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Affichage des articles associés au libellé Diao Yi’nan

Le Lac aux oies sauvages : Les Amants de la nuit

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Rien ne sert de courir, il faut mourir au moins… Deux couples bouclent la boucle, à l’introduction et à la conclusion, deux instants se répondent à distance, se renversent avec évidence : le jour succède à la nuit, l’arrosage à la pluie, le silence aux récits, le mouvement à l’immobilité, une féminité miroitée à un homme + une femme en reflet. Surtout, le sourire (de la complicité) remplace la tension (de l’altérité), sous-entend un horizon (délivré) ; instrumentalisées, maltraitées, par les flics, par les voyous, géographes du désastre, mise en parallèle explicite, on dit merci au Fritz Lang de M le maudit (1931), nos héroïnes, désormais richissimes, à présent émancipées, puisque dotées d’une récompense étatique, stratégique, médiatique, au masque comique, marchent dans la rue, presque bras dessous bras dessus, à peine suivies (ou absoutes) par un commissaire un peu amer. Auparavant, entre-temps, l’épileptique et la prostituée croisèrent la route d’un voleur de motos (humou...

Au-delà des montagnes : La Vague

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Suite à son visionnage sur la chaîne d’ARTE, retour sur le titre de Jia Zhangke. Les Pet Shop Boys sont à toi Air les Daft Punk Madonna T’as l’cœur à danser moi pas Alain Chamfort Cet interminable mélodrame maternel, au marxisme de maternelle, à l’auteurisme mondialisé, autorisé par ARTE, à l’œcuménisme critique, fatidique, commence donc comme un Jules et Jim (François Truffaut, 1962) délocalisé. Au terme de quarante-cinq minutes cadrées carré, puisque le film enfile les formats, multiplie les temporalités, 1999 en 1.37, 2014 en 1.85, 2025 en 2.35, le titre apparaît, affirme en anglais que les montagnes peuvent partir, voire mourir, l’intitulé original résumant l’amitié miroitée, jouant sur la géographie, sinon la nostalgie. Elles peuvent aussi, on le sait, accoucher de souris, bel exemple que voici. Le triangle possède stabilité, dixit Mademoiselle Moreau, pardon, Miss Tao, hélas il s’avère ici insipide, ressassé, ripoliné à la sociologie jolie. Un cours d’écon...

Une pluie sans fin : Le Mari de la coiffeuse

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Parapluie d’Algérie à la Demy ? Plutôt pluie noire du désespoir. On and on the rain will fall Like tears from a star Like tears from a star On and on the rain will say How fragile we are How fragile we are Sting Face à ce film déceptif puis dépressif, on pense à Tarkovski & Tarr davantage qu’à David Fincher ou Bong Joon-ho. Pour résumer, disons qu’il s’agit d’une histoire de dépossession(s) : durant deux heures, un zélé vigile d’usine perd tout, son « disciple », son emploi, sa prostituée, son intégrité, sa liberté, son identité, son passé. Anti-héros à la Richard Matheson (et Guillaume Foresti) en train de disparaître sous nos yeux, « l’inspecteur », titre ironique donné par de vrais flics, enquête de son côté sur un tueur en série de femmes aux mœurs que la rumeur qualifie de légères, sinon rémunérées. Son rêve secret, non confié à la travailleuse du sexe amoureuse de lui, locataire à cocard de la Pension Mélodie (pour un meurtr...

Black Coal : Nettoyage à sec

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Diao Yi’nan. Polar polaire à l’humour noir comme le charbon, à l’intrigue aussi fine que la glace du titre international, Black Coal fusionne Gorky Park , où l’on patinait déjà mortellement sur « les eaux glacées du calcul égoïste », pour reprendre la métaphore célèbre, toujours de saison, de Marx & Engels dans leur Manifeste du Parti communiste (1848) et le « film noir » à « conscience sociale » de la Warner durant les années 30. Avec son privé alcoolisé, sa « femme fatale » surtout à elle-même, sa radiographie désenchantée d’un pays via le prisme euphorisant du cinéma, le film retravaille habilement et puissamment des motifs bien connus, en partie repris par Jia Zhangke dans A Touch of Sin , l’héroïne paraissant une petite sœur discrète de la « justicière » ensanglantée, elle-même tout droit sortie d’un wu xia pian moderne. Le macchabée...