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Affichage des articles associés au libellé Michael Cimino

La Grotte Costner

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  Exils # 44 (05/06/2024) Donc d’un western moderne ( Furiosa : Une saga Mad Max , Miller, 2024) au suivant à l’ancienne ( Horizon : Une saga américaine , Costner, 2024). Chacun remarquera du même mot le même emploi. Des deux côtés de l’Atlantique et du Pacifique, face à la faillite du politique, revoici le répit de l’épique ; à l’encontre des communautés, de leur clivante radicalité, vive la collectivité, l’unanimisme démuni de manichéisme. Ça se rassemble et se ressemble sur un écran, ça vous rassemble et vous ressemble devant. Cet Ouest à représenter, à ressusciter, cette Frontière filmée, fantasmée, à la fois fabuleuse et fondatrice, odieuse et destructrice, on le savait bien avant le révisionnisme cinématographique des seventies , Costner les connaît sans conteste, il s’illustra autrefois dans des westerns authentiques ( Silverado , Kasdan, 1985, Danse avec les loups , Costner, 1990) ou symboliques ( Les Incorruptibles , De Palma, 1987, Un monde parfait , ...

Amérique authentique

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  Exils # 22 (19/02/2024) Au cinéphile Franck Près de vingt ans avant le travail remarquable d’Evans & Lange, où puiseront Steinbeck & Ford ( Les Raisins de la colère , 1940), voici cinquante-cinq photographies en noir et blanc, sans colorisation à la con (honte à Time ), documentant un temps d’avant des États-Unis désunis. Il ne convient pas encore de parcourir une grande nation en proie à la Grande Dépression, il s’agit déjà d’en donner à voir, comme en un miroir, une dimension dissimulée, non assumée. Le CV en accéléré de leur auteur, ensuite éclipsé à cause de successeurs majeurs, ne se départit d’une cruelle ironie : Lewis Hine, orphelin de père, empila les emplois classés non qualifiés, étudia la sociologie (et la philosophie), l’enseigna aussi, bossa pour des organismes d’ É tat ou pas, souvent se déguisa, un peu sa vie risqua, dans la presse estampillée populaire ou à l’opposé dans l’explicite et friquée Fortune publia, selon la publicité (pas seulement la...

L’Enfer des armes

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  Un métrage, une image : Eastern Condors (1987) Un soupçon des Douze Salopards (Aldrich, 1967), une pincée de Portés disparus (Zito, 1984), un virage vers Voyage au bout de l’enfer (Cimino, 1978) : Sammo Hung (re)connaît ses classiques, cependant ne les duplique, pas davantage ne délivre la matrice apocryphe et obsolète de Une balle dans la tête (Woo, 1990). Doté d’un tandem d’incontournables homonymes du cinéma de HK de ce temps-là, à savoir le scénariste Barry Wong ( À toute épreuve , Woo, 1992), le directeur de la photographie Arthur Wong ( La 36e Chambre de Shaolin , Liu, 1978, Il était une fois en Chine , Tsui, 1991), le réalisateur de valeur de L’Exorciste chinois (1980) ou First Mission (1986) signe en résumé un cocktail guerrier aux tonalités mêlées, comme seul l’écran hongkongais savait les concocter, les doser. Véritable cinéaste, il soigne chaque cadre ; star pas uniquement locale, il possède assez de générosité pour ne limiter les membres de...

Shanghai Kid

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  Un métrage, une image : Shanghaï Joe (1973) Ce western antiraciste moins humoristique et plus individualiste que celui de Chan et compagnie – Shanghai Noon , Dey, 2000, jeu de mots rigolo décalqué du High Noon , aka Le train sifflera trois fois , de Fred Zinnemann, 1952 – adresse lui-même un clin d’œil d’intitulé italien au contemporain Mon nom est Personne (1973) de Valerii & Leone, cependant il s’agit en définitive d’un film hybride, inspiré à la fois par la célèbre série Kung Fu et les éclats de Peckinpah. Caiano signa aussi Un train pour Durango (1968) et L’Œil du labyrinthe (1972), sur lesquels je ne reviens point, en sus de l’estimable Les Amants d’outre-tombe (1966), avec l’immarcescible Barbara Steele, avant de finir sa filmographie de manière amère, très agitée, au côté de l’incorrigible Klaus Kinski ( Nosferatu à Venise , 1988), ici irrésistible fétichiste de chevelure pas un brin baudelairien. Si la trilogie des Dollars + Il était une fois dans...

Le Cobaye

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  « Too good to be true » ? Pas pris, pas vu, épris, bienvenu… Disons une dizaine d’années après, on réécoute donc l’increvable Can’t Take My Eyes Off You , pourtant, dans l’intervalle séparant The Deer Hunter (Cimino, 1978) de Conspiracy Theory (Donner, 1997), le voyage en effet infernal au Vietnam s’évanouit, puisque revoilà le projet MK-Ultra, Clinton succède à Nixon, l’amitié masculine autour d’un billard, de retour trop tard, se dissout en solitude, en séjour à l’asile. N’en déplaise à notre modernité très conditionnée, les complotistes ne racontent pas que des contes et des conneries, en tout si l’on en croit ce Complots quasi prophétique, au script signé Brian Helgeland, le cinéaste de Payback (1999), Mel se (la) ramène, surtout le scénariste du Cauchemar de Freddy (Harlin, 1988), L.A. Confidential (Hanson, 1997), Créance de sang (2002) ou Mystic River (2003), tandem d’Eastwood. Gibson s’y prend un peu pour le Robert De Niro de Taxi Driver (1976), autre satire s...

Le Choix des armes

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  Un métrage, une image : Section de choc (1976) À Jacqueline « Le Marseillais, rends-toi ! » crie le flic de Bozzuffi, mais moi je ne démissionne, je visionne. De l’action, encore de l’action, toujours de l’action dirait Danton, alors Dallamano n’y vas pas mollo, il décèdera d’ailleurs bientôt, dans un accident d’auto. Pour l’instant, en été, sort en salle une sorte d’instantané, une photographie remplie d’énergie d’une certaine et turinoise Italie. Les années plombées, à main armée, connaîtront un tournant illico , avec l’assassinat d’Aldo Moro, lui-même devenu cadavre retrouvé à Rome au creux du coffre d’une Renault, décroîtront ipso facto , la Démocratie chrétienne, au régime déjà malsain, idem sur le déclin, remplacée par le capitalisme spectaculaire, sens duel, berlusconien, parce qu’il(s) le valai(en)t bien. Pourtant, deux ans auparavant, le spectateur perçoit un changement, comme un renversement, dont témoigne le métrage de son âge. L’idéologie s...

Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera

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  Car le « roman de gare » relève de la « littérature d’évasion » et d’émotion… Docteur Dard et Mister San-Antonio ? Oui et non, puisque Poison d’Avril ou la Vie sexuelle de Lili Pute propose aussi, vingt-sept ans après Le Tueur triste , un dilemme moral, met au programme un homme et des femmes. Cette fois-ci, on suit Antoine & Marie-Marie en Espagne puis en Malaisie, escale à Hong Kong incluse, départ de Pékin compris. En 1996, Alain Peyrefitte affirmera que La Chine s’est éveillée , mais dès 1985, elle séduit, elle dézingue, façon Félix Faure, donc grande + petite mort. Carrément contemporain du bouquin jamais malsain, L’Année du dragon (Cimino, 1985) dut essuyer, on le sait, on s’en souvient, les critiques de quelques autoproclamés représentants de la « communauté asiatique », alors que le petit polar de Dard ne froissa personne, passa comme une lettre à la poste. Poseur, imposteur, l’auteur à succès, dissimulé derrière le nom de son c...

Banco

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  Un métrage, une image : Casino : No Limit (2008) Le descendant de Dorcel, DG + VRP du petit empire de son papounet, disait jadis à LCI « poursuivre un triple objectif qualitatif », impératif d’un film « attractif pour le plus grand nombre et pour toutes les générations – pour cela, il ne doit pas être répugnant, ni bidon, ni ridicule », comment veux-tu, si tu recules… Le fric ici s’affiche, objet-sujet d’économie libérale, non plus libidinale, de logique commerciale, comptable, de voyage estival : 230 000 euros de budget , 2 h 30 de durée, 14 actrices, 12 scènes classées X, distribution à l’unisson dans 56 pays, en sus (moi bien) d’une projection à la presse et de communication numérique un zeste, Ibiza, on y reva, de longues années après More (Schroeder, 1969), d’accord. Tout ceci sert à financer du locatif, par exemple yacht et villa , voilà, production values de parvenus, diégétiques, cinématographiques, se verra réutilisé selon d...

Frozen

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  Un métrage, une image : Nightfall (1957) L’ opus poétique et politique s’avère vite une évidente réussite, jadis passée inaperçue, désormais adoubée, reconnue, même admirée d’Ellroy, allez. Cinéaste subtil et stylé, Tourneur met en valeur un scénario écrit au cordeau, Silliphant ( Le Village des damnés , Rilla, 1960) ici en lecteur + adaptateur du roman de Goodis le grand. Avec son trio à bravo, Ray à la voix voilée, Keith à la courtoisie d’utopie, Bancroft contre, tout contre, les coups de crosse, avec ses Los Angeles de détresse, de tendresse, Wyoming magnanime, Nightfall nous dit que tombe la nuit, le soleil se lève, la neige piège l’innocence, le départ conduit vers la délivrance. Plutôt que de Ray & Lupino ( La Maison dans l’ombre , 1952), on se souvient de Cimino, du  Canardeur (1974) illico , autre item de banque braquée, de paquet (de billets) à récupérer, d’écoulé calendrier, l’église à l’école substituée, de couple en (dé)route, d’Amérique (no...

Minnie et Moskowitz

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  Un métrage, une image : Fievel et le Nouveau Monde (1986) « Papa peux-tu m’entendre ? » demandait la Streisand de Yentl (1983), avec déjà Nehemiah (Persoff), la fin de Fievel (Don Bluth) lui répond, au son de Un violon sur le toit (Jewison, 1971), oui-da. Souviens-toi, Barbra, point de Prévert, plutôt de Spiegelman, le mec de Maus , ses chats nazis, ses sémites souris, du plumage de Superman (Donner, 1978), du ramage de Maurice Chevalier, voire l’inverse. De Disney à Dickens, doté en coda d’une sucrerie sympa et applaudie, due à l’incontournable Mister Horner, susurrée en tandem amène par Ingram & Rondstadt , notre Don, réalisateur, co-producteur, designer , storyboarder , itou au title , s’associe ainsi à Stevie (Spielberg), excelle en xerography , délocalise en partie en Irlande, se met à dos les syndicats, quelle cata. An American Tail , le titre d’origine, joue du son et du sens, renvoie évidemment vers tale  : Fievel et le Nouveau Mo...

Amérique. Les années noires : Les Misérables

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  William Burroughs ? Floyd Burroughs… Sous l’égide directive du directeur Roy Stryker, une dizaine de photographes fameux – dont les incontournables Walker Evans & Dorothea Lange – affiliés à la FSA (Farm Security Administration) documente et immortalise in situ , en instantané(s), de 1935 à 1942, une Amérique (nordiste) sudiste, raciste, à la misère douce-amère. La Section Historique se soucie ainsi de sociologie, de témoigner d’une rurale réalité ; en décembre 1941, elle se voit vite rattachée au Service d’Information des Armées, changement d’ère, entrée en guerre. Il en demeure donc de riches archives, estimées à 70 000 tirages et 70 000 négatifs, sans compter les 100 000 censurés, l’ensemble cédé à la Bibliothèque du Congrès. En coda de son introduction, Charles Hagen émet l’idée de « documents en partie mensongers », se demande où disparurent le « désespoir », la « colère » (ses raisins steinbeckiens puis fordiens)...

Un carnet de bal : Lydia

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  Première fois, dernière foi… Un carnet de bal (1937) dialogue donc à distance avec Pépé le Moko ( idem ), La Charrette fantôme (1939), Marianne de ma jeunesse (1955), sans omettre son vrai-faux remake , Lydia (1941) made in USA . L’un des meilleurs de l’auteur, ce métrage d’un autre âge accomplit davantage, au cours d’un écho onirique à celui de Zéro de conduite (Jean Vigo, 1933). Un carnet de bal carbure ainsi à la nostalgie, à la mélancolie, au romantisme sentimental, au désenchantement de maintenant, au fantastique à la française, au féminin, à la fois mental et trivial. Contrairement à Ettore Scola ( Le Bal , 1983), Julien Duvivier ne se soucie de sociologie, de chronique historique, il opte pour plusieurs épisodes reliés par le regret, une tonalité souriante et attristée. Veuve en vadrouille, Eurydice endeuillée, Christine croit pouvoir ressusciter le passé, a fortiori magnifié, fantasmé, fissa elle comprendra que cela ne se peut pas, à part au cinéma, ou si l...

New York 1997 : Manhattan

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de John Carpenter. À revoir en VO New York 1997 (1981), on s’aperçoit qu’il prévoit les « migrants » et le « 11-Septembre », qu’il séduit aussitôt grâce à la constance de son élégance, qu’il s’avère un survival cynique. Tout le monde le croit mort, à tort, cependant l’erreur révèle la vérité du soldat salué, du braqueur de banque à collègue et coincé (façon Subway , Besson, 1985), du messie menacé – Snake Plissken respire à peine, il observe davantage qu’il ne s’active, il suit, menotté, contaminé, la « ligne orange » du programme imposé, le compte à rebours sans détour. Dante possédait un guide dénommé Béatrice ; le mercenaire en sursis marche à côté de Maggie. «  A Debra Hill production », Escape from New York limite la bien-aimée Adrienne Barbeau à un rôle mutique, au décolleté certes éloquent, surtout après le valeureux véhicule de Fog (1980). Toutefois l’actrice...