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Affichage des articles associés au libellé Jean Delannoy

Dix ans d’une nuit blanche

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Exils # 153 (06/01/2026) Construit en boucle bouclée, tour Eiffel surcadrée au carré, La Minute de vérité (Delannoy, 1952) documente le conservatisme de la France des années cinquante, dit adieu à l’idéal, pas seulement pictural et sentimental, remarquez la composition explicite de l’ incipit , perspective de ville depuis une fenêtre ouverte, en somme à la Caillebotte. On (re)pense à Montparnasse 19 (Becker, 1957), co-écrit par un non crédité Henri, on songe surtout de La Fête à Henriette (Duvivier, 1952), making-of méta de scénaristes en goguette et tragi-comiques marionnettes, idem dialogué par Jeanson en situation, car le couple en déroute commente en voix off et piste de disque son parcours d’amour. Ses répliques sarcastiques font sourire, la « comédie légère » et douce-amère de décisif anniversaire évite en définitive le « vaudeville », résume à bon escient Madeleine Vincent, comédienne sur scène et actrice à domicile, femme in fine aussi (in)fidèle ...

La Belle Marinière : Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques

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  Poussière d’hier ? Ocarina sympa… Personne et surtout pas moi ne prendra Lachman pour Vigo ni La Belle Marinière (1932) pour L’Atalante (1934). Pourtant cet opus incomplet, de quatre bobines délesté, donc disons dépourvu d’une quarantaine de minutes, mérite un court article, car il s’agit d’un sauvetage symbolique. Produit par Paramount, cru perdu, retrouvé chez UCLA, restauré grâce au financement participatif, au beau boulot en duo des spécialistes Lobster & Diapason, voici un succès en salles ensuite fissa disparu, dont la noyade diégétique, la rescapée parisienne, la séparation masculine in extremis , ainsi vogue la félicitée péniche, se disent adieu les amis amoureux, renvoient vers le destin de l’ item , par extension illustrent la mécanique amnésique du cinéma, pas que celui d’autrefois. Sur le miroir de l’écran d’antan, les fantômes se reflètent au carré, célébrés, enterrés, ressuscités, se foutent foutrement, au-delà de leur exhumation, de la question de leu...

Gervaise : Parasite

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de René Clément. Fracassés par Truffaut puis réhabilités par Tavernier, Aurenche & Bost zozotent Zola. Ce résumé pasteurisé, récompensé, d’un Assommoir à scandale, à succès, mériterait d’être « voué aux gémonies », puisque représentatif du « cinéma de papa », exemplaire de la fausse fidélité, de l’exécrable « qualité », des produits désincarnés, « bourgeois », de ce temps-là ? Pourquoi pas, position pleine de « passion », de « parti pris », admettait lui-même, in extremis d’un fameux article, le pas encore apôtre de Hitchcock, point de vue acceptable, discutable, pourtant incomplet, cependant insuffisant, qui renforcerait les faiblesses de Gervaise (René Clément, 1956), affaiblirait ses forces. Notre tandem de scénariste/dialoguiste assez stakhanoviste signera aussi, en simultané, La Traversée de Paris (Autant-Lara) + Notre-Dame de Paris (De...

C’est pas toujours du caviar : Quelque part en Europe

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Géza von Radványi. On se souvient ou non que le scénariste Henri Jeanson accusa Clouzot d’avoir « fait Kafka dans sa culotte », bon mot scato à faire défaillir Truffaut and Co. , guère fanatiques de ses répliques. Voici par conséquent sa réponse au sérieux et dispensable Les Espions (1957), sous la forme d’un distrayant divertissement franco-allemand. Filmé de manière très soignée, appréciez la direction artistique de Herta Hareiter, la direction de la photographie de Friedl Behn-Grund & Göran Strindberg, produit par l’incontournable Artur Brauner, financier de Fritz Lang ( Le Tigre du Bengale + Le Tombeau hindou , 1959), de Dario Argento ( L’Oiseau au plumage de cristal , 1970) ou de Jess Franco ( Vampyros Lesbos + Crimes dans l’extase , 1971), tiré du roman d’un ancien chimiste, d’où, sans doute, le souple personnage suisse homonyme, C’est pas toujours du caviar  comporte un casting chor...

Félicie Nanteuil : Maryline

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La star et le poissard, le répertoire et le corbillard, le hasard et le brouillard… Moins singulier qu’Yves Allégret ( Une si jolie petite plage , 1949, Manèges , 1950, Les Orgueilleux , 1953), notre Marc homonyme commit Fanny (1932) ; avec Félicie Nanteuil (1945), il semble associer Entrée des artistes (1931) à La Demoiselle et son revenant (1952). La psychologie se substitue ainsi à la sociologie, la culpabilité remplace la théâtralité. En termes cinématographiques, on passe par conséquent de My Fair Lady (George Cukor, 1964) à Hantise (George Cukor, 1944). Co-écrit par le scénariste Curt Alexander ( Liebelei , Max Ophuls, 1933) et le dramaturge Charles de Peyret-Chappuis (répliques de Ce corps tant désiré , Luis Saslavsky, 1959), dialogué par Marcel Achard, collaborateur régulier du réalisateur, aussi auteur de Madame de… (Max Ophuls, 1953), le métrage éclairé par Louis Page ( Espoir, sierra de Teruel , André Malraux, 1945, L’Amour d’une femme , Jean Grémillon...

Quasimodo : La Gitane

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de William Dieterle. Programmation opportuniste de psychodrame médiatique, ce téléfilm friqué rassemble des gens de talent pour un résultat frisant l’inexistant. Walter Plunkett aux costumes, Darrell Silvera aux décors, Van Nest Polglase à la direction artistique, Joseph August à celle de la photographie, William Hamilton & Robert Wise au montage, Alfred Newman à la musique, Pandro S. Berman à la production + le magot de la RKO : tout cet estimable-respectable aréopage ne parvient point à transcender un opus pasteurisé, inoffensif, révisionniste. Sonya Levien, la solide scénariste de Quo Vadis (Mervyn LeRoy, 1951), autre adaptation davantage réussie de pavé prosélyte, ici accompagnée du romancier allemand Bruno Frank, ne se contente pas de remodeler la cathédrale hugolienne, jadis exécutée par un certain Balzac, à laquelle on peut préférer son homologue proustienne, passons, de la faire finir bien, Seign...