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Affichage des articles associés au libellé Nadav Lapid

La Perm + Gotta Have Heart : Pédale douce

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            Placard à proximité de la Palestine, métrages à notre image. Le cinéma homosexuel n’existe pas : existent des cinéastes, une imagerie, un marché liés à l’homosexualité, elle-même plurielle. Le sexe des bandes n’intéresse que les sociologues stériles ou les lobbyistes féministes, seul le cœur importe au spectateur. « Faut en avoir » indique le titre du second effort d’Eytan Fox et l’homme aimable, à la personnalité apparemment solaire, n’en manque pas si l’on se fie à ses deux films réunis sur le DVD bien coordonné par Yannick Delhaye. La Perm et Gotta Have Heart témoigne en tandem de facettes a priori extrêmes, séparées par le temps et les arguments. Pourtant, une similaire mélancolie souriante irrigue le film de fin d’études et le segment télévisuel écrit par son chéri Gal Uchovsky. Fils de rabbin et de conseillère municipale, Fox filme l’homosexualité comme un phénomène existentiel dépénali...

L’Institutrice : Poetry

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Nadav Lapid. Tel un vers faux, quelque chose ne fonctionne pas dans le deuxième long métrage de l’attachant cinéaste. On loua Le Policier , on prisa Le Journal d’un photographe de mariage , on peut bien faire un ou deux reproches à L’Institutrice , notamment celui de sembler découvrir que la bêtise, la laideur, la vulgarité gouvernent la société israélienne, et le monde au-delà, que le fric et les flics maintiennent une forme de fascisme soft , que le lyrisme ne signifie rien face à l’arrivisme, au machisme, au cynisme généralisés, partagés. Mais cela, cher Nadav, existe depuis toujours, même au temps des Médicis ou de Louis XIV, époques de noces entre l’art et le pouvoir, rétrospectivement perçues en âges d’or enterrés par notre désespérante modernité. Quant à ceux, si vertueux, confortables « professionnels de la profession » critique ou productrice, qui se gargarisent avec le terme « résistance...

Le Journal d’un photographe de mariage : L’Homme à la caméra

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Nadav Lapid. Le mariage, le cinéma, la société israélienne ? Oui, sans doute, certainement, mais pas seulement et bien heureusement. Présenté à Cannes l’an dernier, projeté à Paris dans une salle unique, le dernier film de l’auteur du Policier , vanté ici, ne se limite pas à un traité filmé sur l’amour ou le désamour, à une réflexion méta sur le statut et le pouvoir de l’image, à une cartographie réduite, emblématique, d’une part de la jeunesse urbaine, glamour et supposée argentée d’Israël aujourd’hui, bien qu’il se nourrisse aussi de tout ceci, qu’il se prête à ces trois interprétations principales, d’ailleurs faites par les rares commentateurs numériques du moyen métrage. Par sa durée, par son sujet, par sa forme, Le Journal d’un photographe de mariage se distingue aisément du tout-venant, peut captiver ou irriter, désarçonner aussitôt un public, une critique, majoritairement peu habitués à cela, à cet...

La Fiancée syrienne : La Prisonnière du désert

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Suite à sa diffusion par ARTE, retour sur le titre d’Eran Riklis. Après un court carton contextuel, lent panoramique gauche-droite – occidental, donc, opposé au sens de lecture oriental – sur le plateau du Golan rosi par l’aube puis coupe sur le beau visage tendu, insomniaque (sa poitrine épanouie entrevue sous la blancheur d’un déshabillé, avant le soutien-gorge et le pantalon noirs, habits « révolutionnaires », s’insurge son mari), de Hiam Abbass au lit : cette ouverture lapidaire, sous le triple signe diurne, terrestre et féminin, donne le ton de La Fiancée syrienne , vendu par sa bande-annonce (menteur tel un trailer , pour pasticher Prévert à propos des génériques) en épigone sudiste, pareillement comique et festif, de Chat noir, chat blanc , alors qu’il s’agit « en réalité », d’une chronique intimiste, discrète et douce-amère d’un mariage sans cesse repoussé, d’un portrait de groupe très contemporain et d’une ode douloureuse à la liberté individu...

L’Affaire Rachel Singer : Le Passé

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Suite à sa diffusion par France 2, retour sur le titre de John Madden. Le film s’ouvre à dessein sur trois silhouettes à contre-jour : il va mettre en lumière la part d’ombre de personnages liés par un pacte secret, un silence forcé, une liberté illusoire. Nul n’en finit jamais avec son histoire, et surtout pas les victimes de l’Histoire : telle pourrait être la morale de ce thriller révisionniste – un comble, dans le contexte ! – d’une « redoutable efficacité », selon la formule consacrée, qui donne à voir, en petit exercice méta de manipulation du spectateur, plus proche du roublard Sixième Sens que de l’incertitude fondamentale et déstabilisante de Rashōmon , deux versions d’un même événement, l’exfiltration d’un ancien nazi surnommé avec dérision « le Chirurgien de Birkenau » hors de Berlin où, marié, il officie désormais, notez l’appréciable ironie, en tant que gynécologue (« Voici ma main et voici le spéculum » dit-il de façon pé...

Le Policier : Brève rencontre

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Suite à sa diffusion par ARTE, retour sur le titre de Nadav Lapid. Après un carton de générique laconique – le titre en hébreu et en anglais, lettres blanches sur fond noir, dualité linguistique et chromatique reprise plus tard par les uniformes et la robe de mariée (celle, aussi, noire comme la nuit ou le deuil, de la révolutionnaire) –, le film s’ouvre sur une route sinueuse dans un paysage désertique, où des hommes en short et lunettes de soleil font du vélo : cette route, sise dans « le plus beau pays du monde » gouverné par « un État abject », ne se trouve pas à Los Angeles et les membres de l’unité spéciale antiterroriste qui la parcourent, un rite parmi plusieurs, ne rêvent pas de faire du cinéma (même s’il succombent volontiers, à l’unisson de leurs adversaires, au narcissisme musclé/armé du miroir), mais Le Policier « suce la roue », comme disent les cyclistes, de Mulholland Drive , lui-même dans le sillage cinéphile et scindé de L’...