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Affichage des articles associés au libellé Bruce Surtees

Ben-Hur : Et vogue le navire…

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  « 41 » x 4, duel de regards, moment orgasmique… Plus de soixante ans après sa sortie en salles, malgré de multiples (re)diffusions à la TV, Ben-Hur (William Wyler, 1959) n’endure aucune usure, conserve avec insolence la puissance de son prosélytisme spectaculaire. Ce mélodrame masculin, sorte de Monte-C(h)risto à moitié homo, merci au co-scénariste Gore Vidal, tout sauf Vandale, constitue un sommet de classicisme hollywoodien, quasi racinien, où l’auteur (très) estimable de L’Insoumise (1938), L’Héritière (1949), Vacances romaines (1953), L’Obsédé (1965) ou Funny Girl (1968) pourtant déploie son point de vue et sa maestria, fait à chaque plan, à chaque instant, du cinéma, au sein et au-delà de la célèbre « transparence » étasunienne. Leçon de cadrage, de découpage, d’assemblage, de caractérisation, d’accélération, de composition, musicale et picturale, la fameuse séquence de la marche (immobile) des galériens le démontre bien. Il s’agit certes ...

Knock Knock : Adieu à Sondra Locke

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Décembre merdique, funérailles différées… On a survécu à tout ça et aujourd’hui tu es partie Comme quoi on peut survivre à tout et ne pas survivre à la vie Dominique A, Le Ruban (2018) Que reste-t-il d’une actrice ? Des films. Que demeure-t-il d’une femme ? Des parfums. Comment se souvenir de la dear Sondra Locke, son décès du mois dernier médiatisé hier, découvert aujourd’hui, par hasard inexistant ? Surtout pas via des histoires de procès, d’hôpital, please . Laissons ceci à autrui, laissons-lui plutôt la parole , en version anglophone, puisqu’elle savait parler, avec sincérité, lucidité, subjectivité, voire partialité, de son parcours, de ses amours, de la magie au-delà du cinéma, qu’elle exerça sur moi. De Sondra, je voudrais évoquer la lumière, le mystère, la séduction et la tension, le sourire à proximité du pire. Je ne reviens point à présent sur mes deux textes consacrés à Bruce Surtees, le directeur de la photographie du Retour de l’inspect...

Génération perdue : Pédale dure

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Les Goonies contre Dracula ? Sans doute et bien davantage que ça. The Lost Boys débute où s’achève Sudden Impact  : sur un manège de chevaux de bois – le cinéma comme trauma , élucidation des ténèbres, parabole laïque, ludique et mélancolique. Itou tourné à Santa Cruz, Californie, éclairé par Michael Chapman (DP sur Taxi Driver ou Hardcore , signataire de l’estimable et préhistorique Le Clan de la caverne des ours ) substitué à Bruce Surtees, Génération perdue (un salut littéraire à Scott Fitzgerald) commence donc dans le même parc d’attractions qui vit Dirty Harry revenir d’entre les morts, fantôme magnanime (et maritime) pour tueuse en série auparavant violée en réunion. Telles des montagnes russes, le métrage désormais culte alterne effroi et joie, malheur et humour. La nouvelle vie des fils de divorcés s’apparente à une bande dessinée horrifique et sociologique. À l’instar d’Éric Rohmer, Joel Schumacher réalise des contes moraux et son quatrième effort s’harm...

Psychose III : Chambre avec vue

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Autoroute perdue et humanité retrouvée. On ne peut qu’aimer ce film mal-aimé, maudire ceux qui le moquent ou méprisent, car il montre et démontre une mémoire stimulante et une émouvante mise à nu de cinéma. Après le duo Hitchcock/Stefano puis Benjamin/Holland, Anthony Perkins et Charles Edward Pogue (dramaturge notamment connu pour sa contribution à La Mouche contemporaine de David Cronenberg) retournent en 1986 au motel Bates, le réinvestissent de souvenirs, de surprises, de pistes et de promesses. Des artistes solides et talentueux les accompagnent : David Blewitt (monteur de Ghostbusters et Moonwalker ), Henry Bumstead ( production designer supérieur), Carter Burwell, Hilton A. Green (producteur et ancien assistant de Sir Alfred), Bruce Surtees, sans omettre une troupe à l’unisson : Roberta Maxwell (croisée dans L’Enfant du diable ), Diana Scarwid, Jeff Fahey (excellent dans Chasseur blanc, cœur noir ), Hugh Gillin, ni les appréciables apparitions de Juliette...

La Piscine : Le Début de L’Inspecteur Harry

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Trente-six captures (d’écran) pour tenter de saisir la maestria d’une ouverture : Don « Dirty » Siegel rules  ! Le film, en Scope – format idéal pour les enterrements et les serpents (ou les scorpions ?), dixit Lang –, se place d’emblée sous le signe de la mort, avec ce monument dédié au policiers de San Francisco tombés « dans l’exercice du devoir ». Polysémie du vocable américain : la ligne droite, tangente ou brisée du devoir, du destin, de l’éthique, la ligne rouge à ne pas franchir, celle qui sépare de la folie et du trépas (Malick, scénariste éphémère). Sens géométrique du mot, pour une séquence de générique formidablement graphique, faisant penser à son homologue des Demoiselles de Rochefort (le pont transbordeur avec son entrelac de verticales et d’horizontales) ; Woo rejoint Demy, Siegel aussi. Géométrie du crime, mélancolie de la violence : une œuvre hantée par trois femmes mortes (la baigneuse, la jeune fille ...