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Affichage des articles associés au libellé Stanley Donen

Le Sang des innocents

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  Le jeune homme et la mort, la joie d’abord, les traumas encore…   I am walking through Rome With my heart on a string Dear God please help me Morrissey Six ans suivant Rogopag (1963), revoici Godard & Pasolini ; la séquence de La Contestation (1969) paraît pourtant un prolongement du documentaire à base de montage La Rage (1963), coréalisé puis renié en compagnie du meilleur ennemi Guareschi. Comme dans Le Petit Monde de don Camillo (Duvivier, 1952), Dieu prend la parole, mais avec Lui-même dialogue, car nul ne L’écoute, en tout cas pas le piéton pris en public presque surpris et précédé en travelling latéral motorisé. Tourné en été 1968, sillage de fameux événements du mois de mai précédent, le segment stimulant s’insère aussi au sein d’une anthologie au titre homonyme quasi , puisque l’on passe de La rabbia à Amore e rabbia . Situé, on le sait, du côté de la police prolétaire plutôt que de la bourgeoisie estudiantine révolutionnaire, le cinéaste a...

La Maison aux esprits

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  Un métrage, une image : Downton Abbey II : Une nouvelle ère (2022) Même muni d’une mise en abyme, même en mode méta, on ne décèle pas un seul instant de cinéma au sein de ce téléfilm de luxe, issu de la célèbre série télévisée à succès, sinon disons à l’occasion d’une surimpression de disparition, retrouvailles de retour au bercail substituées de façon feutrée à la foule des funérailles. Le mélodrame historique de Curtis ressuscite ainsi et aussi le tourisme sudiste du compatriote Hitchcock ( La Main au collet , 1955), mais l’œcuménisme assumé du scénario signé de l’incontournable et oscarisé Julian Fellowes ( Gosford Park , Altman, 2001) se situe en réalité du côté de E.T., l’extra-terrestre (Spielberg, 1982), autre récit de sociologie, de territorialisation des relations, L’Homme tranquille (Ford, 1952) à la place de Chantons sous la pluie (Donen & Kelly, idem ), pardi, dénoue tout, transforme in extremis la star insupportable en fragile orpheline, de sa sœur,...

La Lune dans le caniveau

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  Un métrage, une image : Irma la Douce (1963) Mais ça c’est une autre histoire Gérard Blanc Irma la Douce se termine comme Conan le Barbare (Milius, 1982), encore un conte d’éducation, d’émancipation, de narration en voix off , le rauque Mako remplace le doux Jourdan, de puissance sexuelle, de valeurs renversées, certes plus épique et lyrique : par une affirmation de l’infini de la fiction, coda de regard caméra amusé, assumé, en rime à celui de Shirley, descendue du billard où danser, au son de Dis-Donc . Exit la (jolie) musique de Marguerite ( Monnot ), précieuse compositrice pour Piaf, hors et au ciné ( Les Amants de demain , Blistène, 1959), puisque Previn revient, repart pourvu d’un Oscar. Diamond & Wilder ne remettent le couvert de La Garçonnière (1960), ralentissent la rapidité, disent adieu à l’actualité de Un, deux, trois (1961), adressent des clins d’œil à Kubrick ( Lolita , 1962) & Lean ( Le Pont de la rivière Kwaï , 1957 + Lawrence d...

Charade : De la part des copains

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  De Regina Lampert à Regan MacNeil… Générique géométrique, où le title designer Maurice Binder singe le Saul Bass de Sueurs froides (1958), La Mort aux trousses (1959), Psychose (1960) ; gosse en otage, salle de spectacle et pistolet (à eau) en écho à L’Homme qui en savait trop (1956) ; pont pareillement sexuel que le tunnel de North by Northwest  ; soupçon à la Soupçons (1941) ; suspension façon Sueurs froides , bis  ; voleur volé à La Main au collet (1955) et, last but not least , timbres édités à l’occasion d’une « commémoration de la princesse Grace », hélas : en dépit des clins d’œil adressés à Sir Alfred, rien de moins hitchcockien que ce récit riquiqui, de rigolo quiproquo , de gros magot, co-concoté par Marc Behm, la plume de La Reine de la nuit et Mortelle Randonnée , faut-il le rappeler, démontrant qu’avant, le franc valait davantage que le dollar , quel désespoir. Film à la fois fade et affable, Charade (1963) se so...

Chantons sous la pluie + Orange mécanique : La Joie et l’Effroi

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  Globes lumineux, danseur fiévreux, acteur improvisateur, propagande de la peur…   Une femme raccompagnée à sa porte, une autre qui hésite à ouvrir la sienne : on passe ainsi d’une première décennie à une seconde, on délaisse la douceur, on adoube l’immonde, à la rhétorique hollywoodienne se substitue celle kubrickienne. Mais il s’agit aussi, là et ici, de cinéma méta, d’un art (se) réfléchissant sur soi, d’un rappel (silencieux) puis d’un rapport (sexuel) à la loi. D’un Stanley (Donen) au suivant (Kubrick), la comédie nostalgique cède sa place à la dystopie drolatique, la grâce de Gene Kelly disparaît devant la disgrâce de Malcolm McDowell, une nuit éclairée s’efface face à l’intérieur d’une maison aux miroirs et aux murs immaculés, à l’instar du costume d’Alex, tant pis pour le gris de Don. Cependant la caméra chorégraphie en écho, presque en stéréo, des trombes d’eau en studio, un domestique chaos, saisit l’allégresse de deux hommes lestes, figure la climatique tran...

The Ward

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  Un métrage, une image : Behind Locked Doors (1948) La matrice apocryphe de Shock Corridor (Fuller, 1963) ? Pas d’accord, car le cinéaste et les scénaristes, dont le Martin Wald de La Cité sans voiles (Dassin, 1948) et Outrage (Lupino, 1950), ne se soucient de sociologie, d’insanité généralisée. Les cinéphiles gay  friendly souligneront, nous nous en doutons, la dimension homoérotique de la masculine clinique, possible présage des célèbres westerns portés par Scott & consorts. Nonobstant, Boetticher aborde ce script symbolique, à base d’apparences trompeuses et judicieuses, avec style, le transcende ainsi. Le couple d’occasion s’épousera pour de bon, le juge injuste, faux malade, vrai coupable, passera du cabanon à la prison, la célébrité, la récompense, se verront vite supplantées par la sincérité de la romance, le renversement du motif poussif de la « demoiselle en détresse » : le privé paupérisé, assommé, devra sa (sur)vie, son sauve...

Les Griffes de la nuit : Fred

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  Hymne à la joie ? Hymen d’effroi… Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve. J’ai peur du sommeil comme on a peur d’un grand trou, Tout plein de vague horreur, menant on ne sait où ; Baudelaire, Le Gouffre Le conte de culpabilité de Craven s’ouvre sur une scène malsaine signée Dan Perri, title designer de L’Exorciste (Friedkin, 1973), de sa risible suite L’Hérétique (Boorman, 1977), de La Main du cauchemar (Stone, 1981), Dream Lover (Pakula, 1986), L’Amie mortelle (Craven, 1986), des Griffes du cauchemar (Russell, 1987), du Cauchemar de Freddy (Harlin, 1988), de Jusqu’au bout du rêve (Robinson, 1989), Color of Night (Rush, 1994) ou du récent remake de Suspiria (Guadagnino, 2018). Le collaborateur régulier de Scorsese nous projette aussi sec à l’intérieur qui fait peur de la psyché ensommeillée de la très tourmentée Tina qu’incarne Amanda (Wyss). N’en déplaise à ses adorateurs, disciples   sin...

L’amour vient en chantant + Ô toi ma charmante : Austerlitz + L’Éducation de Rita

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Fred & Ginger ou Adele, Eleanor, Judy, Cyd ? Fred & Rita, voilà… Ce qui rend ces instants émouvants ? Sans doute la sincérité du simulacre. Du glamour au mensonge, il suffit d’un pas, bien sûr « de deux », mais l’imagerie de la « comédie musicale » ne relève de l’anecdotique, davantage de l’héroïque, chaque artiste une sorte de Sisyphe, qu’il faut en effet, comme chez Camus, imaginer heureux, ici, maintenant, sous nos yeux souvent si malheureux. La tristesse, Rita la connaissait, la vécut toute sa vie, en vérité, jusqu’à ne plus se souvenir de rien, maudite, magnanime décharge des chagrins. Cependant ce diptyque un peu exotique, au succès suranné, donne à (re)voir, sinon à saluer, une victime avérée, irréductible à sa douleur, moins encore à sa beauté brune de « bombe » anatomique puis atomique. Abusée dès l’enfance par son père (im)pitoyable, plusieurs fois mal mariée, Rita trouva néanmoins le moyen de se réinventer, d’afficher en filigr...