Articles

Affichage des articles associés au libellé Adrian Lyne

Corps (d’)étranger

Image
  Exils # 131 (02/10/2025) Dans L’Inconnu (Browning, 1927), l’amoureux et dangereux Lon Chaney, lanceur de couteaux avec ses pieds, se faisait amputer des deux bras, fi de la phobie tactile de Joan Crawford, hélas éprise d’autrui, tant pis pour lui. Presque une centaine d’années après, dans Above the Knee (Bøe, 2024), Freddy Singh, acteur, co-scénariste et co-producteur, ne supporte plus sa jambe gauche, c’est-à-dire diabolique, qu’il perçoit en train de pourrir, qu’il prépare au pire. Incarnation à son corps défendant et obsédant de notre époque, celle du DIY, le quidam de domestique et médical mélodrame souffre du syndrome de la DIC (dysphorie de l’intégrité corporelle), que détaille à la TV une vraie-fausse aveugle, victime vite complice pas jusqu’au-boutiste, portée sur les piqûres d’anesthésiant et le vaudeville malséant, en écho aux dingos de Misery (Reiner, 1990) et Liaison fatale (Lyne, 1987). À l’écart de sa compagne compatissante, l’ancien alcoolique dépressif, r...

Des justiciers dans la ville

Image
  Exils # 122 (28/08/2025) Dans Death Wish (Winner, 1974), la femme de l’avocat Paul Kersey se faisait tuer, sa fille se faisait violer ; dans Fighting Back ( aka Philadephia Security ou Death Vengeance , Teague, 1982), la femme de l’épicier John D’Angelo fait une fausse couche après une poursuite en voiture et sa mère se fait « mutiler ». À huit ans de distance, les deux productions Dino De Laurentiis paraissent prendre le pouls d’une Amérique nordiste malsaine et urbaine, où sévissent toutes les violences, dont celle du vigilante , d’abord citoyen anonyme malmené, ensuite modèle ou malaise à main armée, (anti-)héros dépressif ou héraut droitiste de westerns modernes, pantin de républicains ou cauchemar de démocrates. Ce personnage donnera au passage son titre à un film de Lustig (1983), dans lequel la femme de l’ouvrier Eddie Marino se fera poignarder, son fils se fera descendre, inspiré en partie lui aussi par l’entreprise salvatrice ou le discutable épou...

Les Démons de Nadia

Image
  Exils # 84 (19/02/2025) Dans Elles n’oublient jamais (Frank, 1994), l’un de ses premiers films, Nadia Farès malmenait déjà un Thierry Lhermitte en ersatz de Michael Douglas ( Liaison fatale , Lyne, 1987). Dans Storm Warning (Blanks, 2007), elle extermine une famille, un père et deux fils, en Australie, en une nuit. Ce thriller mâtiné d’horreur(s), aux primés effets spéciaux, met aussi un terme momentané à sa carrière, puisque l’actrice des Rivières pourpres (Kassovitz, 2000) ou Nid de guêpes (Siri, 2002) ne reviendra vers le cinéma et la TV qu’une dizaine d’années après, avec à nouveau Lelouch ( Chacun sa vie , 2017) et la série Marseille . Que fit-elle entre-temps ? Peut-être qu’elle « aima », telle Isabelle Adjani, en tout cas elle chanta, comme la cigale de la fable ou la féline d’un clip anecdotique. Anglophone dès Rogue (Atwell, 2007), la voici parmi la « mangrove » d’Everett De Roche, scénariste souvent salué sur ce site, dont le script tr...

Pas très catholique

Image
  Un métrage, une image : The Rosary Murders (1987) Huit années après son titre le plus emblématique, Terreur sur la ligne (1979), Walton signe donc son ultime film, avant de se transférer définitivement vers la TV, pour laquelle il dirigea déjà des épisodes des séries Alfred Hitchcock présente et Deux flics à Miami . Ce requiem à base d’inceste et de meurtres sériels inspirés par le Décalogue représente par conséquent un double adieu, adressé à une adolescente abusée, suicidée, à une éphémère carrière sur grand écran. Tourné à Detroit, ça se sent, ça se voit, en avril de vendredi saint malsain, ne te découvre d’un fil, ma fille, The Rosary Murders , intitulé explicite, ici aussi connu comme Confession criminelle , met en images un roman de William X. Kienzle, ex -prêtre et journaliste ensuite passé par l’université puis l’écriture de bouquins policiers, le premier consacré au récurrent curé Robert Koesler. Flanqué du fameux Elmore Leonard, lui-même de là-bas, diplômé d’...

Giorgino

Image
  Orwell à la truelle ? La Bête et la Belle… Le machinisme et le sentimentalisme de Metropolis (Lang, 1927) se devaient de séduire Giorgio Moroder, musicien cinéphile, producteur à succès, un temps résident allemand, comme d’ailleurs Donna Summer, itou auteur d’accompagnements appréciables à destination de Midnight Express (Parker, 1978), La Féline (Schrader, 1982), Flashdance (Lyne, 1983), Scarface (De Palma, idem ), Electric Dreams (Barron, 1984), Over the Top (Golan, 1987) ou Fair Game (Orfini, 1988). Sa version pas à la con, « presented with a contemporary score, sound effects and colour », « re-construit et adapte » un métrage, ne l’endommage, lui rend hommage, rendit vénère les auto-proclamés experts et autres fiers thuriféraires. Droits acquis, surenchéris sur Bowie, tant mieux, tant pis, le natif d’Ortisei co-signe avec le parolier Pete Bellotte les intertitres et les sous-titres, accélère la cadence, donc le défilement, remercie aussi ...

Invasion Los Angeles

Image
  Un métrage, une image : Terreur sur la ligne (1979) When a Stranger Calls fait autre chose que développer le premier sketch des Trois Visages de la peur (Bava, 1963), anticiper le prologue de Scream (Craven, 1996), se souvenir de la domestique menace de Black Christmas (Clark, 1974). Vite ensuite à la TV, malgré le renommé April Fool’s Day (1986), a priori matrice apocryphe du dispensable Murder Party (Pleskof, 2022), Walton étonne, réussit l’essai transformé, puisque voici The Sitter (1977) remarqué, remaké, mué en succès. Du court au long, le doué débutant conserve l’introduction, modèle d’instauration de la tension, devant beaucoup à la candeur de Carol Kane qui, mère et mariée cette fois, réapparaîtra pour la coda, dépassement du trauma , seconde chance accordée à la double enfance, boucle bouclée sept années de malheur, de bonheur, après. Entre-temps, l’ item prend son temps, revisite l’infanticide invisible de La dolce vita (Fellini, 1960), repren...

L’Affaire Thomas Crown, 9 semaines ½, Une nuit en enfer : Leçons de séduction

Image
  Une « raison de vivre » ? Des raisons de revivre… Trois actrices, trois esthétiques, trois décennies, trois scènes célèbres, aussi : L’Affaire Thomas Crown (Jewison, 1968), 9 semaines ½ (Lyne, 1986), Une nuit en enfer (Rodriguez, 1996) constituent ainsi une apocryphe trilogie, où il ne s’agit jamais, en réalité, contrairement à l’évidence des apparences, de susciter le désir sexué, masculin, mis en abyme, mais de s’amuser avec, en trio de duos dotés d’un féminisme soft , en instants très divertissants, où les femmes affables, au propre et au figuré « mènent la danse », sinon la partie, bien sûr d’échecs, « contre, tout contre », affirme la fausse misogynie de Guitry, des mecs aussitôt émerveillés, énamourés, rendus muets, spectateurs au carré d’un beau numéro ni maso ni phallo. N’en déplaise aux adeptes déplaisantes du « male gaze », l’infaillible Faye, la callipyge Kim, la souple Selma ne simulent des muses obtuses, des...

La Femme au gardénia : Nuit d’ivresse

Image
Le symbole de l’amour muet, l’emblème de Billie Holiday… Un jour peut-être ça changera Y a plus d’respect dans la rue Tu sais très bien quand t’abuses Angèle Aux USA, en 1953, l’attirance funeste de Tristan & Yseut se mue en « crime passionnel », Cole côtoie Wagner, le féminisme fricote avec le fait divers. Certes tamisé par le glamour de l’imagerie de Los Angeles sur grand écran, disons une dizaine d’années avant son avènement outre-océan, le réalisme trivial du kitchen sink britannique se matérialise de manière littérale, lorsque l’héroïne s’évanouit, sa conscience emportée dans le tourbillon d’un évier, tel un prélude au décès de sa blonde consœur de salle de bains ( Psychose , Hitchcock, 1960). Film court, tourné en une vingtaine de jours, film conservateur, tout sauf « mineur », film agréable mais discutable, La Femme au gardénia persiste à parfumer le présent de son passé pertinent. La Warner avaricieuse acquiert les droits d’une n...

The Kiss : The Story of Joanna

Image
Tante rebutante et sirène guère sereine… Débuté tel L’Exorciste (William Friedkin, 1973), le Congo belge alors substitué à l’Irak du Nord, poursuivi en rime à La Malédiction (Richard Donner, 1976), une traversée de vitrine à la place d’une décapitation vitrée, The Kiss (1988) inclut aussi des menstrues adolescentes à la Carrie au bal du diable (Brian De Palma, 1976) et une créature serpentine, de forme excrémentielle, qui rappelle un peu les sangsues scatologiques de Frissons (David Cronenberg, 1975). Ce shocker méconnu, en partie exotique, (re)connaît par conséquent ses classiques, cite Blonde Venus (Josef von Sternberg, 1932), mais il fait mieux que les refourguer, il les retravaille et développe son propre univers, dont la moralité de pérennité paraît dialoguer à distance avec La Féline (Paul Schrader, 1982) et La Nurse (William Friedkin, 1990), autres contes de fées défaits pour adultes, à base de métamorphose familiale, de sorcellerie sacrificielle, le second d’...

Downrange : American Sniper

Image
Pneu crevé ? Film essoufflé.                 I shot the sheriff, but I did not shoot the deputy Bob Marley Unité de lieu, de temps, d’action : six passagers d’un SUV subissent les assauts d’un tireur embusqué, sur un arbre perché, en pleine journée, le long d’une route rurale isolée. Une famille, père endormi, mère au volant, enfant volante, puis, de nuit, quatre policiers motorisés, armés, les rejoignent – dans la tombe. Comme selon la comptine macabre d’Agatha Christie, l’élimination numérique et mécanique se solde par une soustraction définitive, puisque l’unique survivante, victorieuse du bourreau délogé, doté d’un gros couteau à la Rambo, sa face camouflée fracassée à coup de crosse de fusil elle-même décorée du total de ses victimes, reçoit au creux de la gorge la dernière balle décoincée par sa colère, misère. Avec un tel argument solaire et linéaire, on pouvait espérer un survival abstr...

F.I.S.T. : Les Poings dans les poches

Image
La fin, les moyens, l’Ohio, les cheminots, le combat de Balboa ou pas. F.I.S.T. ne fonctionne pas magnifiquement et le cinéaste le savait parfaitement, cf. son « I failed » définitif. Il était une fois en Amérique sortit six ans après mais en 2018, personne ne confondra Norman Jewison & Sergio Leone, Sylvester Stallone & Robert De Niro, Bill Conti & Ennio Morricone. Biopic consacré à un vrai-faux leader syndicaliste, F.I.S.T. affiche rapidement un manichéisme hollywoodien – depuis quand la MGM abrite-t-elle de dangereux marxistes ? – qui assoupit les meilleures dispositions scopiques, tandis que l’amourette simplette, à l’arrière-plan, paraît un pur ersatz de la touchante romance de Rocky . Pourtant, le débutant Joe Eszterhas, lui-même fils d’immigrés d’Europe de l’Est à l’enfance passée dans les quartiers pauvres de Cleveland (tournage pragmatique en Iowa, pourquoi pas), savait a priori de quoi il parlait. Hélas pour lui et pour nous, Stallon...