Articles

Affichage des articles associés au libellé Tinto Brass

Cachez ce bassin que je ne saurais revoir

Image
  Exils # 160 (22/01/2026) André Bazin, un poil (pubien) puritain, tu ne filmeras le sexe et la mort, d’accord, ne parvenait à séparer la nudité (godardienne ou non) de Brigitte Bardot de celle de ses personnages, comme incapable de comprendre qu’au cinéma, y compris pornographique, il s’agit toujours d’images, de représentations (donc de constructions individuelles, culturelles), de points de vue, jamais de chair promise à la poussière, à humer, goûter, toucher en (dans la) réalité. Auto-adaptation (et autofiction) d’occasion, comédie méta, satire poussive, Bad Director (Roelher, 2024) se moque du voyeurisme (hitchcockien ou onaniste), prend acte du cahier des charges de la moderne morale. Déjà responsable ou coupable, suivant le degré d’indulgence de la perspective critique, d’une traduction anecdotique ( Les Particules élémentaires , 2006), d’une évocation invalide ( Goebbels et le Juif Süss : Histoire d’une manipulation , 2010), d’un biopic insipide ( Enfant terrible , 202...

Voir Venise et crever

Image
  Exils # 80 (12/02/2025) Venise livide, avortements révoltants, prêtre pervers : Solamente nero (Bido, 1978) évoque davantage Mais… qu’avez-vous fait à Solange ? (Dallamano, 1972) que d’autres titres tournés in situ , plus connus et reconnus. Adieu donc à Lado ( Qui l’a vue mourir ? , 1972), Roeg ( Ne vous retournez pas , 1973), Visconti ( Mort à Venise , 1971), coucou à Hitchcock, auquel l’ item dérobe la coda de Sueurs froides (1958), annexe le dilemme de La Loi du silence (1953), l’assassin thompsonien de L’Ombre d’un doute (1943). Plutôt préoccupé de culpabilité décuplée, partagée, in extremis assumée, dédoublement stimulant + suicide en prime, que de mortalité matérialisée au sein malsain de la célèbre cité, Terreur sur la lagune constitue en l’état une étude de cas et de climat, démontre l’immoralité du moralisme, affirme en filigrane l’effroi de la fraternité. Variation vénéneuse sur le tandem d’Abel & Caïn, parce que les orphelins le valent bien,...

Annick aime les sucettes

Image
  Exils # 9 (12/12/2023) Juliette Gréco jugeait misogyne l’émouvant et amusant Jolie môme , sa plaisante appropriation une façon de s’en réapproprier la féminité supposée maltraitée, de lui rendre son inexistante innocence en complice sororité. Que pouvait-elle penser, si encore la chanson d’exception elle connaissait, de Ton style , instrumental   recalé destiné a priori à Jean-Pierre Mocky, radical mélodrame – au sens étymologique de drame musical, au sens esthétique d’étude sociale – qui sans se soucier une seule seconde de sociologie, Dieu merci, tant pis pour l’affirmé anarchisme, résumait à lui seul les années soixante-dix, leur lyrisme dépressif carburant à la mélancolie, après l’euphorie de la précédente décennie, en dépit, certes, des dernières infamies de la guerre d’Algérie. Comme si soudain, du jour au lendemain, de midi à minuit, l’occidentale société dessoûlait, pénétrait de plain-pied au creux d’un cauchemar plus ou moins climatisé, Henry Miller very vénère, ...

L’Année sainte

Image
  Un métrage, une image : Un flic voit rouge (1975) Un acteur et une actrice aux traits lisses, issus illico du roman-photo ; deux lignes narratives a priori indépendantes, en définitive réunies sous le signe de la dépendance ; du manichéisme à la place de l’anticapitalisme : le film de l’ancien directeur de la photographie affiche de factuels défauts, toutefois il affirme en sourdine un spleen spécifique au ciné des seventies , un lancinant désenchantement en signe des temps, une violence sèche qui le rachètent, le munissent d’une mélancolie made in Italy, non démunie d’amour ni d’humour, d’action ni de réaction, ainsi rétive à la stérile sociologie, que soulignent certaines notes habiles et ad hoc du second Stelvio, revoici Cipriani . Succès à sa sortie en salle, premier volet d’un diptyque, Mark il poliziotto portraiture durant quatre-vingt-dix minutes d’épure un policier singulier, désigné/défini selon l’exotisme d’Amérique de son prénom, le pragm...

L’Expérience interdite

Image
  Un métrage, une image : K.Z.9, camp d'extermination (1977) « De même, le cinéma montrant sans cesse des scènes de massacre et d’atrocités, vous finissez par croire que vous   êtes vaccinés contre la mort. C’est du courage en toc. »   Bernard Werber, Le Livre du Voyage Voici un ouvrage lesté d’outrages, qui ne pouvait être produit que durant les excessives seventies , libertaires ou permissives, suivant l’adoptée perspective. Si mon homonyme décédé, donc ressuscité, peut-être que Mengele à ceci aussi pensait, décidait soudain de le commettre aujourd’hui, non seulement il ne trouverait aucun financement, a fortiori du côté du ciné d’Italie, en soins palliatifs, comme chacun sait, depuis disons une trentaine d’années,   mais en sus il lui faudrait affronter de multiples néo-ligues de vertu, plus ou moins bienvenues. Le réalisateur des pas si redoutables, presque recommandables, L’Autre enfer (1981), Scalps (1987), des plus discutables Virus cannibale...

Vilaine

Image
  Un métrage, une image : Two Eyes Staring (2010) (Il était) une fois le fantastique enfui, s’impose la psychiatrie, en somme Lisa ne parlait à personne, seulement à elle-même, surtout pas à Karen, jumelle de Christine et juvénile diariste pseudo-décédée, retrouvée in extremis , double bruni, d’ascenseur révélateur, via le gentil mari, d’abord endeuillé, ensuite sidéré, qui passe à côté de l’essentiel, l’existentiel, croit au suicide de ligne tapé à la machine, tandis que l’empoisonnement de la mère par sa propre fille reproduit la rivalité (tentative avortée),   en effet empoisonnée, entre les gamines en reflet. Au sein malsain de cette immense maison (grand-)maternelle, héritée, surprise du décès, hantée, disons au figuré, se déroule un psychodrame de dames, la transmission équivaut à la contamination, amitiés à Chromosome 3 (Cronenberg, 1979), le fantôme s’affirme in fine fantasme, la féminité se place sous le signe (rouge, voir Bava en VO, Une hache pour la l...

5ème set

Image
  Un métrage, une image : Le Jardin des Finzi-Contini (1970) À la mémoire de Lino Capolicchio (1943-2022) Désadoubée par Bassani, le romancier à succès, l’estimable scénariste de La Marchande d’amour (Soldati, 1953) ou Senso (Visconti, 1954) condamnera, pas totalement à tort, le « consumérisme cinématographique » du film acclamé, critiqué, à procès, récompensé, à Berlin & Hollywood, consensus de quasi amnésie, fi des forces de l’Axe et des Alliés, vingt-cinq années après, dommage, Dumas, du meilleur ennemi De Sica, cette partie, pas juste de tennis , perdue d’avance, sans seconde chance, rappelle celle de Blow-Up (Antonioni, 1966), signée d’un autre cartographe notoire de Ferrare, ses rues, ses spectres, son brouillard. Hemmings immortalisait un cadavre idem de verdure, assistait à une évaporation de situation, une dissolution d’abstraction, puis un mime imitait une balle abolie. Du simulacre au souvenir, la disparition du réel s’avère définitive, de...

Le Livre du rire et de l’oubli

Image
  Compatriotes et collègues, monologue et méthode… Ultime livre et livre ultime, car Camus accidenté à la Duvivier ? « À peu près », en effet, puisque parution autonome, écartée du recueil L’Exil et le Royaume , manuscrit non terminé du Premier Homme coincé au creux de l’habitacle de l’épave. Les platanes ne pensent ni ne se déplacent, hélas, alors que le roman testament de l’auteur majeur gamberge le long des berges d’une Amsterdam aux dames rémunérées, aux âmes damnées, à Brel & Maas ( Amsterdamned , 1988) mes amitiés. Relecture renversée de L’Étranger , La Chute n’en possède l’opacité, carbure à la confession alcoolisée comme contamination de culpabilité, substitue le suicide à l’homicide, salut au mythique Sisyphe. Le Caligula du cher Albert, que celui de Brass plus austère, davantage adepte de la « débauche » que du « malconfort », à raison, à tort, adoubait le désordre, révolté d’absurdité désireux d’ordre. Le Jan malvenu du Malente...

Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé

Image
  Un métrage, une image : Madeleine, anatomia di un incubo (1974) Pourvu d’un sous-titre à la Preminger ( Anatomy of a Murder , 1959), d’une coda en écho au Cabinet du docteur Caligari (Wiene, 1920), l’ item amène, du guère remarqué ni remarquable Mauri, ressemble à une séance, sinon à une séquence, de psychanalyse appliquée, puisque la patiente, pas si démente, expose dès l’orée sa psyché pour le moins tourmentée. Le prologue ad hoc , rêve éveillé, visualisé, aux roseaux en train d’onduler, aux aiguilles à tricoter, aux clones , pas en cloque, perruqués, à semer, à (se) sermonner, en forêt de conte de fées défait, bagnole brûlée, procession sinistre de poupon en plastique, ralenti compris, légitime à lui seul la découverte en VO de cet ouvrage d’outrage, de mirage, d’avortement, de dessillement. Apparemment mariée à un armateur marseillais, à un mateur doué du don d’ubiquité, Madeleine cauchemarde, rencontre illico un étudiant en philo, voici l’homme, c’est-à-dire le P...

Change pas de main

Image
  Un métrage, une image : Irina Palm (2007) Et si l’émancipation passait par le poignet ? Le conte de Noël gérontophile l’affirme. Maggie veut sauver Olly, certes, doit donc vite devenir une experte de la branlette, anonyme et rapide. Pourtant, son « sacrifice », pas un brin tarkovskien, quoique, quelle queue, devant la cabine à l’exotique et explicite pseudonyme, afin de financer les frais nécessaires aux soins du gamin, « malade orphelin » à traitement australien, gratuit, Dieu merci, l’avion, l’hôtel, non, en définitive lui coûte peu, ne lui coûte qu’une amitié minée, la traîtresse appréciait la fessée, il paraît, confidence ou confession en forme d’ultime remords, du « trouillard et pas fiable » feu Trevor, mari guère mimi de Maggie, qu’une grande engueulade filiale, in fine dépassée, douleur « surmontée », pécheresse pardonnée, par la belle-fille autrefois indocile, désormais à domicile, en larmes, remerciée. Bien sûr, so...

Le Coup du parapluie

Image
  Un métrage, une image : La police a les mains liées (1975) Cinq ans plus tôt, Britt Ekland descendait prendre le dernier métro, Eurydice d’une dystopie dont la surface affichait d’intouchables cadavres intacts ( I cannibali , Cavani, 1970). Cinq ans plus tard, Milan ressemble encore au royaume des morts, donc des vivants en sursis, qui le savent ou l’ignorent, tel cet assassin descendu/hissé sur un escalator , anticipant ainsi celui de L’Impasse (De Palma, 1993), ses pieds inanimés toujours agités, via le mouvement indifférent, face au commissaire vénère, debout, de lui venu à bout. Si la justice se doit d’être aveugle, voire aveuglée, le ciné devrait dessiller, donner à regarder doté de douloureuse clarté, quitte à scruter l’obscurité. Opus d’objets, presque à la Perec, énumérons un réveil, une valise, un briquet, une clé, un chamberlain malsain, une ardoise magique, de subterfuge phonique, La polizia ha le mani legate comporte un policier + un suspect tous deux lun...

Fellini Roma : Main basse sur la ville

Image
  À Hiroshima ou à Roma, rien tu ne verras… Fellini (me) fatigua dès Huit et demi (1963), film fatigué, en effet, son Roma se fonde sur la boursouflure, ce faste fait pâle figure, a fortiori comparé aux topographies épurées, similaires et différenciées, de Pasolini ( Mamma Roma , 1962) & Moretti ( Journal intime , 1993). S’il dialogue avec Amarcord (1973), si l’affiche – une louve humaine à trois mamelles, le Verhoeven de Total Recall (1990) les vole et en rigole – affola les féministes, qui sans doute, en outre, durent s’effarer de La Cité des femmes (1980), s’il développe Les Vitelloni (1953), revisite La dolce vita (1960), se souvient de Satyricon (1969), amplifie l’ethnographie fantastique du sketch poesque de Histoires extraordinaires (1968), Roma annonce surtout, en sourdine, le désenchantement et la déprime des Clowns (1970), du Casanova de Fellini (1976), autre annexion-appropriation explicite. Le festif et le funeste une nouvelle fois se tressent, en...

Titanic Rising : Nathalie

Image
  Miroir du drame ? Dame au miroir… Il avait un joli nom mon guide Gilbert Bécaud Votre serviteur la découvrit en coda du Chemtrails over the Country Club de Lana (Del Rey, olé), reprise du For Free de Joni (Mitchell, ma belle), revisité à trois voix, voilà Zella (Day, eh ouais). Deux ans avant paraissait un opus acclamé à juste titre, au titre antithétique explicite. Voix virtuose, lyrics au cordeau, mélodies remarquables, arrangements stimulants : Titanic Rising se caractérise par ses qualités, sa singularité, ses correspondances avec le passé. On peut certes ainsi (re)penser à Miss Mitchell, à la très chère Karen Carpenter, à Brian Eno & Brian Wilson, cependant ce disque exquis, plein, épuré, dix pistes d’une quarantaine de minutes de calme tumulte, possède sa propre personnalité, ne ressemble en réalité miroitée, pas augmentée, qu’à sa svelte interprète, l’auteur, compositrice, réalisatrice Natalie Mering, alias Weyes Blood. Wise blood de wise gir...