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Affichage des articles associés au libellé Jacques Rivette

Naples au baiser de feu

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  Un métrage, une image : Voyage en Italie (1954) (…) calendriers solides et contraignants qui offraient souvent, dans la chaleur des groupes, l’illusion de saturer le temps et de faire ainsi écran à la mort. Vivane Forrester, L’Horreur économique À le visionner en version restaurée, il s’avère qu’il s’agit d’un road movie immobile, travelogue en toc, item modeste, qui n’annonce ni l’ennui de La Nuit (Antonioni, 1961), même si une faune de « naufragés » y figure, flanquée de faunes clairs et obscurs, ni la casse ou le crash à Capri du Mépris (Godard, 1963), itou entourloupe de couple en déroute sur la route. On pense plutôt illico à Psycho (Hitchcock, 1960), conductrice idem , environnement mortel, bien sûr à Stromboli (1950), puisque épiphanie finale et en fanfare, miracle laïc, en sus du Vésuve, aux Onze Fioretti de François d’Assise (1950), suite de saynètes, progression et non narration. Lui-même en tandem avec Vitaliano Brancati ( Le Bel An...

Le Sucre

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  Un métrage, une image : Queimada (1969)             L’ultime mouvement confortera les tenants du « grand remplacement » : parcourus en panoramique droite-gauche, sens de lecture symbolique, oriental, asiatique, des Noirs fixent l’objectif, une détermination en effet farouche affichent, menace sourde à la Black Panthers & Malcolm X plutôt qu’œcuménisme à la Martin Luther King & Mandela, voilà. Auparavant, le « martyr » pendu, invaincu, mythe à la Candyman (Rose, 1992), demandait à son meilleur ennemi, sentimental, poignardé, surpris, de quelle civilisation (blanche) il s’agissait, jusqu’à quand allait-elle durer, questions ironiques, prophétiques, aux réponses apportées par le plan précité. Coppola ( Apocalypse Now , 1979) relira Conrad, Pontecorvo l’anticipe, le Lean de Lawrence d’Arabie (1962) revisite, blackface créole incluse, Salvatori substitué à Guinness, l’amitié à l’h...

Balzac et la Petite Tailleuse chinoise : Honorer Honoré

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               « Qualité française », à l’aise ou malaise… Eugénie Grandet (Xavier Giannoli, 2021) puis Illusions perdues (Marc Dugain, 2021) ne devraient guère déplaire à Jacqueline Waechter, cependant, de Balzac à nouveau adoubé, adapté, cette double dose interroge. Tandis que Mon petit doigt m’a dit… (2005), début de sa trilogie jolie, suivi du Crime est notre affaire (2008), Associés contre le crime… (2012), d’après l’increvable et vénérable Agatha Christie, connaissait un certain succès, Bertrand Blier, de Canal+ invité, taclait Pascal Thomas, « on en est là », oui-da. Dans le cas qui nous occupe, un peu nous préoccupe, le passé paraît sans cesse (re)présenté, puisque Balzac au cinéma ne date pas d’hier, plutôt du temps des Lumière, de celui d’Alice Guy la pionnière, donc, par corrélation, de Léon Gaumont ( La Marâtre , 1906). Lestée d’une bonne centaine de transpositions plus ou moins à la con, ...

Le Lien : Bergman Island

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Ingmar Bergman. Leçon de réalisation, de rédaction, d’interprétation, d’utilisation du son, des cloches écoutez la ponctuation à répétition, pas de misérable morale, pas de conduite convenable à deux balles, Le Lien (1971) commence en silence, presque à la Persona (1966), se place sous le signe des alliances dédoublées, dénouées, au propre, au figuré. Début de deuil absolu à la Camus, donc, car mort maternelle liminaire, dommage pour l’affrontement partagé, en reflet, de Sonate d’automne (1978), puisque pleurs à l’écart, dans le noir, auquel succède un marivaudage de jardinage, vaudeville visualisé, à développer, à dévoyer. On y voit le suave von Sydow (re)jouer aux échecs, comme au cœur du Septième Sceau (1957), on y aperçoit déjà le spectre de la Shoah, à l’affiche fissa de L’Œuf du serpent (1977), reptile mural ou mental, Vergerus en sus. Chronique impressionniste ponctuée de Scènes de la vie conjugale ...

La Belle Noiseuse : Copie conforme

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  « Marianne, c’est moi » mais Michel ne joue Jacques… Une pensée pour Audrey habillée « What do you expect? » demande, dès le début, la voisine de table estivale. Qu’attendre de Rivette, critique cynique, mec guère « abject », quoique, le pauvre Pontecorvo de Kapò (1960) dut s’en mordre les doigts, de son fameux plan maladroit. Et le projet de passer quatre heures en compagnie d’Emmanuelle Béart, dénudée en modèle pas un brin bressonien, nous excitait peu, avouons-le. Pourtant, contrairement au replay , par exemple celui du site d’ARTE, le streaming autorise l’avance rapide – attention, SVP, à l’introduction tronquée, taillée (ne touchez pas) à la hache, hélas. Et l’envie de revoir en vie le précieux Michel Piccoli , à peine refroidi, nous convainquit. Nous voici donc « embarqué », comme Marianne miroitée, dans ce qui ressemble, a priori , à un ersatz des « chimères » du cher Éric Rohmer. Fausse piste, de salle...

Une femme libre : Sandrine Bonnaire, aujourd’hui et hier

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Petit croquis d’une actrice atypique… On pardonnera toujours beaucoup à Sandrine Bonnaire, notamment d’avoir soutenu, naguère, une certaine Martine Aubry, incarnation exacte, sinon caricaturale, dans l’arrogance de son incompétence, d’une large part du socialisme français contemporain (que « ces gens-là », comme persiflait Thierry Le Luron en Jacques Brel, osent encore se dire de gauche relève de l’abus de langage et paraphe une imposture politique). Certes, elle épousa un acteur célèbre (William Hurt, excellent chez Ken Russell, Michael Apted, Héctor Babenco ou David Cronenberg , il participera d’ailleurs à la première réalisation fictionnelle de son ancienne compagne, J’enrage de son absence ) et un scénariste renommé (Guillaume Laurant, alter ego de Jean-Pierre Jeunet) ; bien sûr, elle cumule deux César, une Coupe Volpi vénitienne, on la vit là-bas à la Mostra puis à Deauville et Beaune, trio de festivals sous le signe de l’Italie, de l’Amérique et du polar...

La Ruée vers Laure : Deux ou trois choses que l'on sait de Laure Marsac

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Politique des acteurs, et surtout des actrices… Revue récemment, de façon trop brève, hélas, dans le diptyque TV de Josée Dayan, Entre vents et marées , qui rendait justice au romantisme de la côte bretonne, à défaut d’autre chose, et dans un rôle plus étoffé (une adulte solitaire abusée autrefois par son père), porté avec brio , pour un épisode du Sang de la vigne (petit cru que ce psychodrame matriarcal avec un Pierre Arditi en roue ivre ), Laure Marsac nous apparut, telle l’héroïne onirique de Verlaine, « ni tout à fait la même/Ni tout à fait une autre ». Ses traits désormais ornés d’une étrange et touchante beauté, celle des blessures et des joies adultes, de l’expérience du monde et de la traversée d’une vie, elle parvient à conserver sa douceur blonde, l’intensité de son jeu et de sa voix (surgissent, inopinées, quelques correspondances avec une certaine Sophie Marceau), sa part d’enfance inguérissable et irrésistible, la variété de son registre, aussi, double...