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Affichage des articles associés au libellé Ken Loach

Bodhi et Body

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  Exils # 162 (28/01/2026) Découvrir Pourquoi Bodhi-Dharma est-il parti vers l’orient ? (Bae Yong-kyun, 1989) vingt-sept années après sa sortie s’apparente presque à de l’archéologie, consiste à revenir aux origines de la vague occidentale du cinéma sud-coréen, débutée au terme du siècle. Derrière la caméra se dissimule un homme-orchestre capable d’occuper tous les postes principaux, à l’exception de la composition et de l’interprétation. Né en 1951, Bae consacre beaucoup de temps, un peu moins de dix ans, à ce film quasi unique, comme l’on dit d’un fils, tels La Nuit du chasseur (Laughton, 1955) ou Les Tueurs de la lune de miel (Kastle, 1970), en écho au minot orphelin à dessein. Le peintre aux études accomplies à Paris puis le professeur d’enseignement supérieur catholique fréquenta autrefois l’université de Dongguk, établissement bouddhiste situé à Séoul, c’est-à-dire la même qu’un certain Choi Min-sik, l’acteur majeur d’ Ivre de femmes et de peinture (Im Kwon-taek, 2002)...

L’Odysseydou

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  Exils # 17 (29/01/2024) Voici la vie dure du pourtant prénommé Seydou. Commencé sur un sommeil malmené, à cause d’une sœurette guillerette à la perruque suspecte, de ses amies en chorale bancale réunies, l’ultime film du réalisateur des recommandables Gomorra (2008) et Dogman (2018), du dispensable a priori Reality (2012) se termine sur un plan presque poignant, visage souriant et larmoyant du capitaine d’opérette, repéré en pleine mer, surplombé par un sécuritaire hélicoptère, accord de contraires à la John Woo itou. Du rêve au réel, le prix à payer s’avère vite élevé, traversée du désert mortuaire et suspension en vraie-fausse prison incluses, comme si le Leone du Bon, la Brute et le Truand (1966) croisait la (dé)route du Pasolini de Salò ou les 120 Journées de Sodome (1976). « Naïf » adolescent de seize ans, dixit sa maman se démaquillant, de tout son cœur le recadrant, notre Candide du Sénégal ne songe qu’à se faire la malle, histoire d’aider la précitée, e...

L’Anglais

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  Silhouette ou quartette, musico et peut-être mec honnête… John Cameron composa donc une poignée de pièces assez irrésistibles de library music , exercice de style difficile, sinon stérile, dont un diptyque addictif, à la sensualité de « soleil liquide » et de céleste vocaliste seventies , en partie découvert jadis par votre serviteur via une publicité télévisée. Il ne céda cependant à la paresse de « rêveries oubliées à demi », jaillit du jazz , passa par la pop , s’occupa de comédie musicale, par exemple les increvables Misérables du tandem Boublil & Schönberg, se soucia aussi de classique. Collaborateur de Donovan, Hot Chocolate ou José Carreras, Cameron écrivit, conduisit et produisit ainsi, souvent avec discernement, pour le petit et le grand écran, signa en sus moult arrangements. Moins renommé que son compatriote, un autre John, Barry, en tout cas ici, il ne démérite néanmoins, prend sa place parmi une estimable liste, celle d’artistes britanni...

La vie est un long fleuve tranquille

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  Un métrage, une image : Madres paralelas (2021) Pendant le prologue, Penélope se prend un peu pour Faye ( Les Yeux de Laura Mars , Kershner, 1978), Cecil Beaton contre Helmut Newton, puis se soucie subito du squelette d’un ancêtre. Le cinéaste septuagénaire ainsi déterre les fossiles du franquisme, marronnier mimi de l’ in situ cinématographie, sorte de Vietnam d’Espagne, citons les noms d’illustrateurs illustres, ceux de Buñuel ( Viridiana , 1961), Saura ( La Chasse , 1966), del Toro ( L’Échine du Diable , 2001 + Le Labyrinthe de Pan , 2006) ou Malraux ( Espoir, sierra de Teruel , 1940), Loach ( Land and Freedom , 1995), Aurel ( Josep , 2020). En vérité, la division passée, presque sous silence, recherche de hochet, d’alliance, se réduit à un moralisme intime, intimiste, bancal, national, assorti d’un soupçon de saphisme, sur le Summertime de Janis Joplin. Téléfilmé, anémié, désincarné, dépassé, Madres paralelas enfonce des portes ouvertes alors qu’il ...

Black Jack : Family Life

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  Jeunesse en détresse, route en déroute ? Voyage sans bagage, digne d’hommage…    Film d’enfance en souffrance, de folie prophétie, (ré)écrit seul cette fois-ci, fi de Paul Laverty, Black Jack (1979) manque de rythme, de mouvement, s’avère néanmoins charmant, émouvant. Kenneth Loach, qui ne pratiquait pas encore l’apocope, adapte un bouquin de Leon Garfield, admirateur a priori mineur de Dickens & Stevenson, confie la direction de la photographie à Chris Menges ( Le Camion de la mort , Cokeliss, 1982, Mission , Joffé, 1986 ou The Reader , Daldry, 2009), remarquez les remarquables contre-jours et clairs-obscurs, les surcadrages et l’utilisation à bon escient de la profondeur de champ ou plus souvent de son écrasement, confie le rôle-titre à Jean Franval, la même année chez Giovanni ( Les Égouts du Paradis , 1979), bientôt mémorable Vitalis d'un Sans famille à la TV, recrute itou David Rappaport, petite silhouette muette, plutôt que précieux compagnon du ...

De bruit et de fureur : Mon poussin

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jean-Claude Brisseau. C’était une douce habitude jadis que de revoir des films, elle se perd. Baudrillard, Amérique En 1986, après cinq ans de mitterrandisme, les flics français ne manifestaient pas déjà devant l’Assemblée, mais ils se faisaient fissa « caillasser », une assistante sociale aussitôt démissionnait, menacée à domicile au flingue in fine rigolo, puisque pistolet à eau, fi du sentimentalisme dépressif de la pionnière série Pause café . Chaque plan impeccable, implacable, le « débutant » Brisseau cadre au cordeau un mélodrame familial très vite (dé)tourné vers l’antique, le mythe, la tragédie-pédagogie triviale, spectrale. Incarnée par « l’accoucheuse », c’est-à-dire la monteuse (et costumière et décoratrice) María Luisa García, aka Lisa Hérédia, actrice moins mutique et assembleuse aussi chez le cher Rohmer ( Le Rayon vert , 1986 ou Conte de printemps , 1990), ...

Moi, Daniel Blake : Un monde sans pitié

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Ken Loach. Dès le début, un modèle de dialogue dérisoire et drolatique, la voix du survivant s’élève d’entre les ténèbres et donc d’outre-tombe : Moi, Daniel Blake (2016) ou la « chronique d’une mort annoncée », durant un instant de ciné, de solidarité(s) dissipée, in extremis , sur le seuil de la justice, vite définitive, au miroir mouroir, aux toilettes suspectes. Blake ne se prénomme William et ne cède au Ciel, se fiche de l’Enfer, de leur mariage, le sien, tout sauf parfait, fi d’enfant, démoli par la cyclothymie, la maladie, puis par un deuil le laissant « perdu », démuni. Ce charpentier ne s’appelle pas non plus Joseph et sa Marie Madeleine à lui répond au nom de Katie, elle fera in fine la putain afin d’alimenter, de réchauffer ses attachants gamins. Tandis que le pharisaïsme du capitalisme étudie son dossier, que Cameron mime Caïphe, Daniel, peste d’ancêtre prophète, ne fuit des fauves, Suza...

Invasion Los Angeles : Studio 54

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  Ils vivent et vous crevez, leurs semblables (se) divertissent et les vôtres périssent…   Un individualiste nihiliste, John Nada ? Plutôt un type qui ne possède rien, à part des outils et des valeurs, pas seulement de travailleur. Un artiste anticapitaliste, John Carpenter ? Davantage un citoyen américain, écœuré par le caractère «  unrestrained  » du libéralisme reaganien. Invasion Los Angeles (1988) (entre)croise ainsi les colères et les cartographies de Ken Loach & Marco Ferreri, dialogue à distance avec Conte de la folie ordinaire (1981) et Bread and Roses (2000), pareils portraits, associés, dissociés, entre luttes et tumultes, d’une ville à la dérive, en partie paupérisée, exploitée, par conséquent dépourvue de sa patine pasteurisée, ripolinée, au ciné, à la TV. Placé sous le double signe du dessillement, de l’épuisement, l’ opus comporte en plus un prêcheur aveugle, comme si la lucidité, en définitive, appartenait aux non-voyants très cla...

Jacqueline : Quatre mains, deux claviers

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  Dialogue en duo, script en stéréo… Où sont mes racines Nashville ou Belleville Eddy Mitchell 1 Générique (de début) Elle s’appelle Jacqueline Waechter, je me nomme Jean-Pascal Mattei. On la sait Parisienne, on me situerait Marseillais. Les parcours nous séparent, la correspondance nous rapproche. En tandem , à distance, nous tenons des carnets de bord, de notre survivance, de nos réminiscences. Nous aimons le cinéma, pas toujours le même, pas toujours pour les mêmes raisons. J’esquissai son portrait, je lui proposai de réfléchir à sa cinéphilie. Ce qui suit constitue, en sincère simplicité, le témoignage créatif d’une amitié, au-delà de la virtualité.       2 Mon cinéma à moi 12 questions, 12 réponses Votre tout premier souvenir de ciné ? Un Laurel & Hardy, un souvenir précis, entre fou rire et chaudes larmes, la première fois que je me suis sentie en décalage avec une foule, je devais avoir quatre ans, je pleurais alors que les autr...