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Affichage des articles associés au libellé Michel Legrand

L’Étranger de L.A.

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  Exils # 50 (16/09/2024) Un papillon sur l’épaule se termine sur la mort de Lino Ventura, descendu dans la rue, tombé à distance et dans l’indifférence, effet snuff movie garanti. Un homme est mort – aussi co-écrit par Jean-Claude Carrière – s’appesantit sur l’agonie de Jean-Louis Trintignant, au creux de l’habitacle d’un corbillard, un gamin proche et lointain pour témoin. Ce dernier plan, assez sidérant, audacieux et silencieux, avant l’arrivée de l’énergie funky du thème de Michel Legrand, démontre en sourdine une maîtrise de l’espace et du temps (surcadrage du pare-brise, durée dilatée), une manière de magnifier, sinon d’immortaliser, en image arrêtée, le grand moment d’un talent évident (l’acteur majeur touche sa bouche, aussi ahuri et motorisé que le trop calme Dustin Hoffman des Chiens de paille ). Le meilleur du cinéma de Jacques Deray, réalisateur à succès, auteur à réhabiliter, possède ainsi cette densité existentielle, cette mélancolie individuelle, ce qui sied à ...

Et tu t’amènes au cinéma

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  Exils # 32 (16/05/2024) À dix euros le ticket (qui n’explose, n’en déplaise à Bill Burroughs), mieux vaut ne pas se planter. Si l’on se dit que ce prix moyen d’une place de cinéma en monnaie de singe communautaire devrait décourager le « grand public », a priori impacté par la « paupérisation » économiquement constatée d’une croissante partie de la société, il convient de se souvenir du succès financier du classé « septième art » en période de désespoir, donc durant la Grande Dépression aux États-Unis puis pendant l’Occupation ici. Avec son prologue explicite et symbolique – future et point pure nouvelle Ève, l’anti-héroïne y dérobe une pomme parmi la « Grosse Pomme » – de chômeuse voleuse ; avec son dépaysement aussi fantasmatique et fantastique qu’érotique et exotique ; avec son parallélisme spatial, une jungle insulaire et autarcique au large de Sumatra versus de la capitaliste et phallique New York la fameuse « jung...

Quelques mots d’amour

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  Da ba da ba da ? Dabadie, pardi… Comme Houellebecq, Poe se pensait poète ; la postérité, on le sait, ne le suivit ici. De Dabadie , décédé voici deux années, demeurent donc des mots, ceux d’un parolier, doté d’un spécialisé pedigree , plutôt que d’un aède, ne lui en déplaise. Romancier contrarié, « à l’abri du succès », dramaturge par intermittence, point trop n’en faut, par exemple pour Annie Girardot, bien sûr scénariste, sinon dialoguiste, citons un paquet de collaborations avec Robert, Sautet, de Broca, Pinoteau ou Jean Becker, jusqu’au récent Les Volets verts (2022), transposition de Simenon, quelques tandems, au côté de Delannoy, Nadine Trintignant, Truffaut, Rouffio, Lautner, Girod ou Lelouch, ce modèle d’élégance, pas seulement vestimentaire, surtout littéraire, de modestie aussi, décoré, récompensé, académicien, rien de moins, commit en sus, alors soldat du mercredi, des sketches de Bedos, deux ou trois autres choses, retracées selon ses soins ser...

L’Italien

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  Baryton de bon ton, anthologie jolie… À ma mère Ce soir-là on sortait d’un cinéma La Chanson de Paul En 1922, Reggiani naquit. En 2022, que reste-t-il de lui ? D’abord des rôles, surtout ceux au ciné, qui s’étendent sur une cinquantaine d’années. On vit ainsi Sergio chez Ophuls ( La Ronde , 1950), Jacques Becker ( Casque d’or , 1952), Le Chanois ( Les Misérables , 1958), Duvivier ( Marie-Octobre , idem ), Comencini ( La Grande Pagaille , aka Tutti a casa , 1960), Visconti ( Le Guépard , 1961), Melville ( Le Doulos , idem + L’Armée des ombres , 1969), Clouzot ( L’Enfer , 1964), Enrico ( Les Aventuriers , 1965 + Les Caïds , 1972), Sautet ( Vincent, François, Paul... et les autres , 1974), Ferreri ( Touche pas la femme blanche , idem ), Carax ( Mauvais sang , 1986), liste subjective non exhaustive. On l’entendit aussi, puisqu’il se piqua, au mitan de son temps, d’un second type d’interprétation, à l’écart de l’écran choral, au creux de l’écrin vocal. Reggiani chan...

Les Feux de la Chandeleur : L’Amour fou

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  Alliance à médisance, couscous à la rescousse… À ma mère Si les femmes mettent les hommes au monde, donc les condamnent à mourir, sinon se reproduire, les fils déjà pères, meurtriers involontaires, enterrent leurs mères au soleil d’hiver. Voici en définitive la morale lucide et dépressive d’un opus parfois poignant, clairement à contre-courant, muni d’un conservatisme social et sexué à démanger quelques sensibilités, gauchiste ou féministe en particulier. Le hasard ne saurait exister au ciné, alors en écho aux Neiges du Kilimandjaro (Guédiguian, 2011), encore un conte de couple en déroute, politisé, où l’on parle de la Pavane de Ravel, à défaut cette fois de la faire écouter. Ça commence fort, le remarquable Rochefort se fait foutre dehors, scène de ménage matinale, douce-amère, devant les enfants, le garçon comprend, la fille s’empiffre. Débuté en février 1962, terminé dix ans après, l’ item intime, quasi en autarcie, semble se soucier d’usine, de grévistes, d’avortemen...

Un chant d’amour

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  Boucle (dé)bouclée, moyen métrage emprisonné, homme protéiforme salué… 1967 : Perrin (dé)peint l’étoile de ses toiles, marin romantique, homoérotique, magnifique, à rendre humides les demoiselles (de Rochefort, d’abord) et (ra)mollir les mecs, même s’ils ne l’admettent, modèle de mélancolie solaire auquel répondra le Querelle (1982) crépusculaire de Fassbinder. 1988 : Perrin se souvient, de l’enfance d’autrefois, du décès du cinéma, déjà, lieu social de lien social, de projection alors artisanale, surtout en Sicile, aussi le cinéaste esseulé pleure de bonheur, devant le bouquet de baisers censurés, laissé en legs par le trépassé Noiret, il en oublie Berlusconi. 2022 : Perrin s’éteint, sans doute serein, à quatre-vingts ans vécus sans perdre de temps, acteur de valeur, financier jamais épicier, documentariste écologiste, cinéphile sincère et sensible. Au ciné, on le vit dans La Vérité (Clouzot, 1960), « Et Satan conduit le bal » (Dabat, 1962), Compar...

L’Accordéoniste

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  Marie de France ? Francis de Nice… Limiter Lai à Lelouch, rencontre cruciale, logique comptable, que d’autres fameux tandems, plus productif et pérenne? On ne le fera, peut-être une prochaine fois, à moins que Vladimir Poutine ne nous invite à nous revoir plus tard, époque d’atome, We’ll Meet Again , via Vera Lynn, en coda de Docteur Folamour (Kubrick, 1964). Il ne s’agit, ici, d’exposer de manière exhaustive le CV de Francis Lai, a contrario du boulot consacré à Miklós Rózsa, plutôt de présenter, après avoir volontiers (re)visité son univers, tout sauf de misère, malgré la complainte de Patricia Kaas pour Les Misérables (Lelouch, 1994), toujours sincère, cinq exemples exemplaires, disons décantation, quintessence de puissances. Il convient, dans ce cas-là, de préciser l’apport précieux de l’orchestrateur et directeur Christian Gaubert, auquel le compositeur, au cours d’un entretien rétrospectif et serein, paie un tribut bien vu, bienvenu. Créateur éclectique et c...

Angèle

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  Un métrage, une image : Son dernier Noël (1952) Ni celle, sérielle, de Bruxelles je t’aime , ni la pas « cagole » de Pagnol ( Angèle , 1934), Angèle ne verra/vivra jusqu’à Noël, sa mère amère, lucide, vide, qui s’appelle Lucie Vilardi, ne dit merci à la leucémie. Davantage drolatique et moins atomique qu’ensuite L’Arbre de Noël (Terence Young, 1969), Son dernier Noël de Jacques Daniel-Norman s’avère vite, dès le générique explicite, toile d’étoile, un mélodrame, donc, de manière étymologique, un drame musical, doté d’accent sudiste, autant tendre que triste. D’une Corse à l’autre, William Holden s’y baigne, « Tino-Rossi » aussi, nous voici à Nice, au creux d’un quartier désaccordé, solaire, populaire, rempli de types sociologiques, puisque pourvu d’une entraîneuse, d’une épicière, d’une grand-mère, d’un cordonnier, d’un curé, d’un douanier, d’un droguiste, d’un syndicaliste, d’un « flic », d’un électricien, d’un boulanger, d’une masse ...

Titanic Rising : Nathalie

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  Miroir du drame ? Dame au miroir… Il avait un joli nom mon guide Gilbert Bécaud Votre serviteur la découvrit en coda du Chemtrails over the Country Club de Lana (Del Rey, olé), reprise du For Free de Joni (Mitchell, ma belle), revisité à trois voix, voilà Zella (Day, eh ouais). Deux ans avant paraissait un opus acclamé à juste titre, au titre antithétique explicite. Voix virtuose, lyrics au cordeau, mélodies remarquables, arrangements stimulants : Titanic Rising se caractérise par ses qualités, sa singularité, ses correspondances avec le passé. On peut certes ainsi (re)penser à Miss Mitchell, à la très chère Karen Carpenter, à Brian Eno & Brian Wilson, cependant ce disque exquis, plein, épuré, dix pistes d’une quarantaine de minutes de calme tumulte, possède sa propre personnalité, ne ressemble en réalité miroitée, pas augmentée, qu’à sa svelte interprète, l’auteur, compositrice, réalisatrice Natalie Mering, alias Weyes Blood. Wise blood de wise gir...