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Affichage des articles associés au libellé Nacho Cerdà

Color Out of Space : Meteor

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Rendre les armes à Arkham, un réservoir pour se revoir… À la mémoire de Stuart Gordon (1947-2020) Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. Pascal, Pensées Film fol, Color Out of Space (Richard Stanley, 2019) représente l’une des meilleures adaptations de Lovecraft, car il sait conserver le caractère hallucinatoire de son écriture, préserver sa subjectivité radicale, fatale, de récit insane tissé par un témoin guère serein, au bord de la tombe. Il s’agit aussi, sillage des images novatrices des sixties - seventies , d’un film méta, du déploiement à contretemps de l’essoufflement contemporain, du recyclage mesquin, de la rance bien-pensance, des puissances sensorielles du cinéma, la projection pensée (ou le visionnage envisagé) en expérience (personnelle) des limites (perceptives) cinématographiques. Moins métaphysique et poétique que Kubrick ( 2001, l’Odyssée de l’espace , 1968), davantage drolatique et tragique, le second Stanley dresse en sus un mélo...

Le Secret des Marrowbone : Le Château de ma mère

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Moelle d’âme, forteresse de Bettelheim ou Michael Mann, ligne à franchir, à écrire. Un territoire, un manoir, un miroir : nous voici de retour au pays des souvenirs, dirait Mickiewicz, et bien sûr de la cinéphilie, en particulier espagnole. Le triple secret du film, mère mobile, malade, morte, père truand, incestueux, assassin, survivant à personnalités multiples, n’importe quel spectateur des Autres et de L’Orphelinat le connaît, le reconnaît. Nulle surprise puisque le scénariste du second, Sergio G. Sánchez, rédige et réalise Le Secret des Marrowbone , que produit d’ailleurs Juan Antonio Bayona, que met en musique Fernando Velázquez, que monte Elena Ruiz, tous les trois déjà au côté de la belle Belén Rueda, autre mère malheureuse à progéniture de sépulture. Rien de neuf en matière de fantômes, de famille, de présent empoisonné par le passé, de culpabilité partagée à conjurer, à évacuer ? Oui et non, car le mélodrame, terreau de l’horreur, on ne cessera de le rép...

La isla mínima : Matador

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Alberto Rodríguez. Tueur en série d’Andalousie : au programme plutôt prenant, assez balisé, à succès, un policier exilé, un flic franquiste, un beau gosse dégueulasse, un capitaliste (peut-être) amateur de mineures, un coupable à autocollant, croix, contrat, des braconniers, des contrebandiers, des journaliers grévistes et bien sûr des femmes trompées, instrumentalisées, frappées, violées, torturées, assassinées, jetées dans un canal. On peut penser à Memories of Murder pour la chronologie, la géographie, le sort funeste réservé au « deuxième sexe » et l’ombre de Seven assombrit à son tour cet opus solaire, pluvieux, politique et mélancolique. Ici, pourtant, point de tête décapitée en coda, ni de Bach plaqué sur l’enquête. Au contraire, le réalisateur sauve sa Marina in extremis , affiche un classicisme aussi solide que le scénario et manie une ironie pragmatique. La démocratie débutante, balbut...

The Survivor : Get Out

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Attacher sa ceinture et se risquer à l’aventure d’une séduisante exhumation. Blow-Up (1966) s’achevait sur une partie de tennis mimé, The Survivor débute par une partie de un, deux, trois, soleil mutique. Chez Michelangelo Antonioni, David Hemmings photographiait des mannequins, un couple, un cadavre, ici il filme un photographe-rapace dégueulasse digne de celui qui jadis immortalisa le fils de Romy Schneider sur son lit de morgue. Pour Profondo rosso (1975), l’acteur/réalisateur se perdait au creux d’un vrai-faux tableau. Dans Harlequin (1980), il se confrontait à Robert Powell déguisé en Raspoutine selon une lutte de pouvoir, de territoire. Et le comédien bouclé incarna bien sûr un Jésus de Nazareth (1977) télévisé dirigé par le sulpicien Franco Zeffirelli. The Survivor – je n’emploie pas le titre français, désolé, ce Survivant d’un monde parallèle explicite et cheap – prend acte du passé filmique et conserve le caractère heuristique du Dario Argento méta autant q...

Abandonnée : Ne vous retournez pas

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La productrice de films Marie Jones s’en revient dans sa Russie natale, héritière d’une ferme sur une île – on vient d’y retrouver les restes de ses parents. Conduite par un guide étrange, elle rencontre bientôt un certain Nikolaï, qui se dit son frère. Tandis que d’inquiétantes apparitions (et disparitions) la mènent au bord de la folie, elle va tenter de réécrire sa propre histoire, quarante ans après, pour simplement survivre un jour de plus… Le dernier mot appartiendra à sa propre fille. Ce beau portrait de femme se double d’une réflexion sur l’Histoire, celle de Perec avec sa grande hache, et propose une morale cruelle : dans l’oubli seul réside l’avenir.   La nature indifférente, silencieuse, profonde comme un secret, par laquelle débute ce poème funèbre en évoque une autre, celle qui ouvrait Le Miroir de Tarkovski. Dans le même paysage mental apparaissait une femme, amante et mère, gardienne de la mémoire et guide des errances subjectives. Ici aussi...