Cinéma de Papa
Exils 179 (11/03/2026)
Au début de Kolkhoze, Carrère cite Oscar Wilde : « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent. » L’aphorisme réversible résume non plus le portrait du célibataire et sans descendance Dorian Gray, mais celui, dédoublé, de Francesca & Luigi Comencini, père et fille à nouveau réunis, incarnés sur l’écran et à contre-courant. Au bout de trente-huit minutes, la petite héroïne disparaît, il reste une heure dix de film, on risque de trouver le temps longuet, regarder sa montre comme l’homme esseulé, quand donc sa sculptrice indocile va rentrer ? Après le paradis impressionniste et complice des premières années, certes déjà menacé par la gueule dentée d’une baleine ancienne, illustration et contamination, métaphore de la future drogue, castrateur motif à ravir les psychanalystes, l’occasion en situation d’un vrai-faux making-of rapido des Aventures de Pinocchio (1972), assistant vociférant vite corrigé, survient soudain l’enfer de la dépendance, du « dégoût », du mensonge, de la « honte », acmé de camée, symphonie célèbre de Beethoven, confession de couloir d’un grand appartement aux allures de mausolée déserté. À l’école, le cinéaste (re)connu causait un scandale assourdi, en réclamant d’« écouter les enfants », nés innocents, de recadrer la maîtresse moqueuse, bravo à la rasée « rapporteuse ». À domicile, il faut fissa filer, « essayer, échouer », recommencer, par exemple à Paris, elle et lui en autarcie, sevrage et chantage, garde et gale, couple en déroute, en rime démunie de sodomie aux amants dansants et déprimants de Bertolucci, écho de métro et de logement tombeau compris. « L’attentat » piazza Fontana à la télévision servait de transition, un bébé illico couché permet de commencer la troisième partie de la filmique autobiographie, catégorie peu prisée par l’intéressant intéressé.
Un nouveau plateau, en extérieurs, muni de moines amateurs, permet de se retrouver, (re)travailler réconciliés, avant de s’envoler vers les nuages de Pabst (L’Atlantide, 1932), tandem au ciel style Superman (Donner, 1978), de se séparer in extremis pour le meilleur (la transmission) et loin du pire (l’auto-détestation). Scandé d’extraits de films des origines, matériau plutôt chouette de milanaise cinémathèque, rempli et peuplé de plans au grand angle et en contre-plongée, à la grue cossue, Prima la vita (2025), titre international du volontariste et local Il tempo che ci vuole, ressemble assez à un souvenir éventé, un psychodrame inanimé, une contrefaçon au filigrane féministe de saison, reproche de masculin « mépris » à Moravia et inversé repris. La saynète de l’amourette tourne autour des élus en mode Lelouch, bords cadre dans le vague, on évite de vomir. « D’abord la vie et après le cinéma » philosophe le directif et réactif papa, déterminé à motiver, en dépit de la maladie (Parkinson) et du discret sadisme de sa chère héritière (épisode des marches de la marche nocturne) celle qu’il aime et qui l’aime. Si l’évocation de la relation vise l’émotion, si l’on ne saurait douter de sa sincérité, l’essoufflé soufflé pose question, ne soutient une seconde la comparaison avec Pialat & Rossellini, croisés ici, puisque revoici dare-dare L’Enfance nue (1968) + Païsa (1946), indispose en démonstration de simulacre patraque, qui cristallise la mort clinique de cette cinématographie jadis (maudit Berlusconi) de tant de prix. Récompensé par la presse italienne, applaudi ailleurs de manière consensuelle, privé de perspective et de style, l’hommage tramé d’outrage manque de nerf et d’une mère, explique par Huxley, remontre Aldo Moro. Fabrizio Gifuni, vu chez Scott, Giordana, Bellochio, et Romana Maggiora Vergano, vue chez Cortellesi, surnagent au ratage.

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