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Affichage des articles associés au libellé Rabah Ameur-Zaïmeche

Austin Powers

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  Un métrage, une image : Elvis (2022) L’épuisant Luhrmann, réalisateur frimeur, qui commit aussi les idem anecdotiques et pachydermiques Moulin Rouge (2001) et Gatsby le Magnifique (2013), ressert les restes du funeste festin, pendant près de deux heures quarante-cinq, comme si le spectateur possédait assez de temps devant lui pour subir ce monceau pas beau d’insipides inepties. Son dispensable biopic monté à la MTV, délesté de la moindre musicalité, de la plus petite intimité, pourvu d’une profondeur de soap , cafi de fric, en dépit d’une a priori divergente perspective, se réduit à la doxa, au digest , à une superficielle et sempiternelle chanson de geste, en sus à prétentions à la con sociologiques, puisque CV telle une traversée historique de l’Amérique nordiste. Lui-même d’ailleurs auteur d’un téléfilm biographique plutôt sympathique ( Le Roman d’Elvis , 1979), créateur authentique, poétique et politique, Carpenter devrait ricaner à proximité de pareille pièce ...

L’Évangile selon saint Matthieu : Kingdom of Heaven

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  JC par PPP, Matthieu par Mattei… À Jacqueline Waechter Connu, reconnu, commenté, documenté, L’Évangile selon saint Matthieu (1964) conserve encore sa clarté obscure, son rayonnement d’absent, à l’instar, bien sûr, du protagoniste de prestige, qu’il ressuscite avec succès, public plutôt que critique. Conclusion d’une trilogie apocryphe, avant celle dite « de la vie », on le sait constituée par Le Décaméron (1971), Les Contes de Canterbury (1972), Les Mille et Une Nuits (1974), L’Évangile développe la religiosité pas si diffuse de Accattone (1961), Mamma Roma (1962), annonce/énonce le théorème amoureux, sinon scandaleux, de Théorème (1968). A contrario de celui-là, du satirico-méta La Ricotta ( in Rogopag , 1963), pas de procès, pas cette fois. Une quinzaine d’années après le Rossellini des Onze Fioretti de François d’Assise (1950), le poète polémique entreprend par conséquent un biopic christique, délivre un métrage au message urbi et orbi . Face au muti...

Le Roi des rois : Cecil B. Demented

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Cecil B. DeMille   Rabâcher la Bible revient à jouer du jazz  : thème et variations, structure et improvisations, standard et expérimentations. Il s’agit aussi de le relever le défi de la figuration, de donner à voir l’invisible, de faire du cinéma avec la foi. La littérature évangélique prophétise Rashōmon  : une même histoire, quatre points de vue différents, à la fois complémentaires et divergents. Pour toutes ces raisons, outre sa valeur cultuelle et culturelle, ce récit ne cesse de hanter le ciné occidental, milieu pollué par des épiciers à faire passer les fameux « marchands du Temple » pour d’innocentes brebis égarées, inconscientes de ce qu’elles font, de la façon dont elles défont un art mécanique et magique, organique et métaphysique, trivial et létal. Laissons les bonnes âmes laïques ou non leur pardonner leur péché pas véniel, laissons les petits comptables d’hier et d’aujou...

Chemin de croix : La Religieuse

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Dietrich Brüggemann. Au risque de faire in fine ressembler ce blog à une annexe de la vidéothèque du Vatican (rétrospective salée de Mario Salieri tous les soirs à minuit, supputons), il nous faut, mes bien chers frères (humains, priez Dieu qu’Il nous absolve), mes bien chères sœurs (du X ou d’ailleurs, descendantes de Marie Madeleine en ligne, droite ou non), louer (le Seigneur) à présent et pour l’éternité (pour les siècles des siècles, amen ) ce Chemin de croix auquel nous allâmes, confession de cinéphile athée, un brin à reculons, tant l’idée de nous infliger une heure quarante de discours fondamentaliste (sinon sa récusation-démonstration) relevait du masochisme, ne nous tentait guère, même au prix des joies brûlantes de l’Enfer (où l’héroïne de The Devil in Miss Jones se morfond et s’amuse intimement avec son python). Mais notre instinct, qui jamais ne nous trompa, contrairement à l’Adversaire (pas ce...

Histoire de Judas : Cantique de la racaille

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Rabah Ameur-Zaïmeche . Judas, un brave gars ? Pourquoi pas, Rabah s’inscrivant finalement dans une longue lignée – de Thomas de Quincey à Éric-Emmanuel Schmitt, en passant par Borges, Bourgeade ou même Pagnol, sans omettre, bien sûr, cette « grenouille de bénitier » notoire nommée Scorsese, et salut musical à Lady Gaga idem , davantage traditionnelle – de tentatives plus ou moins connues, plus ou moins réussies, de « réhabilitation » (on ne saurait confondre Judas avec Dreyfus, certes, contrairement à Maurice Barrès). Dans sa relecture bienveillante, séduisante et stimulante de Matthieu, l’auteur, acteur-réalisateur-producteur-scénariste, délaisse le missel et la poussière pour le soleil originel, natal, de l’Algérie, pour le grand air d’une trame élimée pourtant ressuscitée par son cinéma, sa dramaturgie, son originalité, sa générosité, au risque du « révisionnisme » et de l’œ...