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Affichage des articles associés au libellé Andreï Tarkovski

Le Long Mensonge

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  Exils # 186 (02/04/2026) Dans sa filmographie autocommentée (Wolski, 2016), le cinéaste souligne la dimension autobiographique de Katyń (2007), absence du père, attente de la mère, liquidation de l’« intelligentsia », silence assourdissant, durant « quarante-quatre ans », des complices communistes, des alliés étrangers. Ce mensonge de la honte, collectif et (journal) intime, public et privé, le film ultime aux allures de réquisitoire et de requiem le (re)met en scène, en démontre le cynisme réversible, la manipulation à l’unisson. Des archives livides se voient ainsi assorties d’une voix off rejetant la faute sur l’ennemi du moment, armée rouge sang ou « gestapistes » allemands. Une balle dans le crâne, en rime à la Shoah homonyme, représente la caractéristique de chaque camp, parmi la forêt maculée qui effraie. L’exercice de didactisme historique et réflexif demeure valide aujourd’hui, le numérique et l’IA invitent à ce révisionnisme-là. Wajda ...

Dernière neige

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  Exils # 173 (26/02/2026) Petite pépite en partie polonaise, Chopin opine, on applaudit un pastiche de la scie des Choristes (Barratier, 2004), un faisceau de français, preuve du passé partagé, de la valeur sociale de la langue hexagonale, Le Masseur [1] (Szumowska & Englert, 2020) évoque Edward aux mains d’argent (Burton, 1990), ne ramène à Théorème (Pasolini, 1968), car l’étrange étranger, s’il révèle aussi à eux-mêmes les résidents et surtout les résidentes d’une banlieue bourgeoise sécurisée, au gardien imbibé, aux habitations dupliquées, chérie sa chasteté [2] , ne s’en délivre in extremis qu’en compagnie d’une jeune mère complice [3] , veuve point joyeuse et amante généreuse, scène sexuelle éclairée de manière mordorée, en rime à La Double Vie de Véronique (1991) du compatriote Kieślowski. Une seconde influence cinéphile irrigue l’intrigue simple et répétitive, au risque du tressage de saynètes au sous-texte psychanalytique, reliée au premier fil précité, celle ...

La Fille et la Forêt

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  Exils # 156 (14/01/2026) Brillant brouillon de Princesse Monoké (Miyazaki, 1997), Nausicaä de la vallée du vent (Miyazaki, 1984) se révèle vite un film de science-fiction et d’animation sous influence française et américaine, reprenant d’évidents éléments de La Planète sauvage (Laloux, 1973) et de Dune . Il évoque aussi Lawrence d’Arabie (Lean, 1962), La Vallée perdue (Clavell, 1971) et, titre compris, Le vent se lève (2013). Placé sous le double signe sinistre de la « pollution » puis de l’atomisation, mis en abyme dès le générique de la tapisserie prophétique, il s’agit d’un film dont le pacifisme animiste transforme in extremis le messianisme promis en féminisme œcuménique. Orpheline puisque parricide, sympa Yupa ou pas, la guerrière pubère prend peur et conscience de sa propre « violence », se convertit à la diplomatie, au final se « sacrifie » – et ressuscite à la suite d’une lévitation digne du spécialiste Tarkovski ( Le Miroir , 1975...

Barbare Barbara

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  Exils # 148 (10/12/2025) Palme méconnue et moins musicale que le fameux Orfeo Negro (Camus,   1959), La Parole donnée (Duarte, 1962) ressemble un brin, de loin, sujet de sainteté très tourmentée, à Rossellini ( Le Miracle , 1948) & Buñuel ( Simon du désert , 1965), dispose d’un escalier ecclésiastique aussi spectaculaire que celui d’Odessa la soviétique ( Le Cuirassé Potemkine , Eisenstein, 1925), tandis que le générique de danse, transe, errance, se munit d’un désertique incendie à ravir Tarkovski ( Le Sacrifice , 1986). Ceci posé, l’ opus possède sa propre personnalité, se suit avec plaisir et le sourire pendant une heure trente rapide et dense. Si le dramaturge et scénariste (Alfredo) Dias Gomes souffrit d’afficher ses sympathies gauchistes, interdiction d’expression et licenciement à l’avenant, là-bas, en ce temps-là, ça ne plaisantait pas, pas vrai, Lula da Silva, le socialisme sur fond d’antiracisme ne sort ici grandi, car la satire bien sentie, tragi-comique...

Zone d’intérêts

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  Exils # 115 (02/07/2025) Jeux interdits (Clément, 1952) en Slovénie ? L’aimable mélodrame martial possède son propre charme et l’on songe davantage à une seconde vallée, celle de James Clavell. Dans La Vallée perdue ( The Last Valley , 1971), flanqués de Florinda Bolkan, Michael Caine & Omar Sharif partageaient un répit relatif, parmi un précédent conflit ; dans La Vallée de la paix (Štiglic, 1956), un duo de gosses s’enfuit vers un improbable paradis, petite vadrouille où ça dérouille, avec un aviateur américain, protecteur et proie, pour « partisans » et pour soldats. L’ opus picaresque et modeste va vite, le voyage aux paysages en diagonale un brin Bergman pratique les bien nommés travellings . Linéaire plus qu’austère, les yeux mouillés mais jamais niais, le métrage d’un autre âge mérite quelques lignes d’hommage, ne fait perdre son temps au spectateur, ne fait de chantage à son cœur. Le prologue urbain, aux bombardements alliés destructeurs ...

Bons baisers de Sibérie

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  Exils # 99 (27/03/2025) Si Mazeppa (1993) plut au public cannois, si la Commission supérieure technique (désormais de l'image et du son) le récompensa, l’hivernal Chamane (1996) reçut un accueil glacé, le cinéaste en ressorti blessé, sa caméra mit de côté. Tandis que Marin Karmitz produit, voici Bartabas en Sibérie, en train de mettre en images, durant un agité tournage ( budget à demi dérobé, matériel presque bon pour la poubelle, météo tout sauf au chaud), le scénario d’un second spécialiste des chevaux dénommé Jean-Louis Gouraud, qui transpose à l’écran l’un de ses romans, a priori inspiré d’une histoire vraie, au sous-titre explicite : Riboy : fugue pour un violoncelle. L’étrange pérégrination dans la taïga d’un musicien et de son extraordinaire petit cheval bigarré . Film en majorité mutique, au picaresque pas trop épique, ponctué de rencontres avec des excentriques (cosaque en side-car , capitaine à quai), moins en mouvement que l’homonyme synchrone de l’incorrig...

Ne vois-tu rien venir ?

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  Exils # 55 (14/10/2024) Film funèbre, au Montand émouvant, Un soir, un train (Delvaux, 1968) se termine comme commence Les Mains d’Orlac de Maurice Renard, par un déraillement, des victimes et des survivants. Le dernier plan, en plongée, allongés, reprend presque l’identique et fatidique d’un souvenir, d’un rêve ou d’un fantasme. Comme chez Hitchcock ( The Lady Vanishes , 1938), une femme disparaît ; comme chez Roeg ( Ne vous retournez pas , 1973), voilà déjà un couple en déroute, dans un décor de mort ; comme chez Tarkovski ( Stalker , 1979), trois hommes marchent au milieu d’un mental no man’s land . Moins drolatique mais autant rempli de néant que le compatriotique Malpertuis (Kümel, 1971), remarquez le point commun de Jean Ray cité parmi la parenthèse anglaise, cette odyssée immobile donne à entendre en sourdine l’agitation estudiantine, ici doublée, Belgique oblige, d’une dimension linguistique, sinon xénophobe. Entre présent et passé, mains jointes et visages...

L’Énergie et le Fossile

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  Exils # 43 (03/07/2024) « Il faut que ça ait l’air vrai », donc Dementus dégomme des war boys , de toute façon escadron d’ expendables , kamikazes bichromes d’une Citadelle à la populace d’esclaves souterraine, comme si la secte célèbre des Assassins d’Alamut croisait les exploités de Metropolis (Lang, 1927). Rien de plus certain, en effet, que la vérité de la mort, toujours et encore, unique certitude au bout de tous nos tumultes, infantiles ou adultes, « épiques » ou prosaïques. La ruse en replay d’un sceau incontestable ainsi lestée, le bien nommé Trojan truck peut s’engouffrer au fond de la pétrolifère cité du frérot porté sur la peinture préraphaélite. « Je m’ennuie », dit-il aussi, plusieurs spectateurs pourraient opiner, durant ces deux heures trente dont dix minutes dédiées au générique, lequel remercie en catimini les indigènes Aussies . En matière de réalisme, de photoréalisme, précise l’équipe technique de La Planète des singes :...

Vingt ans avant

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  Exils # 35 (05/06/2024) Donc en deux mille quatre, ce passé se rattrape, l’auteur Le Meur, dissimulé derrière un double pseudonyme dépourvu de frime, revoici Tarkovski et même Margaret Mitchell, revoilà pourquoi pas Asia (la Scarlett O’Hara de Autant en emporte le vent , justement, versus la Scarlet Diva de la fifille fébrile du caro Dario), ne se posait en avocat du dernier Coppola, imagier mégalo du bien nommé Megalopolis , ne critiquait par opposition, par-delà sa culturelle (sur)production, notre époque médiocre et sa mondialisée camelote, royaume à la gomme de singes sans méninges, pas seulement sur les écrans, mon enfant, salon à la con de « coiffeuses et coiffés » pour conférencier spécialisé, presque désespéré par les errances de la trance (de l’enfance, de la jouissance) et les solos du « réseau » (stimulation de la simulation baguenaude Baudrillard). Fi de musique supposée « sociologique », de colères lapidaires (de quinquagénaire), ...

Tombeau des Danaïdes

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  Exils # 7 (14/11/2023) S’il existe un cinéma de l’invisible, pour écrire vite, mystique et scientifique, les films invisibles ne s’identifient à celui-ci, pas plus à l’expérimental ou au non commercial, niches qui s’esquissent, accessibles en quelques clics, depuis la cinéphilie en ligne. Ils se différencient aussi des projets avortés, d’ultimes utopies de visionnaires de naguère, citons, exemplaires, les peu prolifiques et préoccupés par l’historique Leone & Kubrick, le premier cartographe de Léningrad, le second biographe de Napoléon, feuilleton de télévision à présent il paraît assuré par le spécialiste Spielberg, vingt-deux années après la reprise du script de A.I. ( Intelligence artificielle , 2001, sans space odyssey , olé). On pourrait penser qu’à côté des regrets la rareté s’avère un vrai critère ; au contraire, la profusion de la production défie toute idée de totalité, de saisie exhaustive et donc définitive. Le cinéma indien, massif et incertain, interdit ...

Un roman russe

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  No future ni culture, nul amour ni beaux jours, loin de Saint-Pétersbourg…    Les donneurs de leçons à la con, pléonasme, camarade, amnésiques, pathétiques, pseudo-démocratiques, censurent en sus les artistes et les sportifs issus de Russie ? Raison supplémentaire, Lara ma chère, pour découvrir l’ouvrage de Berberova, chouchoute d’Actes Sud, jadis adaptée une fois au cinéma, da, puisque Miller mit en images L’Accompagnatrice (1992). Le Laquais et la Putain démarre dare-dare, l’on se dit qu’il ne saurait durer ainsi, malgré sa brièveté. En effet, une fois arrivé puis installé à Paris, le récit ralentit, se soucie d’esquisser une stase, un enlisement, virant évidemment vers un définitif dénouement. Dès l’instant où l’anti-héroïne se met à lire, de la presse, du pire, à dévorer, se délecter, de la rubrique cathartique et suicidaire des faits divers, on devine vite comment tout cela finira, avec ou sans vodka. Il ne s’agit pas seulement de dégoter des idées sur l...

Du rififi chez les hommes

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  Un métrage, une image : Sacrifice (2016) L’accoucheuse fait une fausse couche : talons ou non, ceci s’appelle de l’ironie cruelle. Le couple en déroute quitte vite la ville, au bout du monde mais en famille s’exile. Les Shetland ne manquent de charme ni, hélas, de cadavre. Notre obstétricienne guère sereine s’improvise détective, fait presque coéquipe avec une fliquette peu suspecte, qu’elle sauvera in extremis d’un machiste sacrifice. Si son mec ne s’injecte de l’insuline, puisque contraceptif, il faut se méfier des autres apparences, des parents, partout, tout le temps. Runes et ruines, paganisme et eugénisme, mères porteuses et victimes malheureuses, autant d’émotions et de stations sur le chemin de croix de Tora, fossoyeuse audacieuse, courageuse, qui ne sait peut-être pas planter un clou, plaisante l’époux, cependant décide de déterrer, au propre, au figuré, les multiples squelettes d’une masculinité obsolète. Contre le clan, contre le courant, la collusion de...

Jennifer 8

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  Un métrage, une image : Hors d’atteinte (1998) L’éclectique et anecdotique Steven Soderbergh se refit ainsi une santé critique, grâce à ce sentimental polar transposé d’Elmore Leonard. Disons-le d’emblée : son Miami entre amis à lui lasse assez vite, ne possède pas une seule seconde la maestria d’opéra d’un De Palma ( Scarface , 1983). Quant à l’étreinte enneigée, alternée, amusée, à Detroit délocalisée, de Sisco & Foley, singeant une scène célèbre du Ne vous retournez pas (1973) de Nic Roeg, autre monteur promu réalisateur, elle montre idem ses limites, a fortiori fantasmatiques. Comme le ridicule ne tue pas, pas même au cinéma, notre palmé cannois ne renoncera à remaker de manière médiocre un certain Tarkovski ( Solaris , 2002), à commettre l’interminable et pseudo-didactique Traffic (2000), à côtoyer, via un risible Équilibre , l’envoûtement manuel de Wong Kar-wai et l’ennui poli selon Antonioni ( Eros , 2004). Si l’on risque, qui sait, de visionner un jo...

Jamais plus jamais : Sexe, mensonges et vidéo

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  À Jean Dujardin ses incultes conneries ; à Sean Connery sa méta mélancolie… Bond succombe donc à une femme en effet « fatale », en l’occurrence la cascadeuse Wendy Leech, pas si sangsue, plutôt un peu dévêtue, attachée, alitée : il se fait planter, au propre, pas au figuré, par celle qu’il devait délivrer, sauver, petit exercice de relecture et d’imposture du motif obsolète de la « demoiselle en détresse », Sardou l’assène, « femme des années quatre-vingt », quand tu nous (dé)tiens, pas seulement au bout de tes seins. Ceci ne lui suffit, il doit ensuite se farcir un débriefing de son plantage, cette fois-ci au propre et au figuré, allez, assorti d’une leçon de nutrition, d’une vraie-fausse prochaine mission, curiste, j’insiste. Au supérieur inférieur, l’agent amusant rétorque que sur le terrain, l’adrénaline prime, le jeu s’avère vite dangereux, on y risque vraiment sa vie, prisonnière douce-amère en sus. Pourtant la « preuve par l’i...