée, la pertinence de son système, grâce aux émissions d’ondes, plus de collisions, quel monde. Mais, mis au défi, il lui manque du fric, une ex -danseuse, reconvertie en « dame de compagnie », dont il préserva la vie, lui renvoie l’ascenseur, intercède en sa faveur, prête à se compromet...

Extase : Climax

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Papa aux cent pas qui ne comprend pas, collier de perles qui se perd, cigarette after sex … Affublé d’afféteries arty (par exemple chaise + chandelier en amorce), lesté d’un symbolisme sexuel à la truelle (mention spéciale à la saillie en POV d’équidé, olé), Extase (Gustav Machatý, 1933), quel dommage, se caractérise en sus par son moralisme maousse. Réactionnaire plutôt que révolutionnaire, le récit d’insatisfaction, de révélation, de suppression, de séparation, s’achève sur un rêve (éveillé, ensoleillé), où l’ingénieur beau joueur envisage la furtive (et fautive) Eva en (joviale) mamma, nous y (re)voilà. La coda contredit ainsi la première empathie, recadre (terme idoine) le (mélo)drame, remet en ordre les rôles (sexués, sociaux). Les mecs construisent, les femmes enfantent, amen , et le réalisateur tchéco imite Murnau (en travelling ), singe Eisenstein (au montage). Commencé comme une comédie (du mariage, malgré la différence d’âge) dépressive, because nuit de noces mor...

Le Redoutable Homme des neiges : Les Nouveaux Sauvages

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Expédition de perdition, sauvetage de naufrage… On connaît l’admiration de Carpenter pour The Quatermass Xperiment (1955) et il me plaît de penser qu’il vit/apprécie aussi ce titre méconnu du même tandem , que The Thing (1982) lui doit une part de sa géographie, de son climat, de sa paranoïa. Transférée du petit carré originel au grand rectangle du « Hammerscope », la morale guère ne diffère, réfrigère : la vraie sauvagerie ne se situe plus du côté du yéti mais bel et bien du bipède, cet homme enneigé en effet abominable, désigné par le titre original à double sens. Entourés par les familiers Molly Arbuthnot aux costumes, Grant à la direction de la photographie, Searle à la musique, souvenez-vous de sa partition inspirée pour La Maison du diable (Wise, 1963), Guest & Kneale co-signent un opus à la fois poétique et politique, une satire en altitude, où se côtoient le spirituel et le spectacle, la mort et l’amour, l’écologie et l’amnésie. Les Britannique...

Le Secret du rapport Quiller : Berlin is in Germany

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Du nouveau à l’Ouest ? Un parfum féminin, hitlérien… Résister à Senta Berger  ? Mission impossible, espions ou point, qui ne se souvient de la muse de Major Dundee (Peckinpah, 1965), L’Ombre d’un géant (Shavelson, 1966), Diaboliquement vôtre (Duvivier, 1967), L’Homme sans mémoire (Tessari, 1974), Croix de fer (Peckinpah, 1977) ou de Double Jeu à la TV ? En 1966, la belle et talentueuse actrice autrichienne enseigne en RFA, soleil noir éclairé avec une douceur ouatée, de mirage magnifié, par Erwin Hillier, familier d’Anderson, des Archers. Tandis que Pinter adapte Hall traduit par Labro, orée de son héros, Barry , entre deux Bond et La Poursuite impitoyable (Penn, 1966), compose/décline une valse mélancolique, presque à la Derrick . Que dissimule Le Secret du rapport Quiller  ? Une sorte d’absurdité généralisée, estivale, qui déjoue les expectatives du spectateur, qui ne comporte aucun killer . 007 peut se démettre, George Segal, guest US souriant, r...

La Fille de tes rêves : Laissez-passer

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UFA ? Fallait pas… À double sens, le titre original explicite l’enjeu du jeu sérieux : la prunelle de tes yeux implique un bien précieux, amoureux, une manière de voir mieux. En mode méta, Fernando Trueba s’inspire plus ou moins du CV d’Imperio Argentina et semble relire le Ernst Lubitsch de To Be or Not to Be (1942). En réalité, sa satire assez soignée – Javier Aguirresarobe éclaira Les Autres (Alejandro Amenábar, 2001), Parle avec elle (Pedro Almodóvar, 2002), La Route (John Hillcoat, 2004), Warm Bodies (Jonathan Levine, 2013) – ne se hisse jamais au-dessus du niveau falot d’un téléfilm de luxe poussif, poussiéreux. Malgré la présence du scénariste Rafael Azcona, collaborateur régulier de Marco Ferreri & Carlos Saura, citons les réussites sarcastiques de La Petite Voiture (1960), Peppermint frappé (1967), Anna et les Loups (1973), Touche pas la femme blanche ! (1974), du compositeur Antoine Duhamel, partenaire poétique privilégié de Jean-Daniel Pollet ( Mé...

The Station : La Montagne magique

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  « La montagne, ça vous gagne » – ou dégomme les hommes du réchauffement. Un The Thing (John Carpenter, 1982) autrichien ? Moins et mieux : une surprise séduisante. S’il s’inscrit dans la tradition teutonne du film alpestre, salut bras dressé à Leni Riefenstahl, s’il se souvient de Alien (Ridley Scott, 1979) et L’Exorciste (William Friedkin, 1973), au cours d’un casque crânien, d’une réplique impliquant « un porteur à Pazuzu », The Station (2013) n’imite personne et possède sa propre personnalité pertinente. L’argument, dans l’air du temps, mélange micro-organismes montagnards et mutations monstrueuses. Le glacier ensanglanté, joli titre original, peut-être inspiré d’un phénomène sis en Antarctique similaire, dû au contact de l’oxygène et de l’oxyde de fer, engendre donc un bestiaire délétère, courant et volant. Ici, à 3 500 mètres d’altitude, au sein d’une station de recherche guère propice à la solitude, puisque peuplée de scient...

Rize : Boyz N the Hood

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Pas de stars du samedi soir, tant mieux – «  You wanna battle with me? » Oh oui, oh oui ! Chorégraphique et politique, dynamique et mélancolique, le documentaire de David LaChapelle séduit par sa modestie, son classicisme. Toujours à la bonne distance, pas celle de la mauvaise conscience, de la visite ethnologique, de l’apologie lacrymale, l’ancien photographe et clipeur s’élève, rises , so , avec ou sans z à la Liza Minnelli, avec ou sans clin d’œil à Martin Luther King ou au scorpion priapique de Kenneth Anger, au-dessus de sa condition d’icône musicalo-iconographique et s’aventure à South Central, « quartier défavorisé », comme disent ici les politiciens et les médias, les adeptes du politiquement correct, du sud de L.A., à trois quarts d’heure sur quatre roues de Hollywood et pourtant à des années-lumière du star system , aiguillonné par l’amicale Christina Aguilera, afin d’y rencontrer une jeunesse dansante, pensante, souriante et croyante. Ni pr...

De beaux lendemains

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 « Piège à cons » ou poltrons, haleines de moutons, contrefaçon de participation. Et sans doute est-il étrange aussi de faire de l’homme parfaitement heureux un solitaire : personne, en effet, ne choisirait de posséder tous les biens de ce monde pour en jouir seul, car l’homme est un être politique et naturellement fait pour vivre en société. Aristote, Éthique à Nicomaque , IX, 9 Est-ce que tu le sens le bonheur Qui se dessine à l’horizon Est-ce que tu la sens la chaleur La nation devient ta maison TiBZ, Nation Les revoilà, suivant la loi. Les revoici, tous réunis. Dans d’affreux petits « films de campagne » sous-titrés, diffusés tous les soirs de la semaine à la TV (publique) assermentée, asservie, tam-tam tribal à la Marshall McLuhan de plus en plus assourdi (bien que les « nouvelles » en ligne fassent « grise mine », entre broutilles de l’ infotainment et jugements « à l’emporte-pièce » du «...