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Affichage des articles associés au libellé Pauline Réage

Le Livre du rire et de l’oubli

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  Compatriotes et collègues, monologue et méthode… Ultime livre et livre ultime, car Camus accidenté à la Duvivier ? « À peu près », en effet, puisque parution autonome, écartée du recueil L’Exil et le Royaume , manuscrit non terminé du Premier Homme coincé au creux de l’habitacle de l’épave. Les platanes ne pensent ni ne se déplacent, hélas, alors que le roman testament de l’auteur majeur gamberge le long des berges d’une Amsterdam aux dames rémunérées, aux âmes damnées, à Brel & Maas ( Amsterdamned , 1988) mes amitiés. Relecture renversée de L’Étranger , La Chute n’en possède l’opacité, carbure à la confession alcoolisée comme contamination de culpabilité, substitue le suicide à l’homicide, salut au mythique Sisyphe. Le Caligula du cher Albert, que celui de Brass plus austère, davantage adepte de la « débauche » que du « malconfort », à raison, à tort, adoubait le désordre, révolté d’absurdité désireux d’ordre. Le Jan malvenu du Malente...

Un petit jeu sans conséquence

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  Un métrage, une image : Trans-Europ-Express (1967) En 2011, on retrouve le cadavre de Marie-France Pisier dans une piscine à la Brian Jones & Jacques Deray ( La Piscine , 1969). En 1966, l’actrice aristocratique de bientôt Baisers volés (Truffaut, 1968), Le Fantôme de la liberté (Buñuel, 1974), Les Sœurs Brontë (Téchiné, 1979), Le Prix du danger (Boisset, 1982), L’As des as (Oury, idem ), Parking (Demy, 1985), L’Œuvre au noir (Delvaux, 1988), La Note bleue (Żuławski, 1991) ou Le Temps retrouvé (Ruiz, 1999), dénudée/déguisée en prostituée au prénom à la Losey ( Eva , 1962), succombe à la strangulation du viol-ent client, tué au tournant, Trintignant. Toutefois ce funeste SM de maternelle, Maîtresse Catherine en prime, semble fadasse face à l’attirail médical ligotant au lit une Geneviève Bujold aux prises consenties avec Jeremy (Irons, Faux-semblants , Cronenberg, 1988). Pourtant, l’épilogue pendant, elle ressuscite in extremis , souriante Eurydice, enlacée p...

Joy : Que ma joie demeure

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  Objet joli ? Collection de recollection… Irréductible à sa risible traduction, l’infidèle et factice Joy (1983) de Serge Bergon, ce petit livre assez sympathique mérite mes lignes magnanimes. « Confession » consciente d’elle-même, dimension méta de « triche » démunie de malice, « souvenirs » du meilleur et du pire, « rangés », rédigés, « histoire banale » et néanmoins « éternelle », presque complexe, peu à la truelle, Joy fonctionne à l’effet de vrai-faux reflet, de Laurey à « Lorey ». À l’orée de l’âge adulte, déjà lourde d’ardeurs, de douleurs, de solitude, de tumulte, l’héroïne déprime, avant qu’un bienvenu billet d’avion ne vienne la sauver de la dépression. Nouvelle vie en Nouvelle-Zélande, Bruce, in extremis , la demande ? Peut-être, on le lui souhaite, à cette fille d’affiches et de magazines, à demi orpheline, amoureuse de Marc, anal-ysée par Alain, jouant avec Joëlle. Aussi grave et ...

La Mécanique des femmes : La Machine molle

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  Mécanique misogyne ? Mosaïque magnanime… Site cinéphile, aussi voici : « – Je l’ai branlé dans le couloir de la sortie du cinéma, le foutre est tombé sur la moquette rouge. Lorsque les spectateurs sont sortis, je les ai regardés marcher là-dessus sans le savoir. Ça, ça me fait bander. » De librairie succès, idem adapté au ciné ( La Mécanique des femmes , Jérôme de Missolz, 2000), ce petit livre assez libre évoque une enquête subjective sur la sexualité féminine. Classé en « récit » par son éditeur, gare à Gallimard, le recueil sans écueil entrecroise ainsi souvenirs, dialogues et monologues, natures mortes, lignes « écrites » mises en abyme, tel (déjà) un montage (de l’)intime. Calaferte accumule les hommages et les témoignages, davantage que les dommages et les outrages, même s’il n’esquive la violence des avortements, saupoudre l’ensemble de sa fresque leste d’un zeste d’inceste, d’un soupçon de pédophilie féminine ou masculine, p...

Le Boucher : La Chair de l’orchidée

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  Bœuf à la Rembrandt ? Fable affable…    Essai à succès, presque remarquable, aussitôt remarqué, Le Boucher d’Alina Reyes, chassons de Chabrol l’homologue, s’apprécie en apologue, à base de jouissance, de délivrance, de renaissance. Ce livre vite écrit, lu d’un trait, certains diraient dévoré, vocable valable, se divise en deux temps, le premier de désir impatient, le second de dédoublé assouvissement. Il s’agit ainsi du récit d’une caissière éphémère, guère austère, de ses trois partenaires, d’une saison estivale davantage qu’infernale, qui pourrait se résumer au moyen de cette phrase en phase : « Le boucher avait la chair dans l’âme. » L’étudiante aux Beaux-Arts, par son Daniel délaissée dare-dare, se laisse séduire in situ par des paroles salaces, puis met en pratique le théorique, affirme le fantasmatique. Ici, au sein de la salle de bains, humide, forcément humide, la pénétration s’apparente à une épiphanie, du « sauveur » assortie...

L’Emprise : L’Esclave libre

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  Les yeux et l’odieux, le lien et le malsain, l’élection et la destruction…   To need a woman You’ve got to know How the strong get weak And the rich get poor Bryan Ferry I cheated myself Like I knew I would I told you I was trouble You know that I’m no good Amy Winehouse Adaptation fidèlement infidèle de l’estimable Somerset Maugham, Of Human Bondage (Cromwell, 1934) donne à (re)découvrir l’art d’un autre âge, encore préservé du politiquement correct abject de notre médiocre modernité. Même un peu pasteurisé par la censure des directives en train de se durcir du célèbre code Hays, on peut y apercevoir, filiation de saison avec le « film noir », un personnage de superbe puis pitoyable salope, sans céder une seconde à la misogynie, à la psychologie, à la compassion, à la victimisation. Mais la réussite de L’Emprise excède sa dimension SM, ensuite reprise et glamourisée par Gilda (Vidor, 1946), avant le gant de Rita, voici de Bette le crachat. Connus (e...

Tout Just : Le Malentendu

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Une vie, quelques films, « toute une époque » et pas une pointe d’amertume. Voici un sympathique et anecdotique ouvrage ( portfolio de photos en « cadeau »), à l’image du personnage et de ses métrages, surtout le très surfait Emmanuelle (mais une pensée sincère pour la vraiment regrettée Sylvia Kristel) ou l’anodin/mondain Madame Claude (Françoise Fabian, assez méprisante, appela cela « faire des ménages »). Just Jaeckin, survivant d’Algérie, d’où, sans doute, une partie de sa (parfois farceuse) mélancolie, commune à Philippe (Labro, élogieux préfacier) de Broca, autre soldat-cinéaste au même endroit au même moment (alors baptisés du rassurant « événements »), illustra aussi par hasard le chef-d’œuvre de Dominique Aury ( aka Pauline Réage) dédié à la mystique et suicidaire servitude amoureuse volontaire (E. L. James peut aller se rhabiller, nuancée ou non), ironie érotique pour un homme finalement très pudique et maladivement (b...