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Affichage des articles associés au libellé Jean-Jacques Beineix

Performance

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  Un métrage, une image : Les Crimes du futur (2022) Le prologue de plage et d’épave paraît presque une promesse, revisite le mythe, au soleil hellénique, comme un écho, a contrario , de Chromosome 3 (1979). L’émule de Médée cependant disparaît, repasse au pressing , « coupable » en liberté, encore écœurée au souvenir du « ver gluant », c’est-à-dire de l’esseulé enfant, intrus d’utérus, telle jadis Geena Davis, accouchée par Cronenberg mis en abyme, durant le cauchemar maternel de La Mouche (1986). Quant au mutique minot, dévoreur de poubelle près du lavabo , étouffé sous un oreiller, salut à Beineix ( 37°2 le matin , 1986) & Haneke ( Amour , 2012), il finit au frigo, il se fait autopsier au cours d’un show . Il faut préciser au lecteur peut-être effaré que le fiston en question possédait a priori un système digestif capable de lui faire avaler, voire apprécier, le plastique, solution ironique à la problématique des déchets de la modernité. L...

Une aussi longue absence

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  Un métrage, une image : Les Amants de Teruel (1962) « Un spectacle de grand art » beugle le bonimenteur, porte-parole du responsable de l’aussi empesé Les Sorcières de Salem (1956). Hélas pour lui et surtout le spectateur, tant pis, gentille Jacqueline , rien de moins poétique que la pseudo-poésie autoproclamée de cette longuette pièce montée à Cannes primée d’un accessit technique. Vous connaissiez ceux de Vérone, voici des amoureux maudits de quasi Andalousie, dont le destin, vous le devinez bien, ne possède rien de serein. Yseut d’Espagne, la silencieuse Isa paraît une Pénélope de mélodrame médiocre et son attente miroitante ne saurait être clémente. Outre se permettre de plagier l’épilogue à plongeon des Chaussons rouges (Powell & Pressburger, 1948), avec déjà la juvénile Ludmila, Les Amants de Teruel essaie de ressusciter le romantisme dépressif de la décennie du supposé « réalisme poétique », sinon de singer la dialectique des apparence...

Yvette

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  En mémoire de Betty Mars (1944-1989)… Découverte par votre serviteur via Vive la France (1974), dont le documentariste Audiard détournait à dessein son succès Monsieur l’étranger , Betty Mars à l’Eurovision de 1972, alors vêtue d’une robe improbable, les bras en croix, la France représenta, fit quatre fois du cinéma, en Esmeralda chez le Michel supra ( Bons baisers… à lundi , 1974), en vocal, voire idéal, duplicata du Piaf (1974) de Guy Casaril, petit biopic passé à la trappe, pourtant écrit par le romancier Marc Behm, pas encore adapté par Audiard père & fils pour le Claude Miller de Mortelle randonnée (1983), où la rarissime Brigitte Ariel en douce elle doubla, en séduite lesbienne du Émilienne (1975) dû au même, méconnu ménage et mariage à trois, chez Lelouch à l’occasion de Si c’était à refaire (1976), thème idem de Barouh & Lai partagé avec Françoise Hardy, oui-da, par la danse, le cirque, la revue débuta, dans des cabarets chanta, un disque dédié à la Ré...

Tosca : Scarlet Diva

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Amoureuse meurtrière ? Expérimental somnifère… Produit culturel produit par l’inévitable Toscan du Plantier, ici escorté d’ARTE, ce film interminable et inanimé se souvient, un soupçon, de Losey ( Don Giovanni , 1979) & Żuławski ( Boris Godounov , 1989, DTP bis ). Hélas, le son direct et la dimension méta ne suffisent pas pour dynamiser une entreprise dépassionnée, quel étonnant malentendu, au vu et à l’écoute du matériau utilisé, transposé, cf. la mention « d’après ». Ce Tosca -là (Jacquot, 2001), ni le premier ni le dernier, inclut des ponctuations d’extérieurs en vidéo, en POV, au ralenti, rappelant l’amateurisme lucratif du Projet Blair Witch (Myrick & Sánchez, 1999) ; des enfants de chœur écarlate ; un duo de salauds gentiment homo, remember l’homologue de La Mort aux trousses (Hitchcock, 1959) ; un pâtre puéril en gros plan ; une lune illustrative, adaptée aux paroles ; un couteau de giallo, reflet du préfet offert ; un ...

L’Exorcisme de Hannah Grace : Le Bunker de la dernière rafale

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Baballe ou Blondi ?   À la mémoire de Bruno Ganz I’m gonna I’m gonna lose my baby So I always keep a bottle near He said I just think you’re depressed This me yeah baby and the rest Amy Winehouse Le film commence fort, par un infanticide, une séance-séquence d’exorcisme en forme de crève-cœur, où Kirby Johnson, danseuse, gymnaste, se contorsionne en écho à la souple Jennifer Carpenter dans L’Exorcisme d’Emily Rose (Scott Derrickson, 2005), où elle décède, presque, étouffée sous un oreiller citant Esaïe tenu par son papounet, méthode définitive jadis pratiquée par Jean-Hugues Anglade sur Béatrice Dalle ( 37°2 le matin , Jean-Jacques Beineix, 1986) puis Jean-Louis Trintignant sur Emmanuelle Riva ( Amour , Michael Haneke, 2012). Trois hommes âgés debout, une jeune femme allongée, sanglée, le décor de chambre à coucher en clair-obscur pourrait se prêter à un gang bang incestueux, mon Dieu, mais l’on assiste plutôt à une cérémonie secrète, suspecte, s...

Descente aux enfers : La Taverne de la Jamaïque

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Oh my God, you’re so good at this, David Goodis! Le livre va vite, on va le suivre. Bevan, ivrogne à Kingston, égorge un « indigène », sauve de l’échafaud un mécano, retrouve sa dignité, regagne sa femme frigide. Publié en 1955, en fin de trentaine, Descente aux enfers représente un précipité de l’univers et du style de David Goodis. The Wounded and the Slain indique le titre original martial : l’écrivain ne cessa de s’intéresser aux blessés, aux tombés, sur le champ de bataille de la vie américaine et au-delà. Il n’écrivait pas des « polars », étiquette suspecte d’éditeurs épiciers, d’insouciants lecteurs ensoleillés, il n’écrivait pas de la « littérature générale », alibi de librairie, il ne théorisait pas l’écriture ni ne prenait la pose auteuriste. Véritable auteur, il écrivait pour ne pas crever, la seule raison qui vaille, au propre et au figuré, il décrivait des cauchemars pas vraiment climatisés, moins sexuels que ceux de Henry Mil...

Mon fils : Outsiders

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Eran Riklis. Du teen movie vers le mélodrame, du passé vers le présent, de la terrasse à la tombe : le film passe les frontières, celles des « genres », des temporalités, des états. Enfant, adolescent puis adulte, Iyad (très juste Tawfeek Barhom) se souvient, nous donne à voir sa vie à sa manière, parcellaire, en surplomb, sur un toit, au début et en coda. Il convient de prendre de la hauteur, de la distance, d’apprendre à respirer, à réfléchir, en fumant, en se remémorant les actes d’une tragi-comédie enracinée dans la schizophrénie, du pays, de la psyché. À Jérusalem aussi, on vit en famille, on la quitte, on va au lycée, on tombe amoureux, on connaît l’amitié, on change d’identité. Le titre prophétique de Joy Division annonçait le destin peu serein de nos Roméo et Juliette émigrés au Moyen-Orient. Oui, l’amour sépare et rapproche ceux que séparent l’origine, la langue, la culture, la guerre. Q...