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Affichage des articles associés au libellé Pierre Étaix

La propriété, c’est le fol

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  Exils # 51 (23/09/2024) « Mon rôle de voleur le plus célèbre et l’un des plus réussis » résume de manière laconique l’acteur au cours du bel et anecdotique album photo Belmondo par Belmondo , publié par Fayard en 2016. Il développe un peu dans le non vital Mille vies valent mieux qu’une , même éditeur et millésime, dit qu’il « adore » ce « personnage ténébreux et cynique », se dit « agacé » de l’échec économique et critique, affirme que le film se verra « réhabilité » au fil des années. Alors en lutte contre une presse à potins putain (pléonasme), en raison de sa (longue) liaison avec une certaine Ursula Andress, « tigresse ultra-sportive », je cite mais je ne confirme, au passage présente à la première du Malle, le comédien guère acclamé du Conservatoire tourna déjà Cartouche , ne se soucie pas encore de Mesrine (ni de Céline), va bientôt se viander avec Resnais, puisque l’estimable Stavisky , qu’il produit aussi, cons...

Pickpocket : I Confess

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Jeanne plus pucelle et   Michel fantôme miroité… En redécouvrant en version restaurée Pickpocket (1959) « de Robert BRESSON », je repensais hier soir au Samouraï (Jean-Pierre Melville, 1967), à La Tête d’un homme (Julien Duvivier, 1933), à Un homme qui dort (Georges Perec & Bernard Queysanne, 1974), à American Gigolo (Paul Schrader, 1980) et à L’Étranger , celui d’Albert Camus, pas celui de Luchino Visconti, sorti en 1967. Dans le sillage de Simenon, Bresson donc en traducteur de Dostoïevski ? Oui et non, puisque pas d’assassinat ici, nul double « féminicide », comme on dit désormais, pas plus de pratique prostituée ni de déportation en Sibérie. Ermite cultivé d’un taudis à Paris, Michel, point un petit saint, ne terrasse pas l’Adversaire d’Emmanuel Carrère, Satan jadis symbolisé en Dragon, il préfère délester de son fric, baptême pragmatique, une spectatrice chic de course hippique. Allégé par la lourde liasse de billets, il se fait tout...

Cadet d’eau douce : Mississippi Burning

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Chas. F. Reisner. Dans cette fable aimable sur le capitalisme et la paternité, le corps atone de Keaton étonne, détonne, cartonne (et chantonne !) – Buster ou celui que l’on attend, que l’on rate, qui tombe, qui s’échappe. La dualité contradictoire du film et de la figure se lit dès le surnom devenu prénom : faire exploser/faire banqueroute. On le sait, Steamboat Bill, Jr. ne devint guère un blockbuster , il parapha plutôt le naufrage de la boîte de Buster, bientôt suivi de son embarquement de régiment à la MGM. Suicidaire, le Buster, surtout durant la célèbre cascade de coda ? Peut-être, en tout cas assurément destructeur, via un argument de fils prodigue (ou presque) revenu délivrer (outillé, déguisé en boulanger) son papounet emprisonné, le soustraire à une tempête possiblement biblique, pensons à la Jezabel de Las Vegas affrontée par le sinner Santoro dans Snake Eyes . Reisner, collaborateu...

Angel Dust : Les Ailes du désir

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Un ange gardien ? Plutôt une Parque patraque… Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères, Des divans profonds comme des tombeaux, Et d’étranges fleurs sur des étagères, Écloses pour nous sous des cieux plus beaux. […] Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes, Viendra ranimer, fidèle et joyeux, Les miroirs ternis et les flammes mortes. Guillaume Foresti connaît-il La Mort des amants de Charles Baudelaire ? Sans doute et sinon peu importe, tant les œuvres en général et celles-ci en particulier se répondent à distance, presque en dépit de leurs auteurs. La première édition des Fleurs du mal date de 1857 et Angel Dust de 2005 : cent quarante-huit ans (et des poussières, d’ange, évidemment), cela représente quoi ? Rien « sous l’aspect de l’éternité » (pontifierait Spinoza) et pas grand-chose vu du ciel (majuscule optionnelle), celui où se tient l’ange au féminin adepte de l’automutilation, comme un écho à la peau chirurgica...

Rumba : La Belle et le Clochard

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy. Peut-on sourire à un drame ? Peut-on s’émouvoir à une comédie ? Bien évidemment, et Rumba répond deux fois oui. Franchement, les feel good movies , on s’en contrefout, mais celui-ci ne se soumet pas à la loi du marché anesthésiant, rassurant, écœurant de cynisme. Si vous croyez encore que le cinéma sert à consoler, à dépayser, à s’illusionner, passez votre chemin mesquin. Si, au contraire, vous exigez d’un film qu’il vous amuse et vous remue sans vous mentir, sans embellir votre fragilité, votre mortalité, sans omettre vos capacités de résistance, d’élégance, alors filez vite découvrir par vos propres moyens ce grand petit chant d’amour dansé, chorégraphié, filmé au cordeau, à fleur de peau. Vous penserez peut-être à Pierre Étaix, peintre tragi-comique du couple. Vous songerez qui sait à Jacques Tati, portraitiste de plage fantaisiste. Am...

Le Grand Amour : La Secrétaire

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Pierre Étaix. Cela commence comme La Femme d’à côté , par un survol panoramique de paysage plat (et une chanson de trahison, de désamour, de retour à la raison des sentiments) ; cela se poursuit comme Le Roman d’un tricheur (liberté du récit subjectif, le téléfilm L’âge de Monsieur est avancé rendra aussi hommage à Guitry en 1987) puis L’Homme qui aimait les femmes (gynécée des conquêtes imaginé réuni à l’église, en relecture du chapelet masculin des Tontons flingueurs ) ; plus tard, le portrait à charge de la province française (Tours, ville à l’atmosphère « candide, lénifiante et agréable » dixit l’auteur récemment revenu sur les lieux du tournage), marécage de mariage (par hasard, par paresse, par convention), d’héritage (une entreprise de tannerie), de médisances (commères à la Hopper & Parsons) évoquera Chabrol. À l’instar de l’exégète hitchcockien, Étaix se moque d...