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Affichage des articles associés au libellé Yves Boisset

L’Absence et la Cendre

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  Exils # 72 (21/01/2025) Comédie policière douce-amère, Adieu poulet (Granier-Deferre, 1975) annonce un second scénario de Veber, celui de Coup de tête (Annaud, 1979) itou interprété par Dewaere. S’il s’agit aussi d’une histoire de traque et d’une satire politique sur fond de corruption, ce film de son temps, désormais de cinquante ans, l’âge du personnage de Ventura, voilà, s’apprécie surtout en « baroud », portrait impressionniste d’un « idéalisme » jusqu’au boutisme. Muni d’humour, dès la découverte du cadavre d’un vieillard queutard de lupanar, agité à l’électricité, secousses irrespectueuses à faire se gondoler la candide prostituée, mention spéciale à la séquence d’assaut à l’hôpital, où croiser un Zardi incontournable, tandis que Sarde compose en mode minimum syndical, il possède un masculin tandem en rappel du couple d’entourloupe de L’Emmerdeur (1973), dirigé par Molinaro, avec déjà Lino. À notre époque médiocre de moralisme et de tribalisme, l...

L’Ours en peluche

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  Un métrage, une image : La mort remonte à hier soir (1970) Aussitôt décédé, aussitôt adapté : après Di Leo, lui-même auteur d’une trilogie ( La Jeunesse du massacre , 1969, Milan calibre 9 + L’Empire du crime , 1972), en simultané à Boisset ( Cran d’arrêt , 1970), avant Cozzi ( L’assassino è costretto ad uccidere ancora , 1975) & Guerrieri ( Jeunes, désespérés, violents , 1976), le réalisateur de L’Homme sans mémoire (1974), Les Durs ( idem ), Zorro (1975), titres anecdotiques et sympathiques, s’essaie aussi à la transposition au ciné du souvent excellent Giorgio Scerbanenco, que traduit ici le scénariste Biagio Proietti ( Le Chat noir , Fulci, 1981). À moitié raté, à demi réussi, aujourd’hui disponible en ligne, en VA ou VO, La morte risale a ieri sera souffre d’une absence de point de vue, au propre et au figuré, d’être mal musiqué par le pourtant estimable Gianni Ferrio, puisque score désinvolte, à contretemps des événements, plus grave encore, d’...

Retour de flamme

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  Un métrage, une image : Zone rouge (1986) On pouvait espérer un soupçon de suspense , toutefois ce téléfilm régional, jamais original, constitue, dès le début, un sommet de médiocrité, dont le sérieux assez anxieux, cf. le carton final, fluvial, provoque en vérité une hyperbolique hilarité. Face à pareil ratage, Les Raisins de la mort (Rollin, 1978), déjà, encore, molto écolo, paraît mériter tous les hommages. Enrico illico se comporte comme Hitchcock, tendance La Mort aux trousses (1959), se déguise en disciple de Boisset, ciné pseudo-engagé, à dégager, commis en compagnie du co-scénariste Alain Scoff, partenaire régulier du réalisateur précité, collaborateur de l’inénarrable Collaro Stéphane. Si le village vide s’orne en sourdine d’une aura fantastique ; si la scène d’incendie possède un poids de réel inaccessible aux images numériques risibles ; si la coda, en position de pietà, termine le métrage d’un autre âge, guère vénère, sur une note douce-amèr...

La Veuve noire

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  Un métrage, une image : Ronde de nuit (1984) Cinéaste cinéphile muni d’une caméra mobile, Jean-Claude Missiaen essaie d’animer sa suite d’images sans âme ni charme. Après un prologue plutôt plaisant, de SM distingué, où un soumis député agenouillé se fait fissa étrangler par une chaude chauve, conduit en plongées, contre-plongées, manière de matérialiser au cœur du cadre la domination de la maîtresse muette sur son valet ravi, vous (re)voici plongé parmi la mélasse de l’affairisme parisien, parce que le cinéaste pensait qu’il le valait bien. L’ ex -attaché de presse transforme Françoise Arnoul en journaliste cool , radiophonique, in extremis pragmatique, comme si tout ce qui précédait, à savoir un salmigondis rassis, à base d’immobilier biaisé, de gangster à cigare, de politiciens à pots-de-vin, en définitive peu importait. Le spécialiste d’Anthony Mann & Howard Hawks, d’ailleurs auteur d’un beau-livre dédié à l’exquise Cyd Charisse, s’essaie ainsi au western urba...

Ne vous retournez pas (3) : Un mois de cinéma

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  Des films, des films, des films … Fuite futile ? Exil utile ! 4 Könige (Theresa von Eltz, 2015) Vol au-dessus d’un nid de coucou rencontre Breakfast Club  : premier film d’une femme passée par l’oxfordienne université, par Frears & Loach (dé)formée, experte en publicités, ce psychodrame au carré, très téléfilmé, accuse l’incompétence des adultes, adoucit des ados le tumulte. Débuté en POV, en caméra portée, le conte teuton de Noël, un brin à la truelle, vaut avant tout pour son casting en quatuor , presque en or, échauffant la fable réchauffée.   L’Apprenti salaud (Michel Deville, 1977) Comédie insipide commise par un cinéaste estimable ; un petit employé de quincaillerie pseudo-quadragénaire, endeuillé de sa grand-mère, se réinvente en gros escroc de province, à base d’héritage, au sein d’un alpage. Lamoureux joue le jeu, Christine Dejoux avec lui et nous fait joujou, quatre ans avant La Soupe aux choux , mais cette moralité sur la célébri...

Avoir 20 ans dans les Aurès : Chronique des années de braise

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  « Guerre sans nom » ? Cohésion de décision… (Im)parfait contemporain du Franc-tireur de Causse & Taverne, voici un second western révisionniste, le célèbre Avoir 20 ans dans les Aurès  (1972) de Vautier. Léotard rempile, en lieutenant impressionnant, tandis qu’Arcady, sosie d’Aja, nul ne s’en étonnera, Brizzard, Canselier, Elias, Moreau, Ribes sans Palace , Scoff sans Collaro, constituent le récalcitrant commando . Ils réclament la « quille », ils expérimentent l’exil, bien loin de leur Bretagne, en plein « putsch des généraux », à l’ombre et à la radio du Général, de Gaulle, qui d’autre ? Égalitariste dès le générique, le réalisateur associe au sien les noms de ses assistants, de sa scripte. Co-monté par l’un des acteurs principaux, à savoir Hamid Djellouli, ensuite au casting du R.A.S. (1973) de Boisset, aussi un récit « d’insoumis », fissa transformés en élite polémique, le film de fiction affirme sa « vérac...

L’Aîné des Ferchaux : Deux hommes dans Manhattan

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Nouveau départ à La Nouvelle-Orléans ? Désaccords de mort(s) au volant… Dès l’ouverture en travelling virtuose et en voix off devant un ring de boxe, Melville (Jean-Pierre) cite Melville (Herman), c’est-à-dire décalque l’ incipit de Moby Dick  ; ensuite, il adresse un clin d’œil adéquat au Nous avons gagné ce soir (1949) de Robert Wise. Road movie immobile, errance retracée en transparences, L’Aîné des Ferchaux (1963) sacrifie Stefania Sandrelli, coupe ses boucles, la colore en rousse, tandis que Henri Decae éclaire Michèle Mercier, en danseuse gracieuse déguisée, observée, en bleu satiné de bricolé cabaret. Pas si angélique, l’estimable Niçoise interprète une ex -actrice arrivée à son misérable « terminus », rôle en reflet d’une melvilienne (celle de JP) cruauté. N’oublions pas le pitoyable lapin posé à la paupérisée Malvina (Silberberg) par le cogneur raté, le secrétaire improvisé, aux initiales dédoublées – tout cela, ça va de soi, déplaira aux f...

L’Aile ou la Cuisse : À couteaux tirés

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Haut-le-cœur ? Resto(s) du cœur… Film de fatigue et de filiation, film prophétique et réflexif, L’Aile ou la Cuisse (Claude Zidi, 1976) s’avère en plus un art poétique et un divertissement politique. Si l’argument (et le déguisement) reprend (en partie) Le Grand Restaurant (Jacques Besnard, 1966), témoigne de son temps (indépendant, inquiétant), une décennie suffit (à modifier la donne) : Louis de Funès , récemment hospitalisé pour de sérieux soucis de santé, veut (et doit, dit le docteur) se réinventer, se modérer, quitte à revenir au muet révéré (le Mel Brooks audacieux de Silent Movie , 1976, acquiesce). Au creux du contexte de crise(s) des seventies , de la filmographie du fragilisé « Fufu », L’Aile ou la Cuisse se situe ainsi entre l’antiracisme des Aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury, 1973) et l’écologie de La Zizanie (Zidi, 1978), sorte de réponse hexagonale au spatial (et US) Silent Running (Douglas Trumbull, 1972), tandis que Le Grand Bazar ...

Eyes Wide Shut : Filmer l’invisible

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Morts et renaissances dans la douceur poignante de l’automne ; et si l’on parlait, pour une fois, d’autres cinémas ? Un art métaphysique Et alors nous nous précipitâmes dans les étreintes de la cataracte, où un gouffre s’entrouvrit, comme pour nous recevoir. Mais voilà qu’en travers de notre route se dressa une figure humaine voilée, de proportions beaucoup plus vastes que celles d’aucun habitant de la terre. Et la couleur de la peau de l’homme était la blancheur parfaite de la neige. Poe, Les Aventures d'Arthur Gordon Pym (1838) Que le mystère apparaisse à chaque photogramme ou presque. Qu’il irrigue le flot d’amour des images, qu’il épouse la ténèbre du cœur et des actes, des pensées et des films, ce torrent sans Vincent charriant les vices, les illuminations, la verroterie et les promesses invincibles du soleil. Une résurrection avérée, le scandale d’une morte revenue vivre ici parmi nous, la terreur sacrée face à l’ordre détraqué du monde ? P...