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Affichage des articles associés au libellé Serge Reggiani

Pain et Madeleine

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  Exils # 142 (19/11/2025) Aseptisée, désincarnée, illustrative, translucide, cf. la célèbre scène de la « tempête crânienne » : on peut préférer sans regret la robustesse de Bernard ( Les Misérables , 1934) ou le pessimisme de Hossein ( Les Misérables , 1982) à l’échantillonnage de Le Chanois ( Les Misérables , 1958). Malgré ses trois heures de familiers malheurs, sa version va trop vite, survole son sujet, rabotage de montage, deux heures ailleurs de tumultes et de chutes, ressemble à une bande-annonce soucieuse de ne déranger personne, de quoi donner raison de facto au pamphlétaire Truffaut. La discutable et discutée « qualité française » mise en cause par l’un de ses futurs représentants, même différemment, s’acoquine ici au fameux, sinon sinistre, professionnalisme allemand, car co-production de bon ton, figurants de la DEFA disons à ouf, capables de remplir avec rigueur le(s) cadre(s) de la bataille des barricades, l’Italie investit aussi. Dès le ...

La Quête corse

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  Exils # 111 (03/06/2025) « Aucun sanglier n’a été blessé durant le tournage » : à notre connaissance, la mention ne figure ni au final générique ni sur IMDb sous la rubrique crazy credits . Après le prélude programmatique, crescendo sonore de cigales infernales tu(é)es net, la première séquence associe Dardenne et dépeçage, puisque l’héroïne, de dos filmée, sa chevelure dévoilée, s’attaque à un cadavre illico , reçoit sur le visage quelques gouttes de sang et l’accolade baptismale d’un parent. Elle annonce aussi et ainsi la conclusion d’exécution, avec perruque et teinture, eau minérale locale et mansuétude létale. Déjà séparée à l’insu de son plein gré du petit ami, Lesia, pas Rosetta, une pensée pour Émilie partie, demi-orpheline docile, perd donc en plus le papa, qui mit une vingtaine d’années à venger le trépas tout sauf naturel de son propre paternel, tandis que l’un des tueurs à moto apprécie sa paternité presto, avant de se faire dessouder, peluche premi...

La Tour Montparnasse infernale

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  Un métrage, une image : L’Imprécateur (1977) Comédie assombrie aux étoiles locales et construite en boucle bouclée, c’est-à-dire en accident dédoublé, anticipé, en replay , pas celui des Choses de la vie (Sautet, 1970), avec déjà Piccoli, plutôt du nouveau Boîte noire (Gozlan, 2021), autre item de corporatisme et de conspirationnisme, ce métrage méconnu mérite à moitié d’être vu. Coadaptateur de Buzzati, ( Le   Désert des Tartares , Zurlini, 1976), au fantastique plus existentialiste, Bertuccelli commit aussi, deux ans auparavant, Docteur Françoise Gailland (1975), médiocre mélo médico-onco qui permit à Annie Girardot de décrocher un César illico . Avocat de la vraisemblance, adepte de la monstration et non de la démonstration, l’idéologie, au tapis, le filmeur éphémère transpose ici un bouquin à succès, dû à un romancier divisé, puisque René-Victor Pilhes, je schématise à dessein, homme de gauche aux activités de droite, passé par l’Algérie et Air France, la CG...

Quelques mots d’amour

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  Da ba da ba da ? Dabadie, pardi… Comme Houellebecq, Poe se pensait poète ; la postérité, on le sait, ne le suivit ici. De Dabadie , décédé voici deux années, demeurent donc des mots, ceux d’un parolier, doté d’un spécialisé pedigree , plutôt que d’un aède, ne lui en déplaise. Romancier contrarié, « à l’abri du succès », dramaturge par intermittence, point trop n’en faut, par exemple pour Annie Girardot, bien sûr scénariste, sinon dialoguiste, citons un paquet de collaborations avec Robert, Sautet, de Broca, Pinoteau ou Jean Becker, jusqu’au récent Les Volets verts (2022), transposition de Simenon, quelques tandems, au côté de Delannoy, Nadine Trintignant, Truffaut, Rouffio, Lautner, Girod ou Lelouch, ce modèle d’élégance, pas seulement vestimentaire, surtout littéraire, de modestie aussi, décoré, récompensé, académicien, rien de moins, commit en sus, alors soldat du mercredi, des sketches de Bedos, deux ou trois autres choses, retracées selon ses soins ser...

L’Italien

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  Baryton de bon ton, anthologie jolie… À ma mère Ce soir-là on sortait d’un cinéma La Chanson de Paul En 1922, Reggiani naquit. En 2022, que reste-t-il de lui ? D’abord des rôles, surtout ceux au ciné, qui s’étendent sur une cinquantaine d’années. On vit ainsi Sergio chez Ophuls ( La Ronde , 1950), Jacques Becker ( Casque d’or , 1952), Le Chanois ( Les Misérables , 1958), Duvivier ( Marie-Octobre , idem ), Comencini ( La Grande Pagaille , aka Tutti a casa , 1960), Visconti ( Le Guépard , 1961), Melville ( Le Doulos , idem + L’Armée des ombres , 1969), Clouzot ( L’Enfer , 1964), Enrico ( Les Aventuriers , 1965 + Les Caïds , 1972), Sautet ( Vincent, François, Paul... et les autres , 1974), Ferreri ( Touche pas la femme blanche , idem ), Carax ( Mauvais sang , 1986), liste subjective non exhaustive. On l’entendit aussi, puisqu’il se piqua, au mitan de son temps, d’un second type d’interprétation, à l’écart de l’écran choral, au creux de l’écrin vocal. Reggiani chan...