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Affichage des articles associés au libellé Tom Jobim

La Quête corse

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  Exils # 111 (03/06/2025) « Aucun sanglier n’a été blessé durant le tournage » : à notre connaissance, la mention ne figure ni au final générique ni sur IMDb sous la rubrique crazy credits . Après le prélude programmatique, crescendo sonore de cigales infernales tu(é)es net, la première séquence associe Dardenne et dépeçage, puisque l’héroïne, de dos filmée, sa chevelure dévoilée, s’attaque à un cadavre illico , reçoit sur le visage quelques gouttes de sang et l’accolade baptismale d’un parent. Elle annonce aussi et ainsi la conclusion d’exécution, avec perruque et teinture, eau minérale locale et mansuétude létale. Déjà séparée à l’insu de son plein gré du petit ami, Lesia, pas Rosetta, une pensée pour Émilie partie, demi-orpheline docile, perd donc en plus le papa, qui mit une vingtaine d’années à venger le trépas tout sauf naturel de son propre paternel, tandis que l’un des tueurs à moto apprécie sa paternité presto, avant de se faire dessouder, peluche premi...

Brazil

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  Une chanson et deux déclinaisons… Ce qui rend irrésistible Aquarela do Brasil  ? Sa « mélancolie » pas si en sourdine, peu propice à la déprime, son « exaltation » d’unisson, d’assumée transformation. En 1939, année damnée, voici du neuf, ensuite illustré/adoubé par Disney ( Saludos Amigos , 1942), disons à la moitié d’une guerre mondialisée. D’une Amérique à l’autre, latine et nordiste, la belle aquarelle, nationale et non nationaliste, connaît le succès, devient vite un classique instantané, voire controversé, sans cesse relooké, mention spéciale à la version radicale, plutôt martiale que tropicale, quoique, de l’éphémère et royale Elis Regina. Ary s’inspire de la pluie, célèbre un pays, « troubadour d’amour » en train d’immortaliser une terre religieuse, « malicieuse » et « délicieuse », de signer une samba superbe, modèle, peut-être immortelle, dont l’impressionnisme épique se métamorphose en romantisme nostalgique, mer...

Tombe les filles et tais-toi

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Trois destinations, trois générations, trois présentations… ·          Carminho canta Tom Jobim de Carminho Une langue partagée, même différenciée, une mélancolie en commun, certes à nuancer : le Portugal et le Brésil ainsi s’unissent, cohérence à distance, rencontre rapprochée, concoctée par Carminho, fille de fadiste, artiste à succès, artiste libérée, capable de crossover par générosité, puisque privée de cynisme intéressé. Avec Carminho canta Tom Jobim , l’auditeur reparcourt un répertoire remarquable, remarqué, ne nage pas dans la nostalgie, sait le prix du présent, de l’instant. Accompagnée par les petits gars de Banda Nova, à savoir Daniel & Paulo Jobim, petit-fils et fils d’Antônio Carlos, Paulo Braga, Jacques Morelenbaum, formation créée l’année de sa naissance, en 1984, qui escorta le maestro de Rio durant une décennie, Maria do Carmo Carvalho Rebelo de Andrade invite pour de beaux duos Maria Bethânia, Maris...

Le Dieu noir et le Diable blond : Les Nus et les Morts

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À quel saint ou assassin se vouer désormais ?... Meurtre à la machette, représailles maternelles, infanticide et homicide dans une église (relecture du sacrifice d’Abraham, déicide dos tourné par main féminine), massacre de dévots, émasculation à la suite d’un viol, fusillade finale, coup de grâce au sabre : western marxiste et mystique, parabole politique, conte documentaire, réflexion lyrique, hiératique et schizophrénique sur l’injustice, la violence, la ferveur, le terrorisme, l’utopie impossible à trouver, sinon in extremis , dans l’ultime plan en mouvement, en hauteur, de la plaine stérile du sertão enfin devenue mer vivante ( remember la coda maritime des Quatre Cents Coups ), le film du « chef de file » du Cinema Novo s’avère avant tout un mélodrame théâtral et une histoire d’amour à rebours, dominé par quatre hommes – Manuel le vacher, Sébastien le prêcheur, Antônio des Morts le mercenaire, Corisco le bandit (on recroisera Othon Bastos, ventrilo...

Let’s Get Lost : Le Chanteur de jazz

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Bruce Weber. Voilà, perdons-nous au son de la voix et de la trompette de Chet, puisqu’en 2017 le reste, tout le reste, anywhere , s’avère assez abject. Égarons-nous durant deux heures environ dans ses rides, dans son sourire, dans sa belle gueule fracassée de camé édenté. Le spectre roule en Cadillac et sa vie se déroule en « histoire orale », le film affiche un noir et blanc granuleux – du 16 mm « gonflé » en 35, au vintage format 1.33 – qui harmonise les sources, les époques, les discours dans le même espace-temps mythique, atemporel, artificiel et arty . En studio ou à l’hôtel, en Italie ou à Cannes, sur une plage de Santa Monica bientôt arpentée par Lana Del Rey, on croise Chris Isaak, vrai-faux héritier mutique, le Flea sauteur des Red Hot Chili Peppers, on aperçoit des photographies érotiques d’André de Dienes, sirènes au soleil, dont une certaine Marilyn, et un poste...

Older : Avec le temps

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Deux « décades » après sa sortie, court retour sur le chef-d’œuvre du réellement regretté George Michael. A thing of beauty is a joy for ever: Its loveliness increases; it will never Pass into nothingness; but still will keep A bower quiet for us, and a sleep Full of sweet dreams, and health, and quiet breathing. Keats, Endymion Plus âgé, affirme le titre du disque, quand la chanson éponyme interroge : Don’t you think I’m looking older ? En 1996, George Michael atteint l’âge christique de trente-trois ans et sort d’un procès avec Sony, arrangé à l’amiable, rassurons-nous, dans le sillage de l’insuccès commercial relatif, par rapport à Faith (1987), de Listen Without Prejudice, Vol. 1 (1990). Dix années après le dernier album de Wham !, Music from the Edge of Heaven , dont l’intitulé céleste pourrait significativement servir à définir celui abordé aujourd’hui, il obtient un nouveau contrat chez Virgin au Royaume-Uni, DreamWorks aux Ét...

As Fábulas Negras : Ces garçons qui venaient du Brésil

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Quand la fille (bien loin) d’Ipanema croise la créature des bois (le Saci sautillant)… Quatre gamins brésiliens, déguisés en super-héros locaux (Aigle Doré, Faucon Noir, Grand Bleu, Scarabée Rouge), s’affrontent dans une forêt, se racontent des histoires « à glacer le sang » : l’ouverture ludique expose innocemment un dispositif méta au carré (préhistoire de l’art en noir et blanc muet, avec son du projecteur), enraciné dans les origines de l’horreur. Ce cinéma-là, on ne se fatiguera jamais de le répéter face aux tartufes le méprisant, face aux fans l’idolâtrant, face aux fantoches le défigurant, possède une avérée grandeur, vise à nous faire grandir, nous oblige à nous confronter à des terreurs concrètes face auxquelles, malgré tout, on finit toujours par se sentir démuni, détruit, peu importe l’âge (la mort, la maladie, la violence, la folie et tutti quanti). Notre cinéphilie « débuta » naguère avec Carrie au bal du diable , et le chef-d’œuvre de Br...