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Affichage des articles associés au libellé Antonin Artaud

Le Culte et l’Occulte

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  Exils # 54 (10/10/2024) Aussi suicidaire mais moins « suicidé de la société » que le pauvre van Gogh, James Whale s’intéressait aux « dieux » et aux « monstres », cf. une réplique emblématique de La Fiancée de Frankenstein (1935). Alors âgé d’une trentaine d’années, Antonin Artaud se soucie de « sorciers » et de « saints », selon une sorte de note d’intention écrite à l’époque de La Coquille et le Clergyman (1928), vaudeville anecdotique et pseudo-cryptique dont le scénariste se désolidarise vite, dommage pour Germaine Dulac et sa « composition visuelle » très patraque, conspuée en sus dès sa sortie par les susceptibles surréalistes. Né un an après la date de naissance officielle du « cinématographe », leur rencontre se place cependant sous le signe du rendez-vous loupé, en dépit d’apparitions assez impressionnantes chez Gance ( Napoléon , 1927), Dreyer ( La Passion de Jeanne d’Arc , 1928), L’Herbier ( L’Arge...

L’Ésotérique et le Tragique

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  Exils # 31 (15/05/2024) Imagine, au moins un moment, le monde tel un multiplexe. Au creux coûteux des salles commerciales, cavernes modernes aux ombres peu profondes, durant des séances de cynisme plutôt que de spiritisme, à l’unisson, à profusion, défilent les films, les frimes, les images mirages du mondialisé formatage s’animent. Un spectateur esseulé, arrivé trop tôt ou trop tard, pas patients au milieu des calmes couloirs, cet invisible tissu sonore pourrait percevoir. Démuni d’harmonie, délesté d’horizon, au profit de la juxtaposition, fourni par défaut, voire provoqué par l’épouvante du silence, le montage acoustique, pas si anecdotique, a priori privé de sens, ressemble aux stations de radio, captées et dépassées illico presto, aussi successives qu’évanouies, émissions mutilées parmi la nuit. Il ne s’agit ici d’écouter des messages codés, par Cocteau concoctés, à l’abri de l’habitacle, poésie programmatique d’Occupation métaphysique, mais d’expérimenter la superpositi...

Lueurs intérieures

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  Exils # 27 (29/03/2024) À celle qui ensoleille Continuer d’aller au ciné ? Mais pourquoi, puisque cinéma chez soi ? Parce que film sur disque ou en ligne, donc non projection, horizon, réunion ? À l’époque de l’analogique, de la pellicule, de la bobine, ça pouvait s’argumenter, à base de supports différenciés. À l’ère peut-être tout autant éphémère du numérique mondialisé, ce point incertain se dispense de pertinence, les dimensions de l’écran se modifient seulement. Le marché mise d’ailleurs sur cette fameuse immersivité, marketing amniotique, comme si la salle, autrefois caverne sépulcrale, Platon & Artaud en duo, ressemblait désormais à une matrice archéologique, dans l’attente plus ou moins impatiente des univers alternatifs promis par le transhumanisme, Musk & Zuckerberg gambergent. Ainsi abri, l’espace des images peut s’amuser à miroiter, sous couvert de ciné « engagé » ou documentaire, le monde du dehors, à feu et à sang toujours et e...

L’Espoir

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  « La vie est autre que ce qu’on écrit » et l’avenir au Vieux-Port se retire…     Ampoulé dès l’orée, « avant-dire » de « dépêche retardée », de « Noël 1962 » datée, où décocher une flèche au révisionniste Valéry, expliquer une « édition entièrement revue par l’auteur », « adéquation » et « fluidité », allez, « patine » de « trente-cinq ans », tu m’en diras tant, Nadja ne ressemble à Aurélia , même si le bon Breton, sillage de Gérard, théorisa aussi au sujet du « Rêve » et de la « Vie ». Ce petit récit vite écrit, assez illustré, désormais très documenté, notre modernité en ligne, à domicile, permet en outre de retracer l’écourté CV de Léona Delcourt, assortit ses dessins, découpages, collages, de la grâce mylènefarmerienne d’un visage, associe ainsi « subjectivité », « objectivité », littéraire/pictural name-dropping et « neurop...

Si Versailles m’était conté…

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  Un métrage, une image : La Prise de pouvoir par Louis XIV (1966) Biopic pédagogique ? Démonstration de didactisme ? Plutôt poursuite et rupture. Rappelons aux juvéniles générations que la superproduction, à laquelle emprunter le titre de cet article, date de 1954, que La caméra explore le temps vient de s’achever la même année, en mars 1966, sept mois avant la diffusion de l’ opus a priori apparenté, sur la même et seule chaîne diffusé. Ni Guitry ni Lorenzi, Rossellini cède les stars à autrui, la longueur aussi, se moque des énigmes classées historiques, des figures fameuses et mystérieuses. Orfèvre de l’ORTF, il se focalise sur un épisode précis, ose un dédoublé pari. La prise de pouvoir du roi célèbre revient en vérité à la sienne, la stratégie de Louis reflète presto celle de Roberto. Du dix-septième au vingtième siècle, le spectacle en société se donne à (re)voir via la société du spectacle, non plus réservé à la noblesse mais servi à la masse. Sans ce...

Kanał : Underground

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Andrzej Wajda. Il y a dans l’être quelque chose de particulièrement tentant pour l’homme et ce quelque chose est justement LE CACA. Antonin Artaud, Pour en finir avec le jugement de dieu Ah but remember that the city is a funny place Something like a circus or a sewer Lou Reed, Coney Island Baby L’œuvre s’ouvre via un travelling invraisemblable et virtuose, rien du reste ne démentira cette maestria du mouvement et du maniement de la caméra, scène d’introduction et dite d’exposition qui programme et formule en voix off un déterminisme tout sauf magnanime, de « tragédie » indeed nazie. Dans un film « horrifique », surtout tendance slasher , ma sœur, ça succombe en série ; dans un film « pornographique », ça baise en sus aussi ; dans ce « film de guerre » durant la moitié de sa durée déroulé sous terre, ça s’épuise, ça agonise, au creux d’un huis clos ...

L’Image de pierre : La Forteresse vide

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  La chair et le sang, l’essence et l’instant… En sus d’annoncer le célèbre Solaris de Stanislas Lem, d’anticiper le fameux Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick, d’adresser un double clin d’œil au précédent et désespérant Désert des Tartares , car architecture à l’usure, militaires à ne rien faire, L’Image de pierre présage le couple en déroute de Un amour , comporte une coda à la Caligula de l’amical Albert Camus, métamorphose Orphée à la sauce SF. Si tout cela ne vous suffit pas, si vous lisez de musique accompagné, on propose en playlist Build Me a Woman des Doors, Forteresse de Fugain, Utopia de Goldfrapp. Journaliste et artiste, conteur et dramaturge, peintre et poète, Dino Buzzati signe ici un livre assez unique, pas seulement parmi une bibliographie à tendance dite « fantastique ». En VO, ce roman stimulant, amusant, émouvant, s’intitule Il grande ritratto , par conséquent « le grand portrait », au sens pictural...

Un film, une ligne

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  Cinoche moche, vie brève, texte « in progress »…   Une vie violente (Thierry de Peretti, 2017) Auteurisme théâtral, in extremis psychologique, dont la facticité des flammes n’enflamme… Double Take (Johan Grimonprez, 2010) Interminable et muséal salmigondis, commis par un « artiste multimédia » multimédiocre… Mandibules (Quentin Dupieux, 2021) Téléfilmée moralité d’amitié anémiée, où Exarchopoulos s’époumone ; Cronenberg ricane… The Rider (Chloé Zhao, 2017) Interminable mélodrame œdipien-équin : garder le bagarreur Bonner, bazarder à Bartabas… El Presidente (Santiago Mitre, 2017) La baudruche politique puis psychologique (se dé) gonfle vite, l’irrésolution assure la vanité… Le Sel de Svanétie (Mikhaïl Kalatozov, 1930) Du docudrama de propagande qui cependant déplut, dommage pour l’admiratif Tarkovski… Adieu les cons (Albert Dupontel, 2020) Mélo démago d’ opus anti-police, éclairé comme une publicité, rempli de spéci(a)e...