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Affichage des articles associés au libellé Georg Wilhelm Pabst

Et Noël au soleil

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  Exils # 188 (14/04/2026) Explosion, amputation, spéculation mais pas de « séparation », pas même un reste d’apartheid. Si Gold (Hunt, 1974), au niveau politique, s’apparente donc à de la science-fiction, une sorte d’uchronie jolie, festive et sportive, au niveau économique il décrit avec acuité une organisation de délinquants classés en col blanc, dont l’intitulé des credits ( syndicate ) renvoie vers la pègre homonyme, émir en prime. Un membre allemand croit bon de plaisanter, d’anticiper la « liquidation » programmée : on le fait fissa sauter attablé, en famille, infanticide explosif, à la suite de celui d’ Agent secret   ( Sabotage , Hitchcock, 1936), en prélude à la reprise des Incorruptibles (De Palma, 1987). Plus encore que de l’or, du boursier pactole aucun ne rigole, ni ne profite in fine , puisque la machination échoue, un premier essai déjà désamorcé pendant le prologue panique. Construit en boucle bouclé, en traumatisme dépassé, merc...

Cinéma de Papa

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  Exils 179 (11/03/2026) Au début de Kolkhoze , Carrère cite Oscar Wilde : « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent. » L’aphorisme réversible résume non plus le portrait du célibataire et sans descendance Dorian Gray, mais celui, dédoublé, de Francesca & Luigi Comencini, père et fille à nouveau réunis, incarnés sur l’écran et à contre-courant. Au bout de trente-huit minutes, la petite héroïne disparaît, il reste une heure dix de film, on risque de trouver le temps longuet, regarder sa montre comme l’homme esseulé, quand donc sa sculptrice indocile va rentrer ? Après le paradis impressionniste et complice des premières années, certes déjà menacé par la gueule dentée d’une baleine ancienne, illustration et contamination, métaphore de la future drogue, castrateur motif à ravir les psychanalystes, l’occasion en situation d’un vrai-faux making-of rapido des Aventures de Pinocchio (197...

Clair obscur

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  Exils # 133 (13/10/2025) Dans sa biographie de l’« auteur de films », mention (im)précise de plaque commémorative, à l’intitulé contradictoire ( Le Mystère René Clair ), Pierre Billard parle à juste titre de « morale libertaire », rappelle que le cinéaste répugnait au message, c’est-à-dire au film homonyme, cite l’auto-critique de l’intéressé « ironique » : « ambitieux mais écrit et réalisé trop vite ». Ressorti et à peine retouché en 1951, désormais restauré, disponible en ligne, À nous la liberté (1931) assume sa légèreté, son irresponsabilité, sa sécession en chansons. Sympathique et un peu vain, il dure une heure vingt, héritier du muet, exploitant le parlant, donc le son, accessoire réflexif du phonographe inclus. Escorté d’une dream team peu propice à la déprime, Auric à la musique, Meerson aux décors, Périnal à la photographie, l’« écrivain » dispose d’une caméra plus mobile que celle de Chaplin, vrai-faux plagiai...

Voyage au centre de l’altère

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  Exils # 39 (21/06/2024) Péplum, film de science-fiction, mélodrame, film catastrophe : Le Géant de Métropolis (Scarpelli, 1961) se joue des genres mais ne mélange les registres, conservant jusqu’au dernier plan inquiétant et en plongée un esprit de sérieux auquel il parvient pourtant, miracle laïc, à ne point succomber. Si tout ceci ne vous suffit, sachez qu’il s’agit aussi d’un conte antique qui assortit les concepts contemporains d’écologie et de collapsologie, qui explique le mythe de l’Atlantide, situé en… Atlantique, son déclin(isme) certain, selon une perspective éthique (maléfice autarcique de l’hubris scientiste) et à cause d’une quête ironique (l’immortalité de l’héritier via une « irradiation » de cerveau, celui du grand-paternel, plus tard spectre à la Hamlet, lui-même maintenu en vie de manière artificielle). En résumé d’accéléré, le royaume mortifère et (à moitié) sous terre de la triste Métropolis, (do)miné depuis longtemps par un triste tyran, au p...

Un roman russe

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  No future ni culture, nul amour ni beaux jours, loin de Saint-Pétersbourg…    Les donneurs de leçons à la con, pléonasme, camarade, amnésiques, pathétiques, pseudo-démocratiques, censurent en sus les artistes et les sportifs issus de Russie ? Raison supplémentaire, Lara ma chère, pour découvrir l’ouvrage de Berberova, chouchoute d’Actes Sud, jadis adaptée une fois au cinéma, da, puisque Miller mit en images L’Accompagnatrice (1992). Le Laquais et la Putain démarre dare-dare, l’on se dit qu’il ne saurait durer ainsi, malgré sa brièveté. En effet, une fois arrivé puis installé à Paris, le récit ralentit, se soucie d’esquisser une stase, un enlisement, virant évidemment vers un définitif dénouement. Dès l’instant où l’anti-héroïne se met à lire, de la presse, du pire, à dévorer, se délecter, de la rubrique cathartique et suicidaire des faits divers, on devine vite comment tout cela finira, avec ou sans vodka. Il ne s’agit pas seulement de dégoter des idées sur l...

La Tête d’un homme

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  Un métrage, une image : L’Homme au crâne rasé (1966) Tourné pour la TV, distribué en salles, voici un ouvrage séminal, de la filmo de Delvaux, de celle du pays aussi, rayon fiction. Qui commence sur un mec ensommeillé, un diminutif féminin murmuré, prière peu patibulaire, d’un professeur point profanateur, souvent en sueur, lesté d’une sensibilité trop lourde à supporter. L’odyssée au tiers temps en POV se termine à l’asile, il convient de s’occuper de son jardin, dirait l’autre voltairien, d’accepter une altérité d’identité, en clin d’œil bien rimbaldien. Le cinéaste mélomane adapte donc un romancier cinéphile, signe le texte d’une chansonnette à la Weill & Brecht, la maison de fous projette itou L’Opéra de quat’sous (Pabst, 1931), en sus d’actualités d’actualité, adieu à la culpabilité, au féminicide intempestif, fictif, bienvenue à une forme de salut, d’humilité à cultiver, au propre, au figuré, à fabriquer un familial et immaculé tabouret, dessein divin, soi-même...

Kenji Mizoguchi, ça vous (re)dit ?

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur huit titres de l’auteur. Miss Oyu (1951) Au fond d’une forêt de conte de fées défait, un orphelin flashe sur une femme, à la fois mère et ressemblant à la sienne. L’histoire d’un mariage d’arrangement puis blanc, d’un gâchis de chasteté, d’une rumeur de « lubricité », d’un échange des rôles et des destinées, s’affirme en fondus au noir, en profondeur de champ, en plans-séquences, en surcadrages. Collaborateur régulier, Yoda transpose à demi Tanizaki, souvent utilisé au ciné, là-bas ou ici, cf. La Clé (1983) de Brass, Berlin Affair (1985) de Caviani. Le vrai-faux vaudeville n’invite à sourire, car verse vers le mélo maternel au carré. Il convient de ne confondre le coucou et le corbeau, de respecter des conventions à la con, de recueillir un minot à la Moïse, abandonné par un Shinnosuke en train de (dé)chanter, de marcher, de s’écarter d’un explicite nocher. La fable fatale, sacrificielle, procède du s...

Annette

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  Un métrage, une image : Poil de Carotte (1925) En (re)découvrant, en version restaurée, bravo à Lobster, la boîte de Bromberg, cette première transposition, moins célèbre que celle avec le tandem Baur & Lynen (Julien Duvivier, 1932), on ne peut pas ne pas penser à Visages d’enfants (1925) de Jacques Feyer, d’ailleurs ici crédité co-scénariste, autre conte de souffrance d’enfance, de ruralité portraiturée, (re)lisez-moi si ça vous va. De plus on comprend, en un instant, pourquoi le cinéaste s’autoremaka fissa, comme Hitchcock ( L’Homme qui en savait trop , 1934 + 1956) : Poil de Carotte s’avère vite un opus aspirant à être parlant, chantant, à cancans, en très gros plans. Duvivier y invente une variante du split screen , via des miroirs mobiles, il fait apparaître les pensées de ses personnages à l’aide de surimpressions de saison, qui participent d’un « réalisme fantastique », amitiés à sa sienne Charrette fantôme (1939), elle-même déjà à la sui...

Olivier, Olivier

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  Un métrage, une image : Maldone (1928) Entre la « romani » et le « roulier », le canal et le courant passent. Mais une mort dans la famille, amitiés à James Agee, redistribue la donne et renverse les rôles. Doté d’un patronyme explicite, Olivier Maldone se voit vite ainsi asservi aux « servitudes de la richesse », piégé par la « prison du bonheur ». L’héréditaire propriétaire terrien pour rien recroise sa belle Bohémienne transformée de facto en danseuse de casino, « étoile » éteinte, presto éclipsée, dépassons le passé, mon ami ne m’en voulez. Puisque le divisé destin se lit parmi les lignes de la main, Maldone au programme de la parole se conforme, massacre le miroir, se sépare des apparences, élit l’errance. Il ouvre itou le flacon d’un papillon, symbolisme de bestiole, son oncle à la Nabokov s’en désole, sa frêle Flora il affole, par écrit demande le pardon de sa démission. La coda à dada s’ouvre sur l’avenir, ...

L’Atlantide : Sahara

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jacques Feyder. S’il fallait fournir un double indice de la délicatesse express et du lyrisme assourdi du cinéma de Feyder, on citerait ici cette ascension de lucioles au sein d’un soir d’espoir, ce visage de gisante ensablée, embrassée. Mais il s’agit aussi de moments non dénués d’une immédiate matérialité : les bestioles lumineuses s’avèrent un signal de descente et de fuite possibles, la sépulture improvisée, jusqu’à l’aube creusée, avec un bras cassé, accueille un cadavre. Ce mouvement miroité, d’enchantement, de désenchantement, cette dialectique dynamique, du mythique, du pragmatique, structurent en définitive L’Atlantide (Feyder, 1921), diptyque élégant et languissant, divisé au mitan, dont la dimension méta se dissimule derrière un exotisme colonial et non colonialiste dorénavant, depuis longtemps, rendu caduc. Il s’agit en sus d’un portrait à charge d’un matriarcat fantasmatique, chimérique, sur le...

La Tête d’un homme : Maigret voit rouge

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Julien Duvivier. En découvrant la version restaurée de La Tête d’un homme (1933) de Julien Duvivier, on ne peut pas ne pas (re)penser à l’expressionnisme allemand, pardon du pléonasme, surtout au trio mytho-socio du Cabinet du docteur Caligari (Wiene, 1920), Loulou (Pabst, 1929) et M le maudit (Lang, 1931). Doté d’un intitulé à double sens – la tête à guillotiner, la tête de l’intériorité –, (re)voici un film de l’enlisement, du ressentiment, à la fois portrait d’une psyché très perturbée, d’une (micro-)société sur le point de céder, de sombrer. Dans le rôle d’une carrière, au croisement somnambulique et sarcastique de Conrad Veidt & Fernandel (ou Benjamin Biolay, allez), le remarquable et remarqué Valéry Inkijinoff, ensuite recroisé chez Bernard ( Maya , 1949), Fritz ( Le Tigre du Bengale + Le Tombeau hindou , 1959), de Broca ( Les Tribulations d’un Chinois en Chine , 1965) ou Enrico ( Les Aventuriers ,...