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Affichage des articles associés au libellé Barbet Schroeder

Femme(s) des années quatre-vingt

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  Exils # 67 (07/01/2025) À sa sortie, en écho à Carrie, mais pas au « bal du diable », tout le monde se moqua sans états d’âme de la « cousine de Superman ». Il fallut donc attendre Patty Jenkins pour lui adresser un clin d’œil logique et chronologique avec Wonder Woman 1984 (2020). Une quarantaine d’années après, Supergirl (1984) ne s’avère vite ni un produit cynique, ni une déclinaison à la con. À l’instar de l’intéressant et idem mésestimé Superman 3 (Lester, 1983), où l’immaculé Clark Kent découvrait puis combattait son propre et sale Mister Hyde, au creux d’une casse auto ensuite réoccupée par Jim Muro ( Street Trash , 1987), aucun meilleur ennemi que soi-même, amen , l’analogique métrage en automatique pilotage du sieur Swarc, téléaste responsable et coupable itou des dispensables Les Dents de la mer 2 (1978) ou La Vengeance d’une blonde (1994), ne mérite l’amnésie, le mépris. Il s’agit en effet, en réalité, d’un film dont le féminisme profond et définit...

Banco

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  Un métrage, une image : Casino : No Limit (2008) Le descendant de Dorcel, DG + VRP du petit empire de son papounet, disait jadis à LCI « poursuivre un triple objectif qualitatif », impératif d’un film « attractif pour le plus grand nombre et pour toutes les générations – pour cela, il ne doit pas être répugnant, ni bidon, ni ridicule », comment veux-tu, si tu recules… Le fric ici s’affiche, objet-sujet d’économie libérale, non plus libidinale, de logique commerciale, comptable, de voyage estival : 230 000 euros de budget , 2 h 30 de durée, 14 actrices, 12 scènes classées X, distribution à l’unisson dans 56 pays, en sus (moi bien) d’une projection à la presse et de communication numérique un zeste, Ibiza, on y reva, de longues années après More (Schroeder, 1969), d’accord. Tout ceci sert à financer du locatif, par exemple yacht et villa , voilà, production values de parvenus, diégétiques, cinématographiques, se verra réutilisé selon d...

Barbet Schroeder, le pire et le meilleur

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur trois titres de l’auteur. More (1969) Pas d’autobiographie à la Pop Iggy ici ( I Need More ), le Floyd s’impose, en musique dite de source, of course . Pour son premier long métrage un peu long, bien de son âge, Schroeder part en voyage, emporte dans ses bagages le script ironique de Paul Gégauff, la plume acide et drôle de Chabrol, aussi le scénariste de Diaboliquement vôtre (Duvivier, 1967) et Frankenstein 90 (Alain Jessua, 1984), lui-même victime d’un homicide commis par sa dame, les misogynes la condamnent, les féministes l’acclament. Quarante-six ans avant le maternel et mémoriel Amnesia (2015), Barbet s’installe à Ibiza, fuit la pluie, passe par Paris, topographie en autarcie un affreux paradis, artificiel, cruel, cerné de seniors nazis. More (1969) par conséquent prend acte du naufrage de la Nouvelle Vague, reflète À bout de souffle (Godard, 1960) en mode hardcore , anticipe le désertique Antonioni à Za...

Mishima : Soleil rouge

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Paul Schrader. Le biopic problématique des Schrader, Leonard & Paul les frérots, la co-scénariste + l’épouse du premier Chieko, ne devient vraiment intéressant qu’à son mitan, presque une heure après son commencement. Auparavant, il faut se farcir, avec un ennui poli, un assemblage assez stérile de reconstitution, d’évocation, d’illustration. Certes, on patiente, on ne se lamente, séduit aussitôt par le beau boulot du compositeur Philip Glass ( Koyaanisqatsi , Reggio, 1982 ou Candyman , Rose, 1992), de la monteuse Tomoyo Ōshima, a priori fifille parfois flanquée de son célèbre papa ( Furyo , 1983 ou Tabou , 1999), de la production designer Eiko Ishioka ( Dracula , Coppola, 1992 ou The Fall , Singh, 2006), toutefois cela ne fonctionne pas, demeure désincarné, très et trop appliqué, exercice de style scolaire, guère révolutionnaire, en partie aussi desservi par une sentencieuse voix off intrusive, le n...

Grandmother’s House : Comment j’ai tué mon père

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Parents trop accueillants, roquette suspecte, secret préservé, atrocité actualisée… Le petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa mère-grand était faite en son déshabillé. Perrault Avec son oreille coupée (racontée) à la Blue Velvet (David Lynch, 1986) et ses canaux-tombeaux à la Ça (le bouquin de King, publié la même année), Grandmother’s House (Peter Rader, 1988) constitue un conte de fées défait, une démonstration de dessillement, un déploiement de malédiction (familiale). Ce métrage méconnu mérite d’être (re)découvert, car il parvient à créer un climat de tragi-comédie réussie, reposant pourtant sur un postulat peu amusant, celui d’un inceste paternel insoupçonnable, insoupçonné, révélé puis presque reproduit in extremis , mince. Plus tard, Rader rédigera Waterworld (Kevin Reynolds, 1995) ; pour l’instant, il illustre avec précision le sujet de Peter (& Gayle) Jensen, ici aussi directeur...

L’Œil du labyrinthe : La Fille en rouge

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Le jaune de sa jupe, le rouge de sa robe, l’airain de ses seins… Item touristique et tragique, L’Œil du labyrinthe (Mario Caiano, 1972) mélange More (Barbet Schroeder, 1969) à L’Oiseau au plumage de cristal (Dario Argento, 1970). Opus de son époque, sinon de son pays, L’Œil du labyrinthe abonde en panoramiques, en plans à l’épaule, à objectif grand-angulaire, en zooms avant et arrière. Co-production italo-allemande, L’Œil du labyrinthe bénéficie d’un casting choral impeccable, composé par Mesdames Sybil Danning, Elisa Mainardi, Alida Valli et Messieurs Adolfo Celi, Horst Frank, Benjamin Lev, Michael Maien, Franco Ressel ; mention spéciale, bien sûr, à l’éphémère Rosemary Dexter, actrice britannique puis italienne, au destin guère serein, dont le talent et la beauté esquivent l’usure des années, via une valeureuse VOST restaurée. À la suite de deux réussites, dans le « fantastique » ( Les Amants d’outre-tombe , 1965) et le western ( Un train pour Duran...

For the Daemon : Cérémonie secrète

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  « Buvons un verre » à la santé de Salomé, décapiteuse presque capiteuse. In Berlin by the wall You were five foot ten inches tall Lou Reed 1 Au siècle passé, à la TV, en présence de l’une des intéressées, Bernadette Lafont, pour ne pas la citer, un Gilles Jacob froidement énervé affirmait, à propos de La Maman et la Putain (Eustache, 1973), qu’il s’agissait d’un non-film non réalisé par un non-cinéaste. On pourrait, aujourd’hui, reprendre et renverser la formule, en faire une indication/invitation et non plus une condamnation, car For the Daemon (2018) explore le pays de la poésie, autant qu’il prolonge les précédents travaux de Brieuc Le Meur, disons ceux disponibles en ligne. En réponse à un désir de « narration classique », l’artiste polyvalent propose l’argument suivant : Cordt Hammer is a journalist who finds himself amidst a feminine revolution as possibly the last man on Earth. Is it a dream? Is this reality? We follow him...

La Collectionneuse : On se calme et on boit frais à Saint-Tropez

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Coucher le premier soir ou se séparer soulagés, oublieux des au revoir. En France, en 1967, on ne plaisantait pas avec l’accès aux cinémas. Voilà par conséquent une œuvre du pudique Éric Rohmer interdite aux moins de dix-huit ans, diantre. En 2018, en France, la décision de classification semble surréelle, surtout à l’heure où les pouvoirs publics se préoccupent d’une supposée dépendance juvénile au X en ligne. Bien avant que la Clara de calendrier du Fred Coppula homonyme s’échine en 2001, une svelte « salope » sème la zizanie, pas celle de Zidi, certes moins leste, entre deux amis oisifs et parasites. Dans une villa sudiste guère sadienne se déroule mine de rien une sorte de huis clos sartrien, marivaudage de classe d’un autre âge dissimulant clairement une peinture de l’enfer solaire. Le sous-titre de cet article adresse un salut de saison à l’irremplaçable Max Pécas mais l’on pouvait utiliser l’intitulé original de Meurtre au soleil (Hamilton, 1982), à savoir Ev...