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Affichage des articles associés au libellé Statut de l'invisible

L’Ésotérique et le Tragique

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  Exils # 31 (15/05/2024) Imagine, au moins un moment, le monde tel un multiplexe. Au creux coûteux des salles commerciales, cavernes modernes aux ombres peu profondes, durant des séances de cynisme plutôt que de spiritisme, à l’unisson, à profusion, défilent les films, les frimes, les images mirages du mondialisé formatage s’animent. Un spectateur esseulé, arrivé trop tôt ou trop tard, pas patients au milieu des calmes couloirs, cet invisible tissu sonore pourrait percevoir. Démuni d’harmonie, délesté d’horizon, au profit de la juxtaposition, fourni par défaut, voire provoqué par l’épouvante du silence, le montage acoustique, pas si anecdotique, a priori privé de sens, ressemble aux stations de radio, captées et dépassées illico presto, aussi successives qu’évanouies, émissions mutilées parmi la nuit. Il ne s’agit ici d’écouter des messages codés, par Cocteau concoctés, à l’abri de l’habitacle, poésie programmatique d’Occupation métaphysique, mais d’expérimenter la superpositi...

Ordet : Le Prince de Jutland

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  Comment formuler/filmer l’ineffable ? Avec le maximum de familiarité… Une horloge morose, après arrêtée, relie ainsi ces extraits de Ordet (Dreyer, 1955). Pendant la première scène, la pendule à la Baudelaire s’accorde au dialogue domestique, métaphysique, le scande en sourdine, résonne aussi au sein du silence du studio, du vent en postsynchro, salut à Sjöström ( Le Vent , 1928), et l’on se souvient illico que Kim Novak dévoilera à vive et invisible voix de Vertigo (Hitchcock, 1958) sa persona , monologue mené, minuté, au métronome, au cours d’un second conte de cette fois-ci fausse résurrection, de femme affable, toutefois pas en cloque, en effet revenue « d’entre les mortes », titre d’origine et au masculin du bouquin un brin anodin de Boileau & Narcejac. Alors que l’oncle et la nièce, assis parmi la pénombre de la pièce, se font une impensable promesse, parlent de choses graves avec légèreté, complicité, bises bis , proximité poignante d’un adulte et...

Kongo : Ils sont fous ces sorciers

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Florilège de sortilèges ? Disons démon de la mondialisation… Tu sais grand-père ici ils ne croient pas À ces choses-là Yannick Noah On sent quelque chose derrière les choses Laurent Voulzy Commencé sous la pluie puis épilogué sous l’eau, le court Kongo ( Hadrien La Vapeur & Corto Vaclav , 2019) retrouve via une voie diverse le cœur obscur de Conrad. Portraituré  in situ et en tandem parmi une « république des ténèbres », aux dispensables et redoutables « sorciers » classés conservateurs, méfie-toi des « féticheurs », un « apôtre » progressiste et paupérisé, « guérisseur » accusé de pénible procès, se laisse par conséquent accompagner, au sein de   son quotidien guère serein. Au Congo désormais exorcisé du colonialisme occidental demeurent en effet des « diables », dont se débarrasser en solo et en société, des « esprits » nocifs à fissa embouteiller. N’en déplaise à ...

Ars : Priez pour nous

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Curiosity de sacristie ? MK2 « au plus haut des cieux »… Demy avant Demy : film de commande pour Les Productions du Parvis, pardi, ultime court métrage précédant de deux ans le premier long Lola (1961), Ars (1959) se consacre – terme connoté – donc au célèbre curé, qui d’ailleurs détestait (voir) danser, cette citation explicite, utilisée, dut stupéfier le cinéaste : « Les personnes qui entrent dans un bal laissent leur ange gardien à la porte. Et c’est un démon qui le remplace ; en sorte qu’il y a bientôt dans la salle autant de démons que de danseurs », quel malheur. Demy lui-même démontrait une sévère lucidité envers son sujet, sa morale estimée « tout simplement effrayante », amen , son « fanatisme » pour ainsi dire truffaldien, mine de rien, puisque correspondance à distance entre le christique d’Ars et le critique de Arts  : « Un type qui prend la parole et qui parle un peu plus fort que les autres ...

Le Cinéma, forme de l’esprit : Au-delà du réel

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Commentaire de texte ? Dialogue à distance… Les Français ont besoin de savoir qu’on les aime. Ils ont un président qui les aime. Brigitte Macron Montage Extraits d’un article de Roger Gilbert-Lecomte , paru en 1933 dans la revue Les Cahiers jaunes , numéro 4, repris en 1974 via les Œuvres complètes , tome I, chez Gallimard : Le cinéma n’existe pas : il doit naître ou mourir. Je ne suis pas un « technicien » du cinéma mais un « technicien » de l’essentiel je veux dire de l’esprit humain essentiellement. Rechercher les obstacles qui s’opposent à l’existence du cinéma c’est exactement faire le procès de la société contemporaine, de l’esprit moderne, de la civilisation occidentale. Dictature absolue du capital : de production onéreuse mais source immédiate de gains le cinéma est uniquement une industrie (régime de la concurrence et des trusts) et comme tel soumis au seul critérium des « bénéfices » qu’il peut procurer. Il doit au nationali...

L’Œil qui ment : Voir, savoir, pouvoir

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Perception de la phénoménologie, tant pis pour Merleau-Ponty.   Je voudrais une Histoire des Regards. Roland Barthes, La Chambre claire : Note sur la photographie Qui regarde quoi, au cinéma ? Que voit un regard caméra ? Quel vis-à-vis se situe hors-champ ? Questions stratégiques, tout sauf rhétoriques. À l’ultime plan monté, ensuite zoomé, immobilisé, des Quatre Cents Coups (1959), Jean-Pierre Léaud, coureur juvénile au bord de l’eau, avise-t-il le réalisateur François Truffaut, le directeur de la photographie Henri Decaë, l’opérateur Jean Rabier, lui-même d’ailleurs futur DP pour Claude Chabrol, le spectateur en salles, de festival, international, à domicile, désormais en ligne ? Rien de plus subjectif que de fixer l’objectif, de lui renvoyer, pour ainsi dire, sa focalisation d’oraison, puisque le cinéma momifie le mouvement, abonde André Bazin, dédicataire du coup d’essai aux abords de l’autofiction, car il faisait, en tout cas au sièc...