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Affichage des articles associés au libellé Emmanuelle Riva

Le Sucre

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  Un métrage, une image : Queimada (1969)             L’ultime mouvement confortera les tenants du « grand remplacement » : parcourus en panoramique droite-gauche, sens de lecture symbolique, oriental, asiatique, des Noirs fixent l’objectif, une détermination en effet farouche affichent, menace sourde à la Black Panthers & Malcolm X plutôt qu’œcuménisme à la Martin Luther King & Mandela, voilà. Auparavant, le « martyr » pendu, invaincu, mythe à la Candyman (Rose, 1992), demandait à son meilleur ennemi, sentimental, poignardé, surpris, de quelle civilisation (blanche) il s’agissait, jusqu’à quand allait-elle durer, questions ironiques, prophétiques, aux réponses apportées par le plan précité. Coppola ( Apocalypse Now , 1979) relira Conrad, Pontecorvo l’anticipe, le Lean de Lawrence d’Arabie (1962) revisite, blackface créole incluse, Salvatori substitué à Guinness, l’amitié à l’h...

Les Ailes de la victoire : Looking for Eric

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Prier pour ses ennemis ? Pardonner un péché de ciné.   Ce mélodrame martial clairement anémié, à l’image du personnage principal, représente un triple intérêt. D’abord, il témoigne de la mondialisation du cinéma, phénomène pérenne aujourd’hui redéfini par l’hégémonie de l’économie de marché. Exit , « Hollywood sur Tibre » ; fini, le temps d’artisan des co-productions européennes, par exemple entre la France et l’Italie ; adieu aux délocalisations d’un Samuel Bronston, parti jadis bâtir des châteaux, pardon, des studios, en Espagne. Désormais, sur l’échiquier de l’art industriel, l’Asie et les États-Unis se livrent une partie placide, de complicité rémunérée. La Warner et compagnie(s) ne l’ignorent plus : le soleil se lève à l’Est, c’est-à-dire en Orient, terre d’opportunités pour investisseurs étrangers, alléchés par le nombre de spectateurs potentiels indigènes, auxquels un niveau de vie revu à la hausse permet d’accéder à des salles ouverte...

Le Sang des bêtes : Abattoir 5

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Fonction heuristique du cinéma, au risque de couper l’appétit à la cinéphilie jolie.        Dans l’envoûtant Les Yeux sans visage (1960), Pierre Brasseur, chirurgien meurtrier d’une fille défigurée, finit dévoré par ses propres chiens délivrés. Dans Le Sang des bêtes (1949), point de chenil ni d’assistante dévouée, énamourée, moins encore de revanche d’espèce, rien que la rationalisation, la banalisation, d’une extermination, comme les camps du même nom, car ce court film courageux, malicieux, ose se souvenir d’Auschwitz et se confronter à une difficile figuration. Dès l’innocente brocante de Vanves, on pense aux biens spoliés, rassemblés en pyramides dans des pièces vides, recyclables ou pas. Le métrage de Franju nous apprend d’ailleurs que les sabots deviennent engrais, que des religieuses, cadrées de dos, récupèrent les gélatineux amas de graisse, Dieu sait ce qu’elles en font ensuite. En quatre temps ou stations, presque au sens christi...

Rumba : La Belle et le Clochard

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy. Peut-on sourire à un drame ? Peut-on s’émouvoir à une comédie ? Bien évidemment, et Rumba répond deux fois oui. Franchement, les feel good movies , on s’en contrefout, mais celui-ci ne se soumet pas à la loi du marché anesthésiant, rassurant, écœurant de cynisme. Si vous croyez encore que le cinéma sert à consoler, à dépayser, à s’illusionner, passez votre chemin mesquin. Si, au contraire, vous exigez d’un film qu’il vous amuse et vous remue sans vous mentir, sans embellir votre fragilité, votre mortalité, sans omettre vos capacités de résistance, d’élégance, alors filez vite découvrir par vos propres moyens ce grand petit chant d’amour dansé, chorégraphié, filmé au cordeau, à fleur de peau. Vous penserez peut-être à Pierre Étaix, peintre tragi-comique du couple. Vous songerez qui sait à Jacques Tati, portraitiste de plage fantaisiste. Am...

C’est la vie : Visions et Dérives d’Emmanuelle Riva

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Soixante ans d’amour distant. Elle vient donc d’atteindre le dernier rivage, où tous nous aborderons, vaincue par le Crabe qui se contrefout des César, des Oscars et autres piètres récompenses (pléonasme). D’Emmanuelle Riva, à Hiroshima – que vit-elle de l’horreur américaine, sinon la peau semblée irradiée, si brillante dans le noir et blanc contrasté osé par Resnais, de son amant japonais – ou ailleurs, on vit le visage sage, aux traits réguliers, à la beauté stylée, élégamment datée, d’une femme des années 60. On entendit sa voix précise, précieuse, à la délicieuse préciosité d’une fille enfuie de sa province vosgienne, venue à Paris exercer l’incertaine activité de comédienne (la couture mène à tout, à condition d’en sortir). Elle ne venait pas d’un milieu privilégié, elle possédait, à l’instar de millions de Français, des origines étrangères, ici du côté de l’Italie par son père, et quelque chose de sudiste, disons de viscontien, reposait sur son visage, sur son sourire o...

Amour : Gerontophilia

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Suite à son visionnage sur le service Pluzz de France Télévisions, retour sur le titre de Michael Haneke. Assez chambré par nos soins pour sa finesse éléphantesque (sauvagerie scolaire et quasi complaisante de l’espèce humaine), sa propension à donner des leçons (spécialement sur la violence au cinéma), sa posture puritaine d’auteur démonstratif (mettre le spectateur à distance de ses vils plaisirs scopiques, le malmener en faisant des manières maniéristes), Haneke se refait une santé en compagnie contradictoire de la maladie. Le possible masochisme à s’infliger une large part ( Benny's Video , Code inconnu , La Pianiste , Caché , Le Ruban blanc ) de la filmographie de ce cinéaste prisé par William Friedkin – que nous aimons entièrement, lui, en semblable et mémorable explorateur des nuits de l’âme – paierait donc in fine  ? Oui et non, seulement en partie, tant le naturel, conceptuel et visuel, finit toujours par revenir (au galop lent de Trintignant), y compris...