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La prochaine fois je viserai le cœur

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Énigme limpide des Euménides, calvaire du Captain Marvel  de Jim Starlin. Quand je me détendrai enfin, quand je presserai la détente à deux mains, je reverrai peut-être tous les films que je vis, les mille et une vies traversées au passé, qui me transpercent au présent. Quel littéral final cut  ! Quel instantané en accéléré ! Quel furtif récapitulatif ! Je me planquerai dans l’impasse à palmiers de Pacino. Je sauterai avec Sigourney enceinte de l’étranger au creux de son brasier. Je m’écroulerai dans la rue indifférente à côté de Ventura, pauvre papillon épinglé. Car regarder un film, finalement, a fortiori fiché horrifique, s’apparente à entrevoir un accident, lent travelling avant puis latéral vers le point d’impact, la « scène du crime », la « scène primitive », la sculpture impure qui cristallise la collision et immortalise un événement évident, irréversible. Art mimétique, art funéraire, le cinéma représente le monde et la mort,...

La Source

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L’encre, le manque, Bergman & Craven, une adolescente et la vieillarde. 1 Mais qui jamais saura dire l’infinie mélancolie des cinémas fermés le matin ? Les cimetières n’effraient pas ; ils accueillent, ils apaisent, ils permettent d’apprivoiser la mort par leur silence unique, par la lenteur de leurs chemins d’oubli. Les morts se moquent de nos hommages, les morts ne quémandent aucun témoignage.   Sur l’écran, dans la salle vide, d’autres morts ressuscitent durant le temps millimétré de la projection, dans l’éclat eugéniste du numérique. Dans les rues de province, sur les artères des capitales, tu croises des spectres de pur présent, fantôme fatigué des images, conscience de chair en marche vers le soleil. Il faudrait pouvoir écrire sur les figurants, les seconds rôles, les doublures. Que ces mots s’adressent d’abord à ceux qui ne les liront pas, qui se foutent du cinéma, qui vivent avec la maladie, la vieillesse, la solitude. ...

Te voilà chez toi

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Pousser la grille, traverser la frontière puis repartir sans se retourner… Alors l’autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi ; et il vit, et il crut. Car ils ne comprenaient pas encore que, selon l’Écriture, Jésus devait ressusciter des morts. Et les disciples s’en retournèrent chez eux. Jean, 20, 8-10 Peu importe l’itinéraire : de trois côtés il faut monter une pente à quatre-vingt-dix degrés dans la chaleur insatiable d’une fin d’après-midi d’été, un poignard de lumière planté au creux des reins sous la chemise fine. Au carrefour désert, une rue linéaire en direction de l’horizon aboutit à une entrée ridiculement défendue par une barrière amovible, comme s’il fallait interdire non plus d’entrer mais de sortir. La maisonnette du gardien veille sur la droite, ses outils de jardinage et de nettoyage sagement posés au soleil. Pénétrer ici revient un peu à revenir en arrière, dans la France villageoise des années cinquante...