Articles

Affichage des articles associés au libellé Kathryn Bigelow

Élémentaire, ma chère Watson

Image
  Exils # 150 (15/12/2025) L’ambiguïté de Rosemary’s Baby (Polanski, 1968) ? Le dolorisme de L’Emprise (Furie, 1982) ? La chronologie de Lucky (Kermani, 2021) ? Périmètre mortel (Red, 2008) s’en moque à la truelle, malmène Famke Janssen qui se démène, se souvient de Verhoeven ( Hollow Man : L’Homme sans ombre , 2000), l’invisible devient visible via le sang de l’amant, violence virtuose, payer de sa vie le prix d’une nuit d’humide défi, logique symbolique empreinte de puritanisme. Si le synopsis se résume à ceci : une ex -détenue homicide affronte à domicile le fantôme d’un flic, la scène de ménage ne ménage ses dommages et mérite quelques lignes à demi laudatives. Nanti d’un titre d’origine programmatique ( 100 Feet ), assez bien adapté en français, ce survival marital, au final infernal, demeure en flammes, telle jadis la chaufferie du Freddy des Griffes de la nuit (Craven, 1984), naturalise le fantastique, n’en fait une affaire de subjectivité f...

À l’ouest d’Éden

Image
  Exils # 104 (23/04/2025) Adieu aux Doors et à leur Moonlight Drive , voici donc le méconnu Midnight Ride (Bralver, 1990). Sans doute la production Cannon comptait capitaliser sur le solaire Hitcher (Harmon, 1986), mais elle évoque davantage Le Voyage de la peur (Lupino, 1953) et La Proie de l’autostop (Festa Campanile, 1977), même délestée de l’intensité du premier, de la rudesse du second. Sauf celui de cinéphile Italie, tous ces titres ne pouvaient naître qu’en nordiste Amérique, pays de l’espace, patrie du road movie , paranoïa du piéton, victoire de la voiture, en Australie aussi, disons pour d’identiques raisons, on renvoie vers Mad Max (Miller, 1979) et Road Games (Franklin, 1981). Certes le parcours convenu de cette histoire d’un soir de couple en déroute sur la route face à un fêlé « de retour au bercail », direction l’hôpital, périlleux périple à la Ulysse, au picaresque funeste, ne surprend personne, en dépit d’un épilogue en ascenseur et fauteuil, tu...

La Vraie Famille

Image
  Un métrage, une image : Aux frontières de l’aube (1987) Stephen King connaît-il Near Dark ? Sans doute, puisque les vampires de Docteur Sleep se déplacent aussi en camping-car, aucun hasard. L’intitulé français possède une pseudo-poésie, frise le contresens, ne rend justice au symbolisme du titre d’origine, pragmatique et programmatique : jadis éclaireur biblique, aujourd’hui candide en jean , Caleb se situe aussitôt à proximité d’une double obscurité, celle de la nuit, à « écouter », lui intime l’intime Mae, comme son cœur ouvert, offert, à l’avide buveur, dont l’étoilée « clarté » va l’« aveugler », celle de l’esprit, sommé de se soumettre à un « instinct » malsain, de donner la mort démuni de remords. Mais l’amoureux malheureux veut/vaut mieux qu’une immortalité imposée, qu’une longévité galvaudée, à demi stimulée par un sadisme de meute endimanchée. Vrai-faux western , Near Dark retravaille la bataille entre sauvagerie et civilisation, force et droit, immen...

La Horde sauvage : Angel

Image
  Se tirer, s’en tirer, se retirer… Assurons-le à nouveau, au risque de (se) lasser : la violence au cinéma n’existe pas, pas même chez le spécialiste, surtout spécialisé, Sam Peckinpah. Ainsi surgit une équivalence à valeur de correspondance, voire de transcendance, toujours placée à distance, y compris en plein cœur du chaos, on va le (re)voir illico . Pour résumer, au documentaire la captation de l’exécution, au film fictif sa représentation, sa recréation, le mythe funèbre du snuff movie , puis sa déclinaison souvent conconne de torture porn , sis parmi, au milieu, à la fois défi interdit et fantasme odieux. Le cinéaste, on le sait, désirait du réalisme, jusqu’à la nausée assumée du spectateur voyeur. Pourtant, la seconde fusillade de La Horde sauvage (1969) va vite, en dépit du ralenti, vers une autre direction, celle de l’abstraction – n’en déplaise à Kathryn Bigelow, on pense donc plutôt à Pollock qu’à Goya. Durant sept minutes sidérantes, on assiste certes à une d...

Ne vous retournez pas (2) : Un mois de cinéma

Image
  Des films, des films, des films … Frime futile ? Exil utile ! À la mémoire de Sean Connery (1930-2020)   L’Ange meurtrier (Larry N. Stouffer, 1974) Carrie au bal du diable en brouillon, en version Stevenson, dont le bel intitulé français congédie le jeu de mots multiple de l’original, Horror High , pas grave. Premier opus du peu prolifique Larry N. Stouffer, ce métrage méconnu, tourné en deux semaines, mérite sa (re)découverte, sinon son culte discret, car Pat Cardi & Austin Stoker, émouvant, élégant, y forment un estimable tandem espiègle, en écho à ceux de Columbo : du lycée soigné, allez… Le Baiser du diable (Jordi Gigó, 1976) Le strabisme de la Française Silvia Solar s’avère certes irrésistible, cependant l’on sourit assez souvent à cette version hispanique du féminin Frankenstein . Escortée par l’accorte Evelyn Scott, soubrette pas simplette, zombie si jolie, par un scientifique cardiaque et télépathe, notre héroïne, presque marxiste, che...

Blue Steel : Magnum Force

Image
  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Kathryn Bigelow. Cinéaste inégale – l’estimable Démineurs (2009), le dispensable Zero Dark Thirty (2012), le sympathique Point Break (1991), l’anecdotique Le Poids de l’eau (2000) et pas si marginale – des femmes derrière la caméra, on en dénombre même aux USA –, Kathryn Bigelow signe ici un troisième film intéressant, à défaut de passionnant. Co-écrit par Eric Red, le scénariste de Hitcher (Robert Harmon, 1986) et du sien Aux frontières de l’aube (1987), Blue Steel (1990) ferait se croiser La Femme flic (Yves Boisset, 1980) et American Psycho , le roman moqueur, sinon majeur, de Bret Easton Ellis, paru en 1991, pas son adaptation à la con selon Mary Harron (2000). Prise en sandwich , presque au sens propre, sale, salé, de l’expression, puisque ses deux scènes sexuelles, duo de différents amants, l’un réchauffant, l’autre refroidissant, à l’opposé s’enchaînent, l’impeccable Jamie Lee Curtis compose une p...

Claire Dolan : Lucy

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Lodge Kerrigan. « Présentée » par Marin Karmitz, portée par une actrice remarquable et remarquée, hélas trop tôt décédée, voici une œuvre qui captive par sa virtuosité discrète, sa radicalité adulte. Face à deux figures de masculinité tourmentée, à Colm Meaney la dangerosité onctueuse, à Vincent D’Onofrio la fragilité affectueuse, Katrin Cartlidge incarne, au propre et au figuré, donc de tout son corps, une call-girl qui appelle elle-même ses clients. En admirateur de Bresson & Scorsese, Kerrigan filme à son tour l’argent, son chauffeur de taxi à lui, remercie même Jacques Audiard au générique de la co-production franco-américaine, à la texture européenne. Pourquoi Claire se prostitue, cède la scène (sexuelle) à Lucy, professionnel substitut ? Au-delà d’une dette suspecte, ce mystère éclaire l’obscurité du CV. Film de façades, architecturales, sociales, sentimentales, de miroirs, narcissiques...

A Scene at the Sea : Big Wednesday

Image
Suite à son visionnage sur la chaîne d’ARTE, retour sur le titre de Takeshi Kitano. Oh Johnny Jane Un autre camion à benne Te transportera de bonheur en bonheur sous les cieux limpides Jane Birkin Exeunt les gangsters , voici les surfeurs : derrière un titre pictural, un film impressionniste, sorte de beau brouillon à Hana-bi (1997), achevé au même endroit, sur une plage au sable au goût de cendre. En surface, l’argument ressemble à celui de Rocky (Avildsen, 1976), prolétariat + championnat, mais contrairement à Balboa, Shigeru ne connaîtra pas la double acmé de remporter son combat, de serrer dans ses bras son Adrienne « handicapée » à lui. Cette silhouette sans passé, sans avenir, à peine au présent, à peine personnage, privée de parole et d’oreille, porte à son plus haut point le mutisme et l’immobilisme des incarnations de l’acteur-réalisateur. Camusien, presque christique, cf. le couple masculin drolatique des disciples, l’éboueur s’évapore d...

Still the Water : La Chèvre

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Naomi Kawase. La mer, la mort, l’amour : Kitano, avec le superbe Hana-bi , passa déjà par là. Still the Water entend associer Mia madre au Lagon bleu , avec un zeste du Sang des bêtes (bienveillance des abattoirs) et de Cannibal Holocaust (un salut à la tortue) en sus, « au grand dam » des membres de la SPA, assurément révulsés par la double agonie (« effet de réel » paresseux) d’une chèvre (« Ça va durer longtemps ? » se lamente l’adolescent miroitant les spectateurs les plus émotifs). Naomi Kawase, chouchoute des critiques (même divisés) et de la chaîne franco-allemande, documentariste et narratrice visiblement obsédée par la palme cannoise (ire grotesque d’un Angelopoulos naguère « reparti bredouille »), qualifiant son film, en toute modestie, de « chef-d’œuvre », déploie durant cent quatorze très longues minutes sa camelote cosmique à la Malick,...