Articles

Affichage des articles du 2026

Banalité du mâle

Image
  Exils # 218 (08/07/2026) L’ É trangleur de Boston (1968) et L’ É trangleur de la place Rillington (1971) établissent un diptyque criminel remarquable et remarqué. D’une décennie à la suivante, Fleischer fait fi du split screen et de la schizophrénie, remplace Curtis & Fonda par Attenborough & Hurt. À l’enquête policière puis l’expertise psychiatrique se substituent un portrait comportementaliste et impressionniste, la peinture d’une emprise et d’une culpabilité partagée, à l’écart du pacte incongru de L’Inconnu du Nord-Express . La volonté revendiquée de montrer sans démontrer, d’accompagner l’opacité, corrige la coda explicative de Psychose et prophétise Frenzy en beaucoup plus morose. Ce biopic presque tourné in situ , avant que Notting Hill ne devienne un quartier recherché, un symbole du romantisme au ciné, poursuit jusqu’à la claustrophobie le fameux kitchen sink realism de la production britannique au tournant des années 50-60. É crit par Exton, spécialiste...

Personne en or

Image
  Exils # 217 (07/07/2026) Dix ans avant Liz Taylor, la Fox en frémit encor, voici donc Rhonda Fleming, dans Le Serpent du Nil (1953), titre métaphorique et prophétique, piqué à Shakespeare (« Anthony » la surnomme « mon serpent du vieux Nil »), muni de misogynie, l’ È ve de la Genèse (pas celle de Joseph L.) valide. Comme ses consœurs Colbert & Leigh, filmées autrefois par DeMille & Pascal, l’actrice incarne une reine ancienne, selon les revêtements (coiffure, maquillage) et les sous-vêtements (soutien-gorge à la Sueurs froides ) de son temps. Ironie du sort et riquiqui du décor, ce péplum rempli de matte paintings à toponymes, de rideaux fluos destinés à dissimuler le vide du studio, tactique économique du pseudo-magicien d’Oz et ici mise en scène de sidérante souveraine, en partie dédié au capitalisme, ses séductions d’illusionnisme, possédait un budget vite deviné serré, bien loin de la prodigalité du très long métrage plus connu et précité. Un...

Sous le spotlight de Satan

Image
  Exils # 216 (02/07/2026) S’il ne saisit l’essence de la danse, immanence transcendante, souffrance élégante, érotisme technique, incarnation calligraphique, Staying Alive (1983), vilipendé, bienvenu, se soucie de salut. Pierre renia, Tony distance un passé à succès, au revoir au réalisme relatif de La Fièvre du samedi soir . En exil de Brooklyn, il aborde le Diable à Manhattan, qui lors du climax porte un costume écarlate, telle la contemporaine démone Lords ( New Wave Hookers ). Durant sa traversée des ténèbres bressoniennes, urbaines, un ange gardien lui tient la main, doté de blondeur, d’un cœur. Mais le triangle sentimental, mystique évite le manichéisme, car Jackie la compagne au travail voire au lit, car Laura l’héritière « importée d’Angleterre », excèdent le symbole, ni sainte ni salope. Première, ultime femme de sa vie, à laquelle il parle, reprend de sa tarte, visiteuse invitée, fierté affichée, la mamma ne condamne le « comportement » d’antan, l...

Bram Boner

Image
  Exils # 215 (01/07/2026) « The blood is the life, Mr. Renfield » dit Dracula au descendant dingo et puceau du « mangeur de mouches » ( idem l’identifie l’infirmier). Le sperme et le sang s’équivalant ? En tout cas pas au cours de l’exercice de style plus méconnu que le « communautaire » Blacula . Sorti un an avant la version romantique de Badham, Dracula Sucks (1978) ne démérite au niveau de sa direction artistique et photographique, même si sa musique ne rivalise avec celle de Williams. Doté de décors et de costumes soignés, le film souffre cependant d’un tournage semble-t-il souvent improvisé. La question anecdotique, rhétorique, de tripatouillages de montage mise à part, le cinéphile horrifique jamais entièrement ne s’égare : revoici le cirque gothique et la panoplie du comte de Transylvanie, certes délocalisés au sommet d’un désert et dans le tombeau d’un château made in USA . Pour l’époque, on penche vers les années trente, yellow cab ...

Shawn of the Dread

Image
  Exils # 214 (30/06/2026) « Body first, brain later » affirme au toubib sa petite amie au lit. Mais Sometime Sweet Susan (1975), au-delà d’une allitération de bon aloi, à l’unisson de celle de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song , ne manque d’intelligence, ne prend le public pornographique pour un imbécile, moins encore un porc. Commencé, terminé entre les murs immaculés d’une clinique psychiatrique, le mélodrame médical ne se limite à un cas d’école, à la « libération de (par) la parole ». Il s’agit d’un exercice de style lucide, où le fameux « retour du refoulé » recouvre in extremis le monde de son ombre, réduit le doc et le boss à des fantômes en voix off , mise en abyme en sourdine du spectateur very voyeur, coda cadenas de prostration dépressive et mutique de la victime. Comme un contre-coup du féminisme, on violait assez durant les seventies , en tout cas au ciné, je renvoie vers mon thématique essai. L’œuvre renverse la chronologie d’ Un j...

À travers le mouroir

Image
  Exils # 213 (29/06/2026) « There is evil in this house » affirme l’anti-héroïne, mais Through the Looking Glass ( Femme ou démon en France, 1976) ne revisite l’imagerie de la maison hantée, même si le mari visite un chantier, la pièce suspecte, interdite à l’adolescente, à Barbe-Bleue on repense (clé incluse), se situe au grenier, endroit à risque depuis L’Exorciste . Le titre, deux répliques, la tea party certes citent l’ Alice de Lewis, toutefois ce film surtout fantastique, un peu pornographique, épouse (obsédée, possédée) davantage le sillage de The Devil in Miss Jones , déjà éclairé par l’habile « Harry Flecks » (Arriflex), jeu de mots de Damiano. Cet Enfer reflétait Sartre & Stoker : infernale altérité insensible à Spelvin, mise en abyme en rime à Renfield – ici revoici Fellini (tendance Satyricon ) & Fulci (celui de L’Au-delà ). De l’autre côté du miroir se déploie un boschesque et grotesque désespoir, un rut ridicule (autofellation,...

Quelque chose de Carroll

Image
  Exils # 212 (24/06/2026) « Un film pour enfants – peut-être » déclare en introduction la blondinette et le titre d’origine affirme « Quelque chose d’Alice ». Švankmajer revisite l’imagerie un peu vite classée surréaliste de l’increvable Carroll, se fiche de Disney, oublions le Burton, adaptation pénible, coda capitaliste. S’il fallait trouver un équivalent au métrage entre hommage et outrage, on penserait plutôt à L’Homme qui rétrécit  : ici aussi la taille de l’héroïne déraille et dérive, sacré kolatch, une sourde menace bien bruitée, non musiquée, accompagne le parcours grotesque, cauchemardesque, auquel on accède à l’aide d’une table à écrire, à dessiner, au tiroir autant profond que le vide puis disparu horizon. A contrario des parents inquiétants de Coraline , la famille d’Alice n’existe, lectrice au cou coupé du prologue morose, s’y substitue un bestiaire en huis clos, animé comme il faut, avec une virtuosité à la fois familière et remplie d’étr...

Entraîné sans Trenet

Image
  Exils # 211 (23/06/2026) Ménilmontant (1926) commence comme un slasher , comble l’amateur de film dit d’horreur. Au massacre à la hache inaugural répondra l’énervé pavé final. Construit en boucle bouclée, il s’intéresse aussi à la violence de l’indifférence. Entre l’étonnant prologue et le morne épilogue, on revisite vite les motifs des deux orphelines, cette fois-ci fleuristes, de la grande ville. Démuni du moindre intertitre, l’aimable mélodrame fait en résumé se croiser Griffith & Ruttmann, capture la capitale, écrin malsain de romance malheureuse, en sourdine incestueuse. Ce côté documenté, la caméra s’aère façon Lumière, le solitaire respire en hiver, démontre à nouveau que nul n’attendit Truffaut and Co. pour quitter le studio. D’abord déguisée en adolescente, écho à Pickford, Sibirskaïa/Lebas deviendra une mater dolorosa , traits défaits, mouillés, plus proche de Karina dans Vivre sa vie , livide et liquide devant Dreyer & Falconetti, que de la virginale Gish e...

Et vogue le nadir

Image
  Exils # 210 (22/06/2026) L’arbre et la forêt, en effet : Dulac demeure la cinéaste du dispensable La Coquille et le Clergyman , scénario d’Artaud, qui vomit le film, pourtant un an avant, voici L’Invitation au voyage (1927), ni « surréaliste » ni « expérimental », catégories discutables, pas davantage hommage à Charles, au paysage mental et doux-amer de Baudelaire, l’un des poètes préférés de l’auteur du Pèse-Nerfs , malgré la citation liminaire. On pense plutôt à la contre-utopie de Youkali , car conte de couple(s) de cabaret en toc, comptoir barque en carton-pâte, entraîneuses joyeuses substituées aux sirènes malsaines. Si certains se soucient du prochain psychodrame de Nolan, la réalisatrice féministe se fiche d’Ulysse, concocte un huis clos muni de vrais-faux matelots, d’un orchestre peu porté sur la parité, un batteur déconneur entre une violoniste placide et une joueuse de banjo , d’une dame de mélodrame tendance Bernstein, Henry et non Leonard. ...

Prévoir et revoir

Image
  Exils # 209 (17/06/2026) Une autre femme au téléphone mais médium, fille à demi orpheline, mère pourvue du même pouvoir décédée d’un cancer , père salutaire invalide, ex -détective et cinéphile. Le générique cite Patrick , Dementia 13 , House on Haunted Hill et Death Rides a Horse . Scandé d’extraits visionnés en VHS, Night Caller (2022) décalque les scalps de Maniac , redispose la psychose de… Psychose . À la Volvo et au congélo se rajoute un jumeau, qui reprend le flambeau du frérot, (r)appelle illico . Une petite scène post - credits indique aussi le suicide de l’ ex -mari, alcoolique tabasseur, pitoyable stalker . Autant dire que la « darling Clementine », clin d’œil introductif à Ford, ne pourra se reposer, sinon d’un sommeil mortel, reprendra du service via une suite baptisée en toute simplicité Scalper . Le jeu de mots renvoie vers nightcrawler , éloquente locution usitée pour désigner un rôdeur ou une prostituée, identifier des travaux de Friedkin & ...

Bon numéro

Image
  Exils # 208 (16/06/2026) Le cinéma art des visages et des voix, Cassavetes & Chion ne le nieront, une histoire de ces films-ci reste à écrire, importance du sens de l’ouïe et du récit, donc du son, a contrario du raccourci d’un usinage d’images. La technologie phonique, radio ou téléphone, cristallise en faisceau femmes, confidences et surtout fantômes, sinon fantasmes, car les ondes désincarnent la parole, donnent accès à un autre monde, voire une autre montre, accessoire à la fois vital et dérisoire de The Phone Call (2013), donnent à entendre l’intime et l’invisible. Après Barbeau ( Fog ) et Viard ( Parlez-moi de vous ), voici Hawkins lectrice et secouriste. Bonnet rose, manteau marron, la jeune femme apprend son prénom à l’interlocuteur rempli de « peur », baptisé Stanley, pseudonyme en rime au Kubrick de Shining , même item de présences puissantes, doté itou d’un happy ending davantage ironique. Abribus British ou centre de crise, il s’agit d’agir assis...

L’Homme qui n’en savait pas assez

Image
  Exils # 207 (15/06/2026)   Une vingtaine d’années avant La Maison du docteur Edwardes , Les Mystères d’une âme (1926) relève de l’enquête existentielle autant que promotionnelle. Le sous-titre « film psychanalytique » indique assez de quelle méthodologie il s’agit, tandis que le métrage se livre en définitive à une lecture réflexive de ses propres images. Si le psy de service et complice ne reçoit qu’autour de midi, l’ item muet exhumé dure moins d’une heure et demie, le temps de donner à comprendre au spectateur de quoi il retourne, de quoi ce fameux et fumeux « refoulé » se fait, à savoir un cas sympa puisque sans crime de jalousie maladive, associé illico à une « phobie des couteaux », ustensile of course phallique ou homo molto. Tout ceci, souvent risible, mention spéciale à la séquence onirique et optique, qui déploie les farces et attrapes d’un symbolisme patraque, aussi scolaire que celle de Dalí aux sports d’hiver, évoque une sorte d...

Escape the film

Image
  Exils # 206 (11/06/2026) Escape the Field (2022) ressemble d’abord à un épisode de Lost puis rappelle encor Predator . Ce survival se situe dans un champ immense, à faire paraître riquiqui celui des Démons du maïs . Une série de six personnages presque ou plutôt point pirandelliens essaie donc d’échapper à son destin, au terrain malsain du titre topographique. Échantillon Benetton, la troupe d’entourloupe se retrouve sans savoir pourquoi piégée par un jeu de piste sinistre, « puzzle » aux allures et à l’usure de cercueil, moins sado que Saw . Le téléfilm infime comporte de modernes tropismes, à savoir un féminisme complice et un lesbianisme en sourdine. En dépit des épis « pourris », fi de Faulkner, de sanctuaire, voici un insaisissable cimetière circulaire, fuir se réduit à revenir, ponctué d’épouvantails capables d’injecter au soldat dépressif un produit écarlate, autant que les yeux du malheureux, démonstration de possession dont une scène de générique...

L’Année du boulet

Image
  Exils # 205 (09/06/2026) Au siècle passé, dans les studios de Dino, Rourke combattait John Lone selon L’Année du dragon . Beaucoup d’eau coula sous les ponts des nations et du cinéma, l’acteur quasiment méconnaissable revint vers la lumière pour The Wrestler puis Expendables : Unité spéciale . Presque une trentaine d’années après, le voici à son tour vêtu de blanc, tel l’antagoniste américano-asiatique de jadis, à l’instar du soutien-gorge contradictoire de Janet Leigh, dress code de Psychose , mise en évidence de coupable innocence. Le Malik de Mickey ne s’occupe de cocaïne et de racket , incarne avec un couteau (les psys apprécient) un « opportuniste » épris de pédérastie à la Gide, « souille tout ce qu’il touche » lui crache au visage le sicaire amer, lui-même habillé en blanc, couleur de deuil en Orient, tueur doté d’un cœur – pas de mal fait aux enfants ni aux dames, pitié fatale style Scarface – et canaille munie d’une morale musulmane, peu po...

Moschitto Coast

Image
  Exils # 204 (03/06/2026) Si, comme on dit, les bonnes intentions servent de pavage infernal, une bonne action peut vite s’avérer fatale. Hors corridor façon Fuller, bambin malsain à la Bava, ce Schock (2023) homonyme de tandem germanique en fait une démonstration démunie de dérision. L’ensemble souffre certes du syndrome Rosetta , caméra portée dans le dos du anti-héros en veux-tu en voilà, s’étire de pire en pire, rien ne révolutionne et de trop beau n’ambitionne. Il se suit cependant sans déplaisir, soigne assez ses personnages du « deuxième sexe », surtout la sœur, elle-même (in)soumise au malheur, prise au piège du déni des activités du mari et in fine d’une fusillade d’habitacle. Pour escorter cette descente effectuée par paliers vers une perte ultime et définitive, celle de l’âme, messieurs-dames, après d’autres personnelles et professionnelles, la bande-son esquive la fameuse performance de Keith Jarrett et se compose de techno teutonne – cancer à Cologne...

La Poule et l’Œuf

Image
  Exils # 203 (02/06/2026) Après J’ai épousé une extra-terrestre et La Mutante , voici donc un troisième alien blond, le même couple en (dé)route de Festen . Visiteuse venue de l’espace et mante religieuse anthropophage, en quête d’empathie paraît-il caractéristique de l’espèce bipède, chez elle règne la guerre, l’extermination à l’horizon, la remplaçante inquiétante, émouvante, prend possession d’un corps à l’abandon, endormi, en catimini, sorte de luciole louche pénétrant par la bouche ; plus tard, les petits passagers du car ouvriront la leur de stupeur, O collectif de cri mutique. Si les crayons du psy de service relèvent de la compulsion, celui de la vraie-fausse suppléante ressemble à un morne métronome, au battement inclément d’un temporalité entre parenthèses, projet européen et parisien balèze, qui s’arrêtera et reviendra en arrière, seconde chance laissée à la classe dans l’impasse, photographique et prophétique. Derrière le divertissement assez amusant, destiné ...

Mémoire d’outre-tombe

Image
  Exils # 202 (28/05/2026) Roman mineur d’auteur majeur ? L’écourtée carrière de la réellement regrettée Mo Hayder se termine donc sur Crâne d’os , traduction quelque peu trahison du moins pléonasmique Bonehead . Le lecteur va découvrir finalement cette « tête de squelette » recouverte de film alimentaire, comme si en écho à Bacon son compatriote, il fallait défigurer la prostituée droguée, apeurée, aveuglée, comme si l’évanouissement du visage obsédant permettait de s(t)imuler au présent les outrages du passé formulé, fantasmé. Sur fond de « féminicide » et de nécrophilie pseudo historiques se déroulent en montage alterné une étude de l’inquiétude, l’observation pleine de compassion de la façon dont (dys)fonctionnent les représentations, les « légendes urbaines », anciennes ou modernes, modèlent et révèlent les vérités de la communauté. La romancière revisite ainsi à sa manière Eliade & Shyamalan, spécialistes du mythe et du dessillement. L...