Une femme libre : Le cœur est un chasseur solitaire
Une « grande sauterelle » ? Plutôt un perpétuel papillon ! Fille du Sud, fille de pauvres, pauvre fille mal nourrie, mal aimée, mal soignée, si solitaire en compagnie de ses vers (La Fontaine, pas de terre), de ses « illustrés », perchée dans son amandier à parler aux fées, à faire corps avec la nature, à découvrir les mélodrames de la Bible, tandis qu’autour d’elle la France survit, résiste, collabore, se saborde, spécialement à Toulon : entre un père taiseux, absent, suicidaire – moment terrible où il emmène la gamine au grenier, se place devant une poutre, menace de s’y pendre – et une mère qui encaisse tout, derrière la caisse de l’épicerie de « faubourg », comme on disait alors, qui ne flanche pas mais se taira toujours, à la Dominici, au sujet d’un secret de famille de possible illégitimité, entre deux frères à la périphérie de sa vie et du récit, rien, absolument rien, ne prédestinait Mireille Aigroz à devenir un jour, presqu...