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Affichage des articles associés au libellé Hiromasa Yonebayashi

Épouvante impuissante

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  Exils # 137 (22/10/2025) Cafi d’informations, dont beaucoup en voix off , le prologue de Pompoko (Takahata, 1994) épuise vite, on se dit que le film ne va pas pouvoir tenir un tel rythme, mais il y arrive, fi du contemplatif. Si le synopsis paraît anticiper celui d’ Arrietty : Le Petit Monde des Chapardeurs (Yonebayashi, 2010), la (re)découverte consensuelle des espèces cède ici sa place à une guerre ouverte, sinon une lutte des classes, dont l’issue prévue et perdue dessine en définitive un joli génocide. Chronique historique d’une disparition programmée, ce requiem jamais blême, constamment amusant, ne succombe à la mélancolie, dépasse la problématique écologique, tarte à la crème de la mauvaise conscience moderne. Ce qui se joue sous les yeux ravis, jeu sérieux délesté de l’esprit homonyme, relève du réflexif, de la résistance, de la transcendance. Le baroud d’honneur devient un bagout d’horreur, la technologie détruit la magie, les Mohicans japonais se font fissa dég...

Les Bonheurs de Sophie

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  Exils # 30 (19/04/2024) D’un château l’autre, disait Céline : après le (tout) premier, du comte Cagliostro, en 1979, ensuite celui déjà dans le ciel (1986), proie de pirates, voici la piaule de Howl, le personnage au nom très connoté de la romancière anglaise Diane Wynne Jones, devenu en France Hurle et au Japon Hauru. Emily Brontë doublerait ainsi Allen Ginsberg, hurlement (et Hurlevent) en tandem  ? Plutôt l’écho illico des Aventures fantastiques du baron Münchhausen (von Báky, 1943), plaisante pièce montée européenne, allemande et non alsacienne, préférable à l’épuisant et indigeste pudding suiviste de Gilliam (1988), sorti pendant un autre conflit, la Seconde hécatombe substituée à l’Irak patraque, au creux duquel retrouver, outre le magicien italien précité, supposé, le même mélange pas si étrange de guerre et de paix, de féminisme soft et de reversement du vieillissement, et d’airs explorés, d’amants éplorés. Miyazaki connaissait-il tout ceci ? Peu imp...

L’Incroyable Monsieur X : L’Illusionniste

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Curiosité datée, dépassée ? « Consultant psychique » à consulter, puisque épatant.    Celles et ceux qui s’intéressent à la cinematography , disons à la « direction de la photographie », devraient vite visionner The Amazing Mr. X (Bernard Vorhaus, 1948), va pour la VO non sous-titrée. Auteur d’un traité réputé, programmatique-pragmatique, intitulé Painting with Light , oscarisé à raison, à l’occasion du mémorable ballet de Un Américain à Paris (Vincente Minnelli, 1951), John Alton y donne, en noir et blanc enivrant, une somptueuse et stimulante leçon d’ombre et de lumière, démontre avec une admirable maestria son savoir-faire, confère au métrage méconnu, désormais dans le domaine public, disponible en ligne, sa magie majestueuse, soyeuse, vaporeuse. Le film commence par du fantastique féminin, maritime, alors l’on se dit que voici un ersatz désargenté de The Ghost and Mrs. Muir (Joseph L. Mankiewicz, 1947), un prélude paupérisé à Pandora ...

Mary et la Fleur de la sorcière : Le Château dans le ciel

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Fin d’été, ennui poli, apprentie sorcière pas assez vénère. Après le plantage public du pneu politique et méta de Blow Out (1981), Brian De Palma revisita ses classiques et livra, dans le sillage de Phantom of the Paradise (1974), épaulé par le peu subtil Oliver Stone au scénario, une nouvelle fable opératique, cette fois-ci mafieuse, sur le capitalisme atteint d’hubris, promise à un culte pérenne et de contresens parmi la « jeunesse défavorisée », expression misérabiliste de journalistes, de sociologues, le scandaleux et lucratif Scarface (1983). Après l’échec commercial du réussi Souvenirs de Marnie (2014), un salut à Tippi Hedren & Melanie Griffith, surtout selon Body Double (1984), Hiromasa Yonebayashi se tourne à nouveau vers la littérature fichée enfantine et transpose une œuvre non traduite de la Britannique Mary Stewart, apparemment spécialiste de l’imagerie liée à Merlin. Paru en 1971, six ans à la suite de la naissance d’une certaine Joanne Rowling,...

Je peux entendre la mer : Diabolo Menthe

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Se souvenir, partir, revenir, inventer l’avenir à deux, tant mieux. Pas le plus connu ni le meilleur des produits Ghibli, ce court téléfilm façonné à moindre coût par une équipe juvénile possède toutefois une qualité particulière : il parvient à identifier l’adolescence japonaise tel un « éternel été » à la Camus, mélange harmonieux, précieux, souvent instable, de ravissement et de mélancolie, de sentiments et de sensualité, de mer et de larmes – donc de sel partagé. Vingt-cinq ans après leur diffusion à la TV privée nippone, ces lycéens continuent à s’émouvoir, à émouvoir, dans une sorte de « temps scellé » à la Tarkovski, une boucle temporelle méta qui renvoie le spectateur cosmopolite vers son propre passé. Ce « récit des origines » ne pouvait en vérité de subjectivité que se conter à l’imparfait, débuter dans les airs, voyage en avion vers le territoire intérieur de la mémoire, suspension en apesanteur propice à l’introspection, au retour...

Your Name. : La Nuit de la comète

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Tout nous relie ensemble et l’immensité des sphères aussi ? Presque, tant mieux ou tant pis. Makoto Shinkai trouve son film imparfait, on ne le contredira pas. Mais l’on se doit de célébrer ses beautés par une poignée de feuillets en ligne, dans le sillage d’une œuvre très audiovisuelle qui n’oublie jamais, personnel plaisir premier assumé ou formation universitaire littéraire commune entre lui et nous oblige, la part de l’écrit, sur un carnet, une paume (celle de Rilke énamouré de ce mot en français, celle du Nolan de Memento ), un cellulaire (textos allegro). Cela commence comme Peter Ibbetson (le rêve en duo), Dans la peau d’une blonde (Blake Edwards transgenre), cela se poursuit comme une relecture du mythe de l’âme sœur par Platon, de l’aventure d’outre-tombe d’Orphée à la recherche de son Eurydice enterrée, une variation sur les « paradoxes temporels » si chers à la SF, pas seulement celle de Tarkovski ( Solaris , d’après Stanislas Lem, et sa planète-océ...

Souvenirs de Marnie : L’Enfance de l’art

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Pas de mouton à l’horizon, le petit prince des sables enfui au profit de l’apprentissage du paysage et de la renaissance d’un visage… Anna ne s’aime pas, pense que personne ne l’aime, surtout sa mère adoptive touchant une allocation étatique. Au cours d’un été agité, elle va se découvrir et grandir pour finalement intégrer le cercle de la société. En découvrant aujourd’hui Souvenirs de Marnie , adaptation délocalisée d’un roman anglais renommé, notamment recommandé par Hayao Miyazaki, on songe évidemment à Hitchcock, celui de Pas de printemps pour Marnie (blonde attachante, désamour maternel et traumatisme enfantin), Psychose (« Depuis la construction de l’autoroute, on ne voit plus grand monde » dit la parente accueillante, en écho à ce schizo de Norman Bates), Les Oiseaux (village côtier), Rebecca (manoir maudit, gouvernante revêche), Sueurs froides (silo substitué au clocher), voire de La Corde (homosexualité discrète). On pense aussi et surtout à L’Effronté...