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Affichage des articles associés au libellé King Vidor

Voyage au centre de l’altère

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  Exils # 39 (21/06/2024) Péplum, film de science-fiction, mélodrame, film catastrophe : Le Géant de Métropolis (Scarpelli, 1961) se joue des genres mais ne mélange les registres, conservant jusqu’au dernier plan inquiétant et en plongée un esprit de sérieux auquel il parvient pourtant, miracle laïc, à ne point succomber. Si tout ceci ne vous suffit, sachez qu’il s’agit aussi d’un conte antique qui assortit les concepts contemporains d’écologie et de collapsologie, qui explique le mythe de l’Atlantide, situé en… Atlantique, son déclin(isme) certain, selon une perspective éthique (maléfice autarcique de l’hubris scientiste) et à cause d’une quête ironique (l’immortalité de l’héritier via une « irradiation » de cerveau, celui du grand-paternel, plus tard spectre à la Hamlet, lui-même maintenu en vie de manière artificielle). En résumé d’accéléré, le royaume mortifère et (à moitié) sous terre de la triste Métropolis, (do)miné depuis longtemps par un triste tyran, au p...

Naples au baiser de feu

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  Un métrage, une image : Voyage en Italie (1954) (…) calendriers solides et contraignants qui offraient souvent, dans la chaleur des groupes, l’illusion de saturer le temps et de faire ainsi écran à la mort. Vivane Forrester, L’Horreur économique À le visionner en version restaurée, il s’avère qu’il s’agit d’un road movie immobile, travelogue en toc, item modeste, qui n’annonce ni l’ennui de La Nuit (Antonioni, 1961), même si une faune de « naufragés » y figure, flanquée de faunes clairs et obscurs, ni la casse ou le crash à Capri du Mépris (Godard, 1963), itou entourloupe de couple en déroute sur la route. On pense plutôt illico à Psycho (Hitchcock, 1960), conductrice idem , environnement mortel, bien sûr à Stromboli (1950), puisque épiphanie finale et en fanfare, miracle laïc, en sus du Vésuve, aux Onze Fioretti de François d’Assise (1950), suite de saynètes, progression et non narration. Lui-même en tandem avec Vitaliano Brancati ( Le Bel An...

Alphabet City

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  Un métrage, une image : Le Cavalier noir (1961) Dans Le Petit Monde de don Camillo (Duvivier, 1952), Fernandel affrontait Cervi, maire communiste et meilleur ennemi. Dans The Singer Not the Song , Mills ne désarme devant Dirk Bogarde, vaurien luciférien à fin félin. Classer Le Cavalier noir en vrai-faux western homo vers Mexico relève de l’évidence – une imagerie dédiée à l’homosexualité, comme dirait Brigitte Lahaie – mais cette dimension d’attraction/répulsion masculine, dommage pour la mimi Mylène Demongeot, mise disons KO, sortie du trio, esseulée va-t’en, châle rouge sang, qui en conclusion culmine, tandem de mecs mortellement touchés, tendrement enlacés, salut au SM de Duel au soleil (Vidor, 1946), ne saurait dissimuler la dynamique de la moralité. Plus près du contemporain Léon Morin, prêtre (Melville, 1961), idem mélodrame adapté d’un bouquin écrit au féminin, Béatrix Beck substituée à Audrey Erskine Lindop, sinon de Sous le soleil de Satan (Pialat, 1987...

Extension du domaine de la lutte

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  Un métrage, une image : La Garçonnière (1960) Un (mini) miroir pour mieux voir, une suicidée divisée à sauver, à déshabiller, à dorloter, un triangle tout en angles, de vaudeville vitriolé, une normalité très tourmentée : si La Garçonnière se souvient à l’évidence de Sueurs froides (Hitchcock, 1958), il anticipe aussi la géométrie déshumanisée du Playtime (1967) de Tati, relie en sourdine La Foule (Vidor, 1928) à Brazil (Gilliam, 1985). Dans Comme un torrent (Minnelli, 1958), Shirley MacLaine succombait aux balles de la jalousie ; ici, elle revit, amorphe, ranimée de force, à la Faces (Cassavetes, 1968), gifles non simulées en prime. Mélodrame humoristique, didactique et ludique, moralité morale mais jamais moralisatrice, le long métrage de (deux heures) son âge, au message presque à la Reich, deviens enfin un « être humain », « petit homme » à la gomme, « sans qualités » à la Musil, « unidimensionnel » à la M...

Une femme française

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  Un métrage, une image : Le Bagarreur du Kentucky (1949) Ce western sentimental et territorial, méconnu et mésestimé, s’avère vite un divertissement souvent amusant, toujours intelligent, un film d’amour et d’amitié, par la réalité miroitée, voire l’inverse. Wayne interprète et produit, implique son pote Oliver Hardy, paire improbable et cependant indiscutable, tous les deux dirigés par une vieille connaissance, George Waggener par ailleurs réalisateur d’un Le Loup-garou (1941) pas relou, tandis que le patron de Republic Pictures, studio désargenté, chaque cinéphile le sait, en profite pour cas(t)er sa compagne puis épouse, ouf. Le cinéaste-scénariste ressuscite ici une curiosité historique, à savoir l’acclimatation forcée, aux accumulées difficultés, de colons français.  Le Bagarreur du Kentucky bénéficie aussi du beau boulot du directeur photo Lee Garmes, partenaire ès lumière de Sternberg ( Shanghaï Express , 1932), Hawks ( Scarface , idem ), Korda ( Le L...

Le Corsaire noir : Sympathie pour le diable

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Sergio Sollima. Un film de flibustiers, inoffensif, pour enfants ? Un item politique, au filigrane fantastique, aux tonalités tragiques et drolatiques. En partie porté par l’impeccable Kabir Bedi ( Octopussy , John Glen 1983 ; La Bête de guerre , Kevin Reynolds, 1988), quasi converti, Le Corsaire noir (Sergio Sollima, 1976) s’avère aussi un divertissement in fine euphorisant, où trois femmes fréquentables ne font pas tapisserie, Dieu du ciné des seventies et Déesse du MLF merci. Dès le début, presque en forme de snuff movie à la Scarface (Brian De Palma, 1983), pont de longue-vue, aux pauvres et multiples pendus, « fruits étranges » de saison, à la François Villon, le métrage se place sous le signe d’un réalisme transalpin, européen, inaccessible à l’esprit américain, a fortiori selon cette imagerie pas si jolie, point infantile, enfin. Récit de fraternité individuelle, endeuillée, p...

Au péril de sa vie : Au risque de se perdre

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La foi, l’Afrique, la folie, le fric… Angie you’re beautiful But ain’t it time we say goodbye The Rolling Stones It’s a sin! Alex DeLarge Méconnu mélodrame martial, Au péril de sa vie (Gordon Douglas, 1961) mérite son exhumation, pour plusieurs raisons, dont la principale se dénomme, évidemment, Angie Dickinson. Jadis célébrée, avec brièveté, par mes soins énamourés, à l’occasion de Pulsions (Brian De Palma, 1980), l’actrice, au ciné, de Rio Bravo (Howard Hawks, 1959), À bout portant (Don Siegel, 1964), La Poursuite impitoyable (Arthur Penn, 1966), L’Ombre d’un géant (Melville Shavelson, 1966), Un homme est mort (Jacques Deray, 1972) et, à la TV, de Sergent Anderson (1974-1978) + Wild Palms (1993), liste subjective, peut-être la verrai-je un jour chez Samuel Fuller, Jacques Tourneur, Lewis Milestone, Norman Jewison, John Boorman, Claude Pinoteau, Sydney Pollack, trouve ici, à défaut du rôle d’une vie, un character qui ne manque pas de caractère, au ...

La Foule : Presque célèbre

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de King Vidor. But remember the princess who lived on the hill Who loved you even though she knew you was wrong And right now she just might come shining through And the glory of love just might come through […] Ah but remember that the city is a funny place Something like a circus or a sewer Lou Reed, Coney Island Baby Johnny thinks the world would be right If it could buy truth from him Mary says he changes his mind more than a woman But she made her bed Even when the chance was slim Robert Palmer, Johnny and Mary Grandeur de Vidor : Mary reste seule, son Johnny parti, elle n’en revient pas, on sait qu’il reviendra, elle expérimente la solitude, la lassitude, anonyme au milieu de la grande ville, dans un petit appartement au lit double escamotable, aux toilettes à proximité de la table, la porte ferme mal, le métro aérien passe pas si loin, sur son visage avenant dévale l...

Ciel sans étoiles : Frontière(s)

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Helmut Käutner. Dans Ciel sans étoiles (Helmut Käutner, 1955), Anna & Carl ne cessent d’aller, de (re)venir, de (re)passer la frontière, pas encore matérialisée par un mur : la caméra comprend, accompagne ce contradictoire mouvement émouvant. Voici, presque en catimini, un grand petit film allemand, pas tant d’un autre temps. Hier, la Frontier représentait une utopie US ; désormais, délocalisée en UE, elle anime l’imaginaire des « migrants ». En 1952, époque de l’ opus , sept années viennent de s’écouler depuis la défaite « d’Adolf », familiarité infernale, fossé de 39, mais la guerre n’en finit pas, cette fois-ci infanticide, fraternelle, davantage individuelle, idem cruelle. La séparation politique, économique, idéologique, duplique en plus une fracture intérieure, entre une mère solitaire et son fils fissa orphelin définitif. En RDA, la camarade Anna bosse à l’usine, sous ...