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Affichage des articles associés au libellé Jim Henson

Jetons et Dragons

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  Exils # 147 (04/12/2025) On se doute de la tête des cadres de Disney à la projo privée, surtout la scène du pied princier, par la bête bien bouffé. On entend itou parler de virginité, on entrevoit sous l’eau une nageuse nue : Le Dragon du lac de feu (Robbins, 1981) s’inscrit ainsi dans le sillage de longs métrages disons adultes, au modéré tumulte, à l’instar du Trou noir (Nelson, 1979), des Yeux de la forêt (Hough, 1980), de La Foire des ténèbres (Clayton, 1983). Si le périple initiatique, à grande lance fissa phallique, dont le nom duplique le titre d’origine ( Dragonslayer , Buffy opine), réutilise une ressassée structure mythique ; si la créature en question, détruite en définitive via un « sorcier en apprentissage » (cf. Fantasia , 1940), avec le concours de son mentor déjà mort ( Sir Ralph Richardson cachetonne, ressuscite le Moïse de DeMille) et d’une chouette amulette, procède d’un bestiaire culturel et religieux fameux ; si l’issue ne sem...

Femme(s) des années quatre-vingt

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  Exils # 67 (07/01/2025) À sa sortie, en écho à Carrie, mais pas au « bal du diable », tout le monde se moqua sans états d’âme de la « cousine de Superman ». Il fallut donc attendre Patty Jenkins pour lui adresser un clin d’œil logique et chronologique avec Wonder Woman 1984 (2020). Une quarantaine d’années après, Supergirl (1984) ne s’avère vite ni un produit cynique, ni une déclinaison à la con. À l’instar de l’intéressant et idem mésestimé Superman 3 (Lester, 1983), où l’immaculé Clark Kent découvrait puis combattait son propre et sale Mister Hyde, au creux d’une casse auto ensuite réoccupée par Jim Muro ( Street Trash , 1987), aucun meilleur ennemi que soi-même, amen , l’analogique métrage en automatique pilotage du sieur Swarc, téléaste responsable et coupable itou des dispensables Les Dents de la mer 2 (1978) ou La Vengeance d’une blonde (1994), ne mérite l’amnésie, le mépris. Il s’agit en effet, en réalité, d’un film dont le féminisme profond et définit...

La Chouette et la Pêche

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  Exils # 33 (27/05/2024) Réentendu en VF délavée, revu samedi en salle vidée, sur un grand écran lui redonnant son « lustre d’antan », surtout cette double et fondamentale dimension spatiale, celle du récit, celle du widescreen , Labyrinthe (1986) demeure un divertissement séduisant et stimulant, pour petits et grands enfants, un conte pas con de compte à rebours et d’émancipation, certes moins sexuel que La Compagnie des loups (Jordan, 1984), certes moins sentimental que Legend (Scott, 1985), connus et reconnus contemporains, idem modèles d’un cinéma disons démultiplié, de l’imaginaire, du fantasme, du studio, encore doté d’une analogique matérialité, avant l’avènement du numérique hégémonique, souvent castrateur et sans saveur (puisque tout paraît possible, plus rien ne devient crédible). Dans Dark Crystal (1982), le père des Muppets n’animait que des marionnettes, leur humanité se passant des humains, parce qu’elles le valaient bien. Ici, il conduit Connelly ...

Le Maître de marionnettes

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  L’éclairante obscurité d’une délicate destinée… Mais un jour je vivrai mes chansons Poupée de cire poupée de son Sans craindre la chaleur des garçons Gall & Gainsbourg Quarante ans auparavant, les créatures de ciné décédaient, aussitôt ressuscitaient, surtout selon E.T. et ici. Spielberg pratique le pathétique, le chaud, le froid, le rouge, le blanc ; Henson & Oz optent pour autre chose, l’épique, l’héroïque, le tragique, puisque sacrifice offert au milieu d’une cérémonie d’éternité coordonnée, contrariée. À chacun son éclat coloré, de cœur déployé à l’intérieur de toute la petite poitrine, métaphore du film, de cristal malade, cassé, à surplomber, à compléter. Afin que la prophétie messianique s’accomplisse, il faut que s’effondre la gracieuse héroïne, que la claire lumière solaire, en trois exemplaires, traverse le triangle un brin utérin, alignement de renouvellement, magnifie et purifie le bloc à bloc phallique, sis à proximité d’un puits fatidique, don...

Jack le tueur de géants : Ray

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« Cherchez la femme », chercher la flamme, chérir l’infâme… Filmé de façon fonctionnelle, impersonnelle, cette fois-ci délesté des sortilèges de Ray Harryhausen, Jack le tueur de géants (Nathan Juran, 1962) séduit cependant sans peine, puisqu’il parvient, en même temps, à respecter son programme, à surprendre le spectateur. Il s’agit, bel et bien, au propre, au figuré, d’un bel album étasunien/européen, d’un livre d’images animées, cf. le prologue explicite, d’un récit de fantasy se souvenant aussi de King Kong (Merian C. Coooper & Ernest B. Schoedsack, 1933), ravissement d’héroïne + choc de colosses inclus. Il s’agit, de surcroît, d’un conte chrétien, remarquez l’épée renversée, croix-bouclier pour contrer la bestialité, considérez que Jack se transforme in fine en émule de saint Michel, en plein ciel, majuscule optionnelle, terrassant en mer, contradiction d’occasion, son dragon appelé… Pendragon, par ailleurs patron d’un castle constellé de créatures à l...

Krull : Un peuple et son roi

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Colossale connerie à concasser ? Modeste trésor à transmettre. En découvrant Krull (1983) hier soir, surpris, séduit, je pensais à Ladyhawke (1985), aux extérieurs aussi tournés en Italie. Réel réalisateur, à l’instar de Richard Donner, Peter Yates sait en effet enraciner sa fantasy au sein de la réalité, au propre, au figuré. Une   bande-annonce d’époque, malheureuse car menteuse, transforme le film en ersatz désargenté de Star Wars (Lucas, 1977), en mélasse médiévale anachronique, gare aux lasers faméliques. En vérité, Krull s’avère un conte de fées sur la fraternité, une allégorie jolie sur l’exercice du pouvoir, démocratique ou tyrannique, une œuvre adulte, remplie de calme tumulte, adressée non pas à l’enfant peut-être encore l’intérieur du spectateur, disons disparu depuis des décennies, mais à sa part d’enfance, c’est-à-dire à sa capacité conservée de s’émerveiller, de s’immerger au milieu du merveilleux, de suspendre son incrédulité, d’animer en feedba...

La Maison du lac : Les Vieux de la vieille

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Mark Rydell. Un jour j’oublierai tout jusqu’à mon nom je saurai simplement Que t’es là que t’es belle que t’es mienne Amir On redoutait le psychodrame, on se fichait, petit effronté, du rififi familial chez les Fonda, on différa le visionnage jusqu’au dernier jour de désamour. En réalité, « Hanoi Jane », actrice anecdotique, incarnation caricaturale de la bien-pensance US, de son hygiénisme maladif, de son féminisme à fessier, fait de la figuration, commet deux caméos en maillot, sorte de Vénus botticellienne relookée par l’aérobic des années 80, chouine un chouïa, aime-moi, Papa. Fleuriste surfait du fané The Rose (1979), Janis Joplin ne jubile, Rydell réalise l’adaptation d’une pièce à succès de Broadway, transposée par le principal intéressé, un dénommé Ernest Thompson, dramaturge trentenaire à tendances gérontophiles, sinon écologiques. Dans le cadre idyllique d’une piaule à « port...

Hellraiser, Hellraiser II, Hellraiser III, Hellraiser IV : Descente aux enfers

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Tête d’épingle trentenaire pour tétralogie jolie. Hellraiser : Julia En 1987, Clive Barker propose un premier opus sympathique. Outre poser les fondations infernales d’une franchise interminable, à base de SM très spécial, Le Pacte , sous-titre français trop faustien, s’avère avant tout un vaudeville incestueux, aux maquillages dotés d’une enviable organicité, disons à la Lucio Fulci. Récit d’adultère entre frères, d’émancipation adolescente, de résurrection obsédante, le modeste métrage, dans l’ensemble assez sage, se déroule à domicile, en huis clos, dispose d’un prologue et d’un épilogue de boucle bouclée, dont l’orientalisme et l’homoérotisme annoncent Le Festin nu (1991) à venir de l’ami David Cronenberg . Entre-temps, même si le mari se déleste de statues de saints estimées « kitsch », la Margaret White de Carrie (Brian De Palma, 1976) bien sûr se récrie, l’auteur, originaire de Liverpool, semble retravailler le mythe de la boîte de Pandore et la p...

The Witches : Luke la main froide

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Brûler une sorcière rousse ? Refroidir votre ardeur envers un ouvrage pas si atroce. Jim Henson & Nicolas Roeg : le « mariage de la carpe et du lapin » enfanta un film méconnu, sinon mésestimé. S’il chérissait Cher, s’il adouba Angelica, Roald Dahl détesta l’infidèle adaptation de son roman par le fidèle Allan Scott ( Don’t Look Now , D.A.R.Y.L. , Petits meurtres entre amis ) et l’on peut comprendre pourquoi la fin le laissa sur sa faim. The Witches s’ouvre sur un survol de sommets enneigés, disons POV de sorcière invisible sur son balai. En Norvège, une grand-mère initie son petit-fils à la sorcellerie. Elle sait de quoi elle parle, son auriculaire amputé parle pour elle. Gamine, elle vécut l’enlèvement d’une camarade, victime d’une femme aux yeux violets, signe particulier des mauvaises fées. Survient la trouvaille la plus belle du film, à la fois mélancolique et méta : la disparue se retrouve dans le tableau paternel, prisonnière muette et inac...