Cachez ce bassin que je ne saurais revoir
Exils # 160 (22/01/2026)
André Bazin, un poil (pubien) puritain, tu ne filmeras le sexe et la mort, d’accord, ne parvenait à séparer la nudité (godardienne ou non) de Brigitte Bardot de celle de ses personnages, comme incapable de comprendre qu’au cinéma, y compris pornographique, il s’agit toujours d’images, de représentations (donc de constructions individuelles, culturelles), de points de vue, jamais de chair promise à la poussière, à humer, goûter, toucher en (dans la) réalité. Auto-adaptation (et autofiction) d’occasion, comédie méta, satire poussive, Bad Director (Roelher, 2024) se moque du voyeurisme (hitchcockien ou onaniste), prend acte du cahier des charges de la moderne morale. Déjà responsable ou coupable, suivant le degré d’indulgence de la perspective critique, d’une traduction anecdotique (Les Particules élémentaires, 2006), d’une évocation invalide (Goebbels et le Juif Süss : Histoire d'une manipulation, 2010), d’un biopic insipide (Enfant terrible, 2020), qui dut faire ricaner l’irrécupérable Fassbinder en Enfer, le lascar Oskar s’approprie ici Kafka & Maïakovski, T. S. Eliot & Valerie Solanas, adresse des clins d’œil à Catherine Deneuve & Jeanne Moreau, au confrère Tom Tykwer (Cours, Lola, cours, 1998 ou Le Parfum, histoire d’un meurtrier, 2006). Cinéaste cynique et type sentimental, ce Samsa-là ne se métamorphose en cafard, supplie au plumard, se comporte en cloporte et « misanthrope » (en plus « puant de la gueule »), résume la maquilleuse, durant l’incise du final générique, à reluquer au côté de la costumière le livreur sympathique et baraqué, dommage que celui-ci ne (nous) dirige. Il termine au ralenti, empalé sur la pièce phallique (le « pénis ») d’un dispositif anti-incendie, cœur vide et portefeuille plein, cela n’échappe à la putain, peu émue, vite disparue.
Camé aux médocs, au départ sous un pont aux silhouettes interlopes, famille de mendicité, agressif étranger, prophétique prostituée, il perd son self-control, il perd de la production le contrôle, le tournage tourne au ratage. L’insomniaque patraque, au rival de cauchemar (et sur le set de la vie réelle) prénommé Rainer, interprété par Götz Otto (Vesper, Sheikhalishahi, 2017), se tire dare-dare en lunettes noires, affirme son nihilisme lucide, au sujet de ce métier « surfait », au chauffeur échauffé, par lui-même incité à le remplacer. Si Anne Ratte-Polle mérite un accessit, en actrice féministe et « grenouille » hystérique, on se surprend à sourire, sinon à s’attendrir, face à l’abattage d’Oliver Masucci, d’abord RWF, ensuite au palace de Polanski, face à la grâce de Bella Dayne, jadis Miss Allemagne. Leurs scènes sexuelles (3 + l’incipit express, avec une autre travailleuse du sexe, miroir idem, dirty talking inclus, sandwich surprise) limitent le visionnage de l’ouvrage sur Arte en soirée, tandis que des contenus discutables demeurent accessibles en ligne, ad vitam æternam (et nauseam). Que la chaîne (« chienne » ou « élève ») franco-teutonne ne suffoque, les « coaches d’intimité » ne s’époumonent : tout ceci se passe entre adultes (et Allemands) consentants, pas d’exhibition ni d’exploitation, plutôt de l’humour (des rires, à l’écart des clichés racistes, des complexes de vieillesse) et une sorte d’amour, certes suspect, in extremis malhonnête, cependant non dépourvu de tendresse, d’une mise en scène sincère, oxymoron en situation et sommeil soudain, gaffe aux Xanax. Le bassin de Grete (& Gregor), Lituanienne espiègle, catin cultivée, ex-étudiante en philologie et lectrice de poésie, dissimulé derrière des meubles, voici des visages sans male gaze, des seins sereins, des (contre-)plongées de dominatrice, des cunnilingus pudiques. Roelher n’arrive à la cheville de Brass, mais ce tandem assez amène évite au (télé)film (fichues ARD & ZDF) de boire la tasse…

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