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Affichage des articles associés au libellé Victor Fleming

Les oies passent, les sauvages trépassent

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  Exils # 108 (13/05/2025) Mélodrame familial et « racial », Le Vent de la plaine (1960) paraît la réponse de Huston à La Prisonnière du désert (1956) de Ford, itou adapté du spécialiste Alan Le May. Les titres d’origine « annoncent la couleur » – de peau : chez le second John, il s’agit de chercher ( The Searchers ) une Blanche enlevée ; chez le premier, on ne peut pardonner ( The Unforgiven ) à la « brune » son pedigree . Voici un voyage inversé, la quête de Wayne remplacée par le débarquement des Indiens et le retour de Lancaster, vrai-faux demi-frère, aussi épris de sa sœur que l’incestueux Montana de sa Gina ( Scarface , De Palma, 1983). Au cours du climax nocturne et communautaire, presque procès à pendaison intempestive, deux récits des origines, de la faute originelle, se racontent et s’affrontent, Burt affabule, autant véhément que Elmer Gantry le charlatan (Brooks, 1960). Le vieillard spectral, à cheval et avec sabre, foncti...

Éducation en glaise

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  Exils # 64 (10/12/2024) Projeté en VF vintage , pour un petit public enfantin et féminin, Mary Poppins (1964) ressuscite et revient, redescend du ciel avant d’y remonter éternelle. Avouons : votre serviteur s’y présentait sans passion, presque à reculons, n’attendait rien de très bon, ne se souvenait de chansons jadis déjà et aujourd’hui encore à la con. Mais le métrage de Disney & Stevenson mérite mieux que l’amnésie ou la nostalgie. Certes, sa suffragette simplette, vite soumise au déplaisir du mari, rendra furieuses les féministes, tandis que la critique anticapitaliste ne contentera les autoproclamés Insoumis. L’intérêt secret de cette pâtisserie douce-amère à colossal succès réside ailleurs, dans un anarchisme British , une mélancolie assourdie. Le spectateur moqueur ne redoute que la nounou noircie aux grandes dents blanches, aux pieds écartés à cent quatre-vingts degrés, subisse sur les toits, rime chorégraphique à l’urbanisme ethnique de West Side Story (Rob...

Volcano

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  Un métrage, une image : Stromboli (1950) Doté d’un sous-titre explicite, introduit selon une citation biblique, porté par la partition précieuse de Renzo Rossellini, presque celle d’un péplum sentimental, Stromboli constitue donc un conte molto catho, donne à (re)voir un chemin de croix laïc, tragi-comique, dont l’épilogue en forme d’impérative épiphanie bouleverse sans cesse, du haut inferno de ses soixante-douze années restaurées. Ingrid en espadrille vaut bien Empédocle et son (im)possible suicide, n’en déplaise aux adeptes des violences faites aux femmes, qui ne supporteront la rouste express , mâle malaise, aux énamourés des animaux, qui pleurnicheront à l’occasion d’une épique pêche au thon, après le trépas pas sympa d’un lapin fissa dessoudé à cause d’un furet. Film monde jamais immonde, plus immersif que les mers à millions de James Cameron,  Stromboli parvient à capturer la morsure du réel, la violence de la vie, l’ombre du jour et la clarté de la nui...

Monnaie de singe

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  Un métrage, une image : Un jour au cirque (1939) Les multiples Marx n’amusaient guère Mayer, qui leur colla aux basques un Buster Keaton déjà sur le déclin, réduit au triste statut de gagman à distance, voire en concurrence avec ce type de comique(s). Éclairé par Leonard Smith, partenaire régulier du précité, de plus DP des Poupées du diable (Browning, 1936), d’un diptyque exotique ( Tarzan s’évade + Tarzan trouve un fils , Thorpe, 1936, 1939), sa direction artistique supervisée via l’incontournable et bien nommé Cedric Gibbons, At the Circus possède ainsi le professionnalisme impersonnel d’un produit MGM, en l’occurrence chapeauté par Mervyn LeRoy, pas encore aux prises avec les fauves de Quo vadis (1951).  Derrière la caméra, l’obscur Edward Buzzell, (dé)formé à Broadway ; devant, trois grands garnements, face à trois femmes fréquentées, fréquentables, certes à fond faire-valoir, mais jamais dérisoires : la fidèle Margaret Dumont, veuve joyeuse...

L’Affaire Pélican

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  Un métrage, une image : Jennifer (1978) Douze ans avant, revoilà Lisa Pelikan. La belle-sœur à sauveur de Full Contact (Lettich, 1990) chopa une bronchite sur le set pas au sec, se fit voler sa voix, menacer d’un procès par le producteur et auteur (de l’histoire) Steve Krantz ( Ruby , Harrington, 1977), ne toucha aucun pourcentage sur les recettes en dépit de la promesse, tourna tout cela dans le sillage du plus respectable et argenté Julia (Zinnemann, 1977), ton agent tu écouteras, d’autres publics tu chercheras. Escortée de Jeff Corey ( The Premonition , Schnitzer, 1976), Bert Convy ( A Bucket of Blood , Corman, 1959), Nina Foch ( Un Américain à Paris , Minnelli, 1951, Scaramouche , Sidney, 1952, Les Dix Commandements , DeMille, 1956 ou Spartacus , Kubrick, 1960), de la jeune Amy Johnston, décédée presque prématurée, visez vite en prime le caméo illico de John Gavin ( Le Temps d’aimer et le Temps de mourir , Sirk, 1958, Mirage de la vie , Sirk, 1959, Psychose , ...

La Marche nuptiale

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  Un métrage, une image : Docteur Jekyll et M. Hyde (1931) Longtemps avant Bob Clark ( Black Christmas , 1974) ou John Carpenter ( La Nuit des masques , 1978), Rouben Mamoulian commence cette remarquable et remarquée (rare Oscar concédé à un film horrifique, la brillante performance de Fredric March l’explique) relecture de Stevenson (scénario de Percy Heath & Samuel Hoffenstein, auteur du Magicien d’Oz , de Laura , d’un diptyque pour le délocalisé Duvivier) via un virtuose et troublant travelling avant, en POV bien épaulé par Karl Struss   ( Le Dictateur , Les Feux de la rampe , La Mouche noire ) à la direction de la photographie & William Shea (plusieurs Lubitsch) au montage, tandis que Wally Westmore ( Les Dix Commandements + six titres pour Hitchcock, dont Sueurs froides ) s’occupera de maquiller l’acteur en homme des cavernes victorien, de Miriam Hopkins amant puis assassin, excitante et innocente putain (merci à l’époque bénie du Pré-Code Hays), sa...

Sonny Boy : Le Secret de la pyramide

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  Au miroir, se voir, se décevoir, reflet d’humanité tourmenteuse et tourmentée… L’orphelin affolant et affolé de Sonny Boy (Robert Martin Carroll, 1989) transforme fissa L’Enfant sauvage (François Truffaut, 1970) en gosse policé ; quant au clan de cannibales de La colline a des yeux (Wes Craven, 1977), comparé à sa famille à fond dysfonctionnelle, il fait figure de modèle de normalité. De la même manière, ce grand petit film libre, à la fois western moderne, conte d’éducation déplorable et impitoyable tout sauf (à la) con, comédie noire et mélodrame identitaire, éclaire d’une crue lumière le mépris, l’ineptie, de notre médiocre modernité, de son ciné vacciné, aux téléfilms friqués, à peine dissimulés, au mainstream muselé. Davantage différent que déviant, souvent surprenant et in extremis émouvant, Sonny Boy date donc de la fin des années quatre-vingt, il attendit deux ans avant d’être distribué, voire sacrifié, il ne connut aucun succès, qu’une carrière écourtée,...

Pop Paradjanov

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  Katie & Stefani, Sergueï & Tarsem… Deux chanteuses valeureuses, deux clips inventifs, un même hommage pourvu de dépoussiérage, à un cinéaste assez insaisissable : (re)voilà Katie Melua & Lady Gaga, femmes fréquentables et artistes cinéphiles, très bien inspirées par la poésie du pionnier Paradjanov, c’est-à-dire, en définitive, en partie par celle d’une troisième consœur du classé « deuxième sexe », à savoir une muse mutique et magnétique nommée Sofiko Tchiaoureli, l’actrice transgenre et polyvalente de La Couleur de la grenade (1969). Si Ketevan ne se voit, donne à entendre sa voix, Mademoiselle Germanotta se met en scène et se souvient aussi d’une certaine Frida. Si Katie partage avec Sofiko la Géorgie, Stefani en tandem avec Tarsem ( The Cell , 2000 ou The Fall , 2006) frise la folie, l’increvable Le Magicien d’Oz (Fleming, 1939) relit ou revit, au passage déjà revisité par le sieur Singh durant les dix épisodes de sa série Emerald City (on ...

The Wiz : Nostalghia

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  La voie et la voix, le conte et le décompte, le superficiel et l’essentiel… Chez Woo, on pleure en souriant ; chez Lumet, on déchante en chantant. Le sentimental tueur de The Killer (1989) et le magicien politicien de The Wiz (1978) animent des mélodrames étymologiques. Pourtant, pas de ralenti ici, d’oiseau symbolique, de colombe catholique, au lieu d’un aveuglement, un égarement, du « mythique » remodelé en « ethnique ». Au rebelle Badham substitué, par Cohen & Gordy, par Jones & Schumacher escorté, le New-Yorkais Sidney, souvent sérieux, essaie de fusionner le féerique et le réalisme, comme si Car Wash (Schultz, 1976), pareil avec Pryor, croisait illico Serpico (1973), patchwork (d’)équivoque en partie assemblé par le maestro (et matte artist ) Albert Whitlock, collaborateur de Carpenter, Disney, Hitchcock ou Lynch, cf. en l’occurrence la séquence de la yellow brick road délocalisée du côté de Coney (Island Baby, susurre bien sûr Lou...

Dans un jardin qu’on dirait éternel : Ça commence aujourd’hui

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  Retour à la perfection ? Parcours de la procrastination… Tea for two and two for tea Me and you and you and me La Grande Vadrouille (Gérard Oury, 1966) On ne changera pas le monde Mais il ne nous changera pas Jean-Jacques Goldman, On ira Pendant vingt-cinq ans, la narratrice apprend à faire du thé, de l’automne au printemps, de l’hiver à l’été. Au-dehors du sanctuaire hebdomadaire, des événements « inimaginables » surviennent, invisible et vaste univers, tandis qu’à domicile sa commerçante cousine si « franche » finit fissa par fonder une famille. Elle-même devient « auteure indépendante », perd son père, en coda accède à la succession des leçons. Toutefois tout ceci, tel le générique aquatique, au thème musical en mineur lyrique, dû à la douée Hiroko Sebu, itou compositrice du score de Je veux manger ton pancréas (Shin’ichirō Ushijima, 2018), semble glisser sur sa serviette en soie à (re)plier puis déplier avec une méticulosité d’in...

Coraline : Rosebud

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Affronter la fausse frontière, mutiler sa mauvaise mère… There’s no place like home. Dorothy Gale, The Wizard of Oz Placée par Neil Gaiman à l’orée de son (homonyme) roman, la citation (optimiste) de Chesterton soumet la véracité des contes de fées à leur affirmation de victoire sur les dragons. Dans Coraline (Henry Selick, 2009), la gamine éponyme ne ressemble en rien à saint Michel, davantage à la Léa Seydoux de La Vie d’Adèle (Abdellatif Kechiche, 2013), capillarité bleutée partagée, voire au frère évanoui de Richie selon Ça (Andrés Muschietti, 2017), imperméable jaune en partage, et son combat contre « l’autre mère » dut (dé)plaire aux pédopsychiatres. Au croisement de Pinocchio , Les Aventures d’Alice au pays des merveilles , Hansel et Gretel et Blanche-Neige , Coraline accumule une poupée au carré (à la place et en alter ego du pantin mytho), une gosse esseulée (délaissée), un univers truqué (tels les pères chez Philip K. Dick), une dégustation de...