Articles

Affichage des articles associés au libellé George Cukor

Gaslight

Image
  Un métrage, une image : Hangover Square (1945) Exercice de style, psychanalyse appliquée, presque de série B ? Leçon de réalisation et chef-d’œuvre de poche, malgré un manichéisme féminin mâtiné de misogynie. Barré Lyndon ( Sous le plus grand chapiteau du monde , DeMille, 1952, La Guerre des mondes , Haskin, 1953, Le Signe du païen , Sirk, 1954) adapte donc de façon infidèle un roman de Patrick Hamilton, le dramaturge de Hantise ( aka Gaslight , Dickinson, 1940, Cukor, 1944) et La Corde (Hitchcock, 1948). Éclairé par Joseph LaShelle, à peine sorti de Laura (Preminger, 1944), puis directeur de la photographie sur plusieurs Wilder, un Cassavetes ( Un enfant attend , 1963) ou un Penn ( La Poursuite impitoyable , 1966), musiqué par Herrmann alors à la Fox, interprété par l’impliqué Laird Cregar, cané d’une crise cardiaque peu avant la distribution en salles, dommage, Hangover Square brûle d’un feu précis, précieux, file le motif métaphorique, lui-même ensuite repr...

Trois visages + Hidden : Femmes Femmes

Image
  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur les titres de Jafar Panahi. Le croisement de Où est la maison de mon ami ? (Kiarostami, 1987) et du Goût de la cerise (Kiarostami, 1997) ? Le prolongement, voire le développent, de Taxi Téhéran (Panahi, 2015) ? Bien sûr et bien davantage. Si Bava, autre cinéaste méta, filma autrefois, par trois fois, au féminin l’effroi ( Les Trois Visages de la peur , 1963), Panahi (s’en) va vers la vie, se focalise sur des formes de féminité, par ricochet de masculinité. Trois visages (2018) s’ouvre sur un vrai-faux snuff movie , un suicide d’adolescente, d’actrice aspirante, servi au cellulaire, au sein du (presque sous)terrain platonicien et utérin d’une grotte ad hoc , en écho sans eau à la pareille du compatriote Mohammad Rasoulof ( Un homme intègre , 2017). Comme Herzog ( La Grotte des rêves perdus , 2010), cet espace a priori de pendaison, donc de définitive renonciation à ses aspirations, possède sa propre pui...

Too Naughty to Say No + Trashy Lady : Initiation perverse

Image
  Pédagogie adulte, témoignage de tumulte… Voici à nouveau du X narratif, selon des contes d’éducation pas si concons. Si Trashy Lady (Scott, 1985) relit/renverse My Fair Lady (Cukor, 1964), donc Pygmalion de Shaw, Too Naughty to Say No (Knipe, 1985) dialogue à distance avec Alice in Wonderland: An X-Rated Musical Fantasy (Townsend, 1976), lui-même inspiré par Les Aventures d’Alice au pays des merveilles de Carroll. Croque-mort nécrophile du second, l’estimable Harry Reems ( Gorge profonde , Damiano, 1972) rempile en gangster esseulé du premier. Épris d’une petite provinciale très jolie, trop polie, pendant la période de la prohibition, il va fissa la transformer, escorté de la coriace souris de son meilleur et emprisonné ennemi, en disons dame infâme, gare à la réputation à l’approche de la libération. Tourné en deux jours et demi, sans permis, Trashy Lady , assez soigné, plutôt impersonnel, manque de rythme, congédie toute misogynie, permet de retrouver Cara Lott (...

Emmanuelle 4 : La Femme aux deux visages

Image
  Naufrage d’enfantillages ? Hommage à dommages… Chirurgie du récit et charcutage du montage : Emmanuelle 4 (1984) démontre en lui-même la division de son sujet, film dit érotique assorti de trois instants « interdits au moins de dix-huit ans », contamination à la Caligula (Brass, 1979), voilà. Ponctué de vrais-faux fondus enchaînés aux allures de pages tournées, il constitue comme une chronique pas si exotique, s’apparente à un périple à rebours, de retour à l’amour, s’apprécie en portrait de femme tourmentée, transformée. Accompagné de l’espiègle Mademoiselle Nygren, substituée à la regrettée Sylvia Kristel, qui s’interprète elle-même, Leroi relit, de manière littérale, médicale, La Femme aux deux visages (1941), où Cukor dirigeait/dédoublait Greta, compatriote de Mia, s’inspire de Sueurs froides (Hitchcock, 1958), seconde Carlotta incluse, adresse un clin d’œil de cinéphile zoophile à The Devil in Miss Jones (Damiano, 1973), débauche d’outre-tombe...

Moi y’en a vouloir des sous : Habemus papam

Image
  Pochade poujadiste ? Lucidité de cinéaste… Après les centurions concons, à gros « « bobo » un brin « facho », de la sécuritaire compagnie républicaine, un plan-séquence en tandem de marche urbaine, durant lequel l’adroit Préboist son monologue bientôt motorisé déploie, flic frappeur toutefois autrefois tenté par le métier d’infirmier : Yanne savait se servir d’une caméra, pas seulement en vrai-faux alter ego de Pialat ( Nous ne vieillirons pas ensemble , 1972), servir sa troupe – au lieu de la soupe – de ciné sans la couverture à lui tirer. La suite et l’ensemble de l’estimable et recommandable Moi y’en a vouloir des sous (1973) le démontrent aisément. À découvrir aujourd’hui sa deuxième réalisation, produite en compagnie de l’incontournable Rassam, on ne peut qu’en constater à la fois le caractère daté, l’actualité, le soin porté à chaque plan, à chaque instant, l’absence d’amateurisme et de cynisme. Yanne filme des syndicalistes, des gauc...

The Private Afternoons of Pamela Mann : Blow Job

Image
Demi-journées à partager, bobines à adouber… Tourné en moins d’une semaine, métrage de mises en scène, celle du récit, celle de la réalisation, The Private Afternoons of Pamela Mann (1974) repose sur une filature d’imposture : un privé à la Powell ( Peeping Tom , 1960) espionne une épouse soupçonnée, a priori décomplexée. La dernière scène démentira les pseudo-doutes du mari, scellera sur l’oreiller la complicité amusée du couple point en déroute. À l’ultime plan, un rideau descend, surprenant, cohérent, toile d’écran où se mire la lumière du projecteur mateur, amateur. Estimable film méta, Les Après-midi privés de Pamela Mann s’apparente à un art poétique, à une allégorie analytique. New-yorkais, cinéphile, universitaire, opérateur pendant la guerre (de Corée), monteur (de trailers ), auteur-adaptateur d’écrivains classiques, de Jeanne de Berg & Violette Leduc, admiré par Andy Warhol, honoré par une rétrospective à UCLA, par un dépôt au MoMA, Radley Metzger...

Live in Europe : Waiting for the Sun

Image
Au garde à vous devant Gardot ? Applaudissements à distance… Une chanteuse audacieuse et « mystérieuse », Melody Gardot  ? Une chanteuse généreuse et « malicieuse », plutôt, davantage « accidentelle » et « accidentée », on le sait. Cependant la souffrance ne confère aucun droit, affirmait Boris Vian, qui s’y connaissait vraiment, dans le cruel L’Arrache-cœur . Elle n’attribue pas non plus du talent, tout au plus du temps, de l’élan, l’hospitalisation alors perçue comme un catalyseur créateur (cf. le cas presque similaire de William Irish, romancier alité, en parallèle à Proust). Jadis découverte par votre serviteur via ses clips sympathiques et anecdotiques – en matière de sirène humide, à baignoire et sans peignoir, Lisa Stansfield susurrant du Barry White s’avérait renversante –, (re)voici Melody (disque prêté par une mélomane amie), cette fois-ci en concert, « nue comme un ver ». Si la guitariste/pianiste callipy...

Une étoile est née : Judy

Image
Renaissance d’Esther, victoire de Vicki… Remarquablement arrangée par Skip Martin et dirigée par Ray Heindorf, la (très bonne) chanson d’Ira Gershwin & Harold Arlen parle d’un homme parti, mais James Mason vient voir/écouter Judy Garland. Il s’avance dans la nuit, la caméra le suit, il ouvre une porte curieusement capitonnée, comme si ce Blue Blue relevait, peu ou prou, d’un asile (de doux fous) coloré, alcoolisé. Après le surcadrage précédent, le spectateur solitaire, costumé, se retrouve exactement au centre du « grand écran », du Scope en presque noir et blanc, où détonne une tache rouge de néon, enseigne sanglante au-dessus des chaises relevées. À ce tableau composé, clair-obscur en Technicolor, en profondeur de champ, dû au directeur de la photographie Sam Leavitt, par ailleurs éclaireur préféré de l’austère Otto Preminger, succède celui du groupe de musiciens, en train de répéter, de pratiquer per se . Le personnage de Mason ne pénètre pas la toile amicale,...

Judy : Frances

Image
La Môme de Marion ? La Reine de Renée… Biopic en partie britannique, Judy (Rupert Goold, 2020) bénéficie du savoir-faire insulaire, prière d’apprécier la précision de la reconstitution, sinon de l’interprétation, double acception. Ce mélodrame – sens étymologique, car la souffrance s’y chante, s’y danse – souriant, doté, Dieu merci, d’auto-ironie, se caractérise, aussi, par son tact, par sa retenue, à laquelle contribue la partition discrète du revenant Gabriel Yared. Endettée à L.A., sa Liza, festive, aperçue, l’ignore ou ne s’en soucie pas, ensuite exilée à Londres, à la fin des années 60, Beatles versus Stones, « Mademoiselle Garland » donne un spectacle, se donne en spectacle, essaie de garder le cap, essaie de conserver la garde de ses enfants, se fait, en cougar qui ne cesse de boire, courtiser, puis épouser, en sus se souvient du temps lointain, passé passable passé sur le set d’Oz et surtout sous les diktats de la MGM, nutritionniste attentionnée, co...