Prévoir et revoir

 Exils # 209 (17/06/2026)

Une autre femme au téléphone mais médium, fille à demi orpheline, mère pourvue du même pouvoir décédée d’un cancer, père salutaire invalide, ex-détective et cinéphile. Le générique cite Patrick, Dementia 13, House on Haunted Hill et Death Rides a Horse. Scandé d’extraits visionnés en VHS, Night Caller (2022) décalque les scalps de Maniac, redispose la psychose de… Psychose. À la Volvo et au congélo se rajoute un jumeau, qui reprend le flambeau du frérot, (r)appelle illico. Une petite scène post-credits indique aussi le suicide de l’ex-mari, alcoolique tabasseur, pitoyable stalker. Autant dire que la « darling Clementine », clin d’œil introductif à Ford, ne pourra se reposer, sinon d’un sommeil mortel, reprendra du service via une suite baptisée en toute simplicité Scalper. Le jeu de mots renvoie vers nightcrawler, éloquente locution usitée pour désigner un rôdeur ou une prostituée, identifier des travaux de Friedkin & Gilroy. Cependant cette petite production indépendante s’avère soignée, ne rampe au creux du caniveau, ne confond hommage et recyclage. S’il ne développe sa dimension méta, idée inspirée des visions en « bandes-annonces », du « destin » à déjouer, de la plus ironique et horrifique manière, nécrophilie par derrière, le film de Ferrin possède une étonnante tendresse lorsqu’il esquisse sa fragile famille, à laquelle s’oppose le repoussoir au miroir du pedigree du dingo. À côté du travestisme imposé, de l’émasculation reçue, de la complicité obtenue, la maltraitance traumatisante du Voyeur, exercée par le cinéaste sur sa propre progéniture, sacré Michael, semble innocente. Andrew/Andrea se démarque de Norman/Norma, car il accumule les cadavres, messieurs et dames, paire de policiers dotée de la Ford jadis finie à la flotte chez Hitchcock. La séquence précitée, d’humour noir teintée, fiel de paternel en permission, revenu tourmenter le fiston avec l’autorisation de l’infernal de façon littérale « patron », fait dévier le thriller vers le fantastique, comme la communication post-mortem éclairée à la bougie au domicile d’une victime.

En dépit d’effets de maquillages réussis, graphiques et organiques, de quelques répliques salaces et misogynes – un SDF s’exprime, pas l’auteur + producteur du film –, Night Caller ne dut effaroucher les féministes, accompagne au contraire une héroïne active et (extra-)lucide, attachante et résistante, capable de tirer à bout portant, ignorant qu’elle tire à blanc, aimable autant qu’aimée, par exemple par sa patronne d’origine asiatique (Bai Ling babille), que bouleverse le balai d’ascenseur bloqué d’une femme de ménage de passage. En résumé, L’Emmurée vivante croise la (dé)route de Gloria et la sexagénaire Susan Priver possède un faux air de la défunte Marisa Paredes. Le slasher nostalgique, néo-noir aux couleurs claires, dédié à Yaphet Kotto, doit beaucoup à la présence stimulante de l’actrice formée au ballet, ensuite parmi le second chapitre puis dans le rôle-titre de Dorothea, consacré à une « serial granny », on en frémit, apocryphe trilogie. On sent ainsi à chaque plan (débullé, en plongée) que Chad la filme sous le charme, non pas la proie d’un improbable « male gaze » mais la muse jamais soumise ni exploitée d’un regard rempli de respect, de confiance dans ses puissances, de mise en valeur de sa part la meilleure, (à) savoir incarner impliquée non plus une « demoiselle en détresse » au couteau phallo, puisque dame adulte, en plein tumulte, que les flics dubitatifs devraient écouter, ne prennent assez au sérieux, tant pis pour eux, qui arpente l’escalier de Laurel & Hardy (The Music Box), pas celui de L’Exorciste (le papa parle du 3), que le spectateur applaudit. Faux numéro ? Portrait de femme sous influence(s), digne d’être salué en sourdine.  

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