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Affichage des articles associés au libellé Joseph L. Mankiewicz

Mange ta mort

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  Exils # 58 (24/10/2024) Epstein & Corman ? Watson & Webber. Diptyque 28, duo de Poe. Ne parlons du compatriote ni de Roger l’Amerloque. Deux items homonymes, inscrits au fameux Registre National du Film. Catalogue de camelote, de classiques, cabinet de curiosités, de succès, hébergé à la Bibliothèque du Congrès. Dressé depuis trente-cinq années, occupation de « professionnels de la profession », multiples spécialistes, du public en partie. Comme dans l’Hexagone, dix ans d’existence et vous voici classé d’office, fi du box-office , en « cinéma de patrimoine ». Des critères « culturels, esthétiques et historiques », au compteur presque 880 titres, toutefois pas un seul fiché X, vade retro  Damiano. Tout ceci riquiqui, en quantité, sinon ancienneté, à côté des collections mesurées en milliers de la Cinémathèque de Langlois Henri (40 000), des Archives (Françaises) du Film à Bois-d’Arcy (140 000). Pris de court par celui de l’améric...

Midnight Express

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  Un métrage, une image : Let Us Prey (2014) Mer mortifère, noir désespoir, étrange étranger, dressé sur rocher, corbeaux comme Les Oiseaux (Hitchcock, 1963), femme flic au sommeil difficile, séquestrée, abusée gamine, ville vide, chauffard du soir, commissariat de scélérats : le prologue de Let Us Prey donne le ton, annonce la sombre couleur, celle d’une noirceur non plus « tombée » du ciel, majuscule optionnelle, mais « levée » sur la cité désertée, au sein malsain de laquelle semble (sur)vivre, en sursis, une poignée d’âmes damnées, condamnées, celles, aussi, de l’habitacle des deux bagnoles, rouge et jaune. Avec son intitulé connoté, jeu de mots illico ( prey pour pray ), ses personnages au bord du naufrage, métaphore formulée par le commissaire-capitaine, un compte à rebours hérité autant du conte, minuit, pardi, que de la mise à mort minutée, made in USA , ce film irlandais trop propret, en dépit d’instants saignants, il faut s’y faire, ...

La Maison aux sept pignons : Les Sorcières de Salem

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  Exorcisme ? Libéralisme… Mélodrame drolatique et adaptation politique, The House of the Seven Gables (Joe May, 1940) fait se croiser La Splendeur des Amberson (Orson Welles, 1942) et Le Comte de Monte-Cristo , tandis que sa « evil house » métaphorique anticipe « l’horreur économique » de Amityville : La Maison du diable (Stuart Rosenberg, 1979). Scénariste bientôt sur blacklist et surtout communiste, Lester Cole ne condamne le capitalisme, ni le (petit) commerce, a fortiori de sucreries à domicile, mais il vomit « l’avidité », « l’égoïsme » de l’américaine « humanité », il les transforme fissa en péché originel, cause d’une « malédiction » d’occasion, médicale et létale. Construit en deux parties et en boucle bouclée, le récit s’amuse de la mélancolie de ses reflets, de ses miroirs dédoublés, sexués. Ici, il suffit d’un fondu enchaîné afin d’au final et durant un instant effacer le poids des ann...

Kenji Mizoguchi, ça vous (re)dit ?

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur huit titres de l’auteur. Miss Oyu (1951) Au fond d’une forêt de conte de fées défait, un orphelin flashe sur une femme, à la fois mère et ressemblant à la sienne. L’histoire d’un mariage d’arrangement puis blanc, d’un gâchis de chasteté, d’une rumeur de « lubricité », d’un échange des rôles et des destinées, s’affirme en fondus au noir, en profondeur de champ, en plans-séquences, en surcadrages. Collaborateur régulier, Yoda transpose à demi Tanizaki, souvent utilisé au ciné, là-bas ou ici, cf. La Clé (1983) de Brass, Berlin Affair (1985) de Caviani. Le vrai-faux vaudeville n’invite à sourire, car verse vers le mélo maternel au carré. Il convient de ne confondre le coucou et le corbeau, de respecter des conventions à la con, de recueillir un minot à la Moïse, abandonné par un Shinnosuke en train de (dé)chanter, de marcher, de s’écarter d’un explicite nocher. La fable fatale, sacrificielle, procède du s...

Un carnet de bal : Lydia

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  Première fois, dernière foi… Un carnet de bal (1937) dialogue donc à distance avec Pépé le Moko ( idem ), La Charrette fantôme (1939), Marianne de ma jeunesse (1955), sans omettre son vrai-faux remake , Lydia (1941) made in USA . L’un des meilleurs de l’auteur, ce métrage d’un autre âge accomplit davantage, au cours d’un écho onirique à celui de Zéro de conduite (Jean Vigo, 1933). Un carnet de bal carbure ainsi à la nostalgie, à la mélancolie, au romantisme sentimental, au désenchantement de maintenant, au fantastique à la française, au féminin, à la fois mental et trivial. Contrairement à Ettore Scola ( Le Bal , 1983), Julien Duvivier ne se soucie de sociologie, de chronique historique, il opte pour plusieurs épisodes reliés par le regret, une tonalité souriante et attristée. Veuve en vadrouille, Eurydice endeuillée, Christine croit pouvoir ressusciter le passé, a fortiori magnifié, fantasmé, fissa elle comprendra que cela ne se peut pas, à part au cinéma, ou si l...

Trois visages + Hidden : Femmes Femmes

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur les titres de Jafar Panahi. Le croisement de Où est la maison de mon ami ? (Kiarostami, 1987) et du Goût de la cerise (Kiarostami, 1997) ? Le prolongement, voire le développent, de Taxi Téhéran (Panahi, 2015) ? Bien sûr et bien davantage. Si Bava, autre cinéaste méta, filma autrefois, par trois fois, au féminin l’effroi ( Les Trois Visages de la peur , 1963), Panahi (s’en) va vers la vie, se focalise sur des formes de féminité, par ricochet de masculinité. Trois visages (2018) s’ouvre sur un vrai-faux snuff movie , un suicide d’adolescente, d’actrice aspirante, servi au cellulaire, au sein du (presque sous)terrain platonicien et utérin d’une grotte ad hoc , en écho sans eau à la pareille du compatriote Mohammad Rasoulof ( Un homme intègre , 2017). Comme Herzog ( La Grotte des rêves perdus , 2010), cet espace a priori de pendaison, donc de définitive renonciation à ses aspirations, possède sa propre pui...

High Spirits

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  Un métrage, une image : L’esprit s’amuse (1945) Dans The Ghost and Mrs. Muir (Mankiewicz, 1947), Rex Harrison attendait Gene Tierney « de l’autre côté » ; dans Blithe Spirit (Lean, 1945), il affronte ses deux femmes revenues « d’entre les mortes », amitiés à Boileau & Narcejac, au compatriote Hitchcock ( Vertigo , 1958). Le romancier rural veut de « l’invisible », il invite donc à la maison, disons sien « dîner de cons », un médium à la gomme, l’alerte Margaret Rutherford presque « en fait des tonnes ». S’ensuit une « séance » assez risible, agréable gallicisme, de spiritisme à domicile, et revoilà Elvira, pourtant pas Cassandra (Peterson) ni la maîtresse de Montana ( Scarface , De Palma, 1983). Au vaudeville vire vite l’au-delà, oui-da, car accident inconséquent, et le métrage dynamique, anecdotique, se transforme fissa en scène de « ménage à trois », comme ils disent outre-Manche ou Atlantique. ...

À couteaux tirés : Family Business

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Ana (de Armas) et les loups, comme Carlos Saura aux USA… À l’Angleterre les rapports de classes, aux États-Unis les rapports d’espaces : À couteaux tirés (Rian Johnson, 2019) revisite le whodunit , le délocalise sous la présidence de Donald Trump, illustre une lutte de territoire autour d’un héritage-outrage, matérialise ingénument la hantise droitiste du « grand remplacement ». Au creux du manoir, les accessoires servent de miroirs, minutent la mémoire, affichent un factice défouloir. Un mug explicite et drolatique boucle la boucle, une pièce d’argent suspend le temps, un poignard (de) tocard révèle la vérité (de la rapacité). Davantage que son essence importe son usage, philosophe le privé aux initiales dédoublées. À Boston, B(enoit) B(lanc) ne connaît ni Brigitte Bardot, pénible lepéniste, ni La Vérité (1960), justement, de Henri-Georges Clouzot, réalisateur « facho », pléonasme, je te filme, je te gifle. Mais il reconnaît illico le « bon ...

Deux moi : Agnès Godey au miroir du métier

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La vie d’Adèle ? L’avis d’Agnès… Ne faites pas de photos, s’il vous plaît. Non, je suis une comédienne, vous savez, je sais faire des trucs bien. Ça, ici, je le fais pour bouffer, c’est tout, alors ne faites pas de photos. S’il vous plaît. Ne faites pas de photos. Romy Schneider, L’important c’est d’aimer (Andrzej Żuławski, 1975)   1.       Méthodologie sans Stanislavski Son prochain projet, à l’intitulé très républicain, rappelle Les Enchaînés (Alfred Hitchcock, 1946), sa blondeur rime bien sûr avec celle de Grace Kelly, Kim Novak, Janet Leigh, Tippi Hedren, classement chronologique, quatuor historique, mais Agnès Godey, même joliment photographiée par Carlotta (Valdes, viva Vertigo  !) Forsberg, se devine, s’affirme femme libre, muse multiple, working actress audacieuse, malicieuse, généreuse. Dans Parfum de femme : Connaissez-vous Agnès Godey ? , j’esquissais son portrait plutôt énamouré ; dans Dommage q...