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Affichage des articles associés au libellé Zoltan Korda

Une femme française

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  Un métrage, une image : Le Bagarreur du Kentucky (1949) Ce western sentimental et territorial, méconnu et mésestimé, s’avère vite un divertissement souvent amusant, toujours intelligent, un film d’amour et d’amitié, par la réalité miroitée, voire l’inverse. Wayne interprète et produit, implique son pote Oliver Hardy, paire improbable et cependant indiscutable, tous les deux dirigés par une vieille connaissance, George Waggener par ailleurs réalisateur d’un Le Loup-garou (1941) pas relou, tandis que le patron de Republic Pictures, studio désargenté, chaque cinéphile le sait, en profite pour cas(t)er sa compagne puis épouse, ouf. Le cinéaste-scénariste ressuscite ici une curiosité historique, à savoir l’acclimatation forcée, aux accumulées difficultés, de colons français.  Le Bagarreur du Kentucky bénéficie aussi du beau boulot du directeur photo Lee Garmes, partenaire ès lumière de Sternberg ( Shanghaï Express , 1932), Hawks ( Scarface , idem ), Korda ( Le L...

Mr. Long : Les Délices de Tokyo

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Sabu. Après une intro à la Tarantino, parlote rigolote de tueurs en chœur, remember Reservoir Dogs (1992), une relecture culinaire de L’Été de Kikujiro (1999) ? Oui et non, car si ce professionnel ronfleur, monolithique, mutique, aux mains lavées, à l’âme malade, doit beaucoup à son homologue selon Kitano, le métrage possède sa propre personnalité, fait penser, de manière mesurée, aux Sept Samouraïs (Kurosawa, 1954), à Clean (Assayas, 2004) et à l’ item de Naomi Kawase (2015), sous-titre d’article, tandis que l’étreinte ultime, bouleversante, exaltante, nouveau contrat, larmes de joie, que fais-tu là, tous vous voilà, renvoie vers la coda idem du Voleur de bicyclette (De Sica, 1948). Correspondance cohérente, puisque Mr. Long (2017), opus en partie à propos de paternité, y compris empêchée, par procuration, par adoption, se soucie à son tour de social, cartographie un quartier, à défaut d’un pays, pau...

Le Voleur de Bagdad : Le Petit Prince a dit

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Ludwig Berger, Michael Powell et Tim Whelan. « Il faut être prudent à Bagdad » : l’avertissement vaut toujours, mon amour, soixante-dix-sept ans après, sans Saddam, n’empêche, Daech. Il ne faut pas chercher, en petit propriétaire critique, à qui appartient Le Voleur de Bagdad (aux Korda, OK , pas que), car il appartient à tous les cinéphiles. Par contre, il convient de le chérir, de le donner à lire. Ouvre le coffre, explore la salle du trésor – que vois-tu, dis-moi ? Je vois un film enchanteur et enchanté qui ne pouvait être produit qu’en temps de guerre, quand l’imaginaire s’avère une nécessité, non plus un passe-temps de parvenus. Je vois un film méta qui démontre que « voir, c’est croire », en effet, un conte de fées enturbannées (voile de la religion) peuplé d’yeux amoureux (ou cyclopéen, apposé sur la proue d’un navire violet), de vrais regards (énamourés), de reflets narciss...

Vacances à Venise : La Vieille Fille

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de David Lean. Jane Hudson (Kate Hepburn, à contre-emploi, en robe) tient la même caméra (à trois objectifs) que Mark Lewis dans Le Voyeur et comme lui elle s’en sert à la manière d’un bouclier entre elle et le monde. Mais la secrétaire (économe) finira par s’en défaire, par l’abandonner dans sa pension échangiste. Plus courageuse que le cinéaste amateur (de femmes immortalisées dans la peur, à mater en s’astiquant devant un snuff movie implicite), probablement moins tourmentée par son papa, l’Américaine (se) guérit de son bovarysme affectif et touristique. Elle s’en sort beaucoup mieux que les héroïnes blessées de Brève rencontre et La Fille de Ryan , qu’elle relie dans sa maturité entre deux eaux (de la lagune). Si Lean ne nous montre jamais les images qu’elle filme, il fait de son film un rêve éveillé, il pratique le POV pour ainsi dire au style indirect, il cartographie un ensemble de stéréotypes (esthéti...

Le Livre de la jungle : L’Enfant sauvage

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Cinq paragraphes, cinq phrases, une heure quarante de visionnage, soixante-quinze années d’inaltérable vitalité – livre de contes et de comptes, donc. Voici un très joli film placé sous le signe du lien : Mowgli ( ex -Nathoo), Moïse de Mumbai, « petit d’homme » et little frog , unit les âges (l’enfance et l’adolescence), les espaces (le village et la forêt), les espèces (les animaux et les hommes), les gouvernances (pulsions versus civilisation), tandis que l’œuvre, dans le sillage enchanteur, émerveillé, du pareillement « collectif » Le Voleur de Bagdad (diptyque fantastique orientalo-britannique), destinée à la fois à un public puéril et adulte, tresse les registres (le conte et le documentaire), les techniques (grosses bestioles de réserve et marionnettes « grandeur nature », en effet), les textures (vérité du décor végétal du Lake Sherwood, au nord de Los Angeles, sur fond d’artificialité assumée des « peintures sur verre »),...

Vedettes du pavé : La Môme

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Un ogre tendre, une charmante voleuse, un musicien lucide : exhumons un plaisant trio étonnamment « moderne », dont la « petite musique » un peu triste précède un grand désastre… Certes, il manque à cette réponse insulaire à Une étoile est née (l’original de 1937) un vrai regard de cinéaste (on ne se souvient aujourd'hui de l’américain Tim Whelan que comme co-réalisateur du Voleur de Bagdad , coincé entre les écrasants Korda & Powell, aux parcours davantage glorieux, ou William Cameron Menzies et Ludwig Berger, bien moins renommés) ; cependant, même modestement servi , le duo Vivien Leigh/Charles Laughton (Rex Harrison, sans une seule fausse note, apparaît plus effacé en compositeur et rival) séduit, alors que les acteurs, semble-t-il, se « détestèrent cordialement », selon l'expression d'usage et les biographes indélicats, l’occasion de saluer leur talent de professionnels (l’une des répliques du métrage) n’en laissant rien...