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Affichage des articles associés au libellé Nanni Moretti

Italie année uno

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  Exils # 154 (08/01/2026) « L’union politique européenne détruira-t-elle l’individualité des nations et leur rôle historique ? » interroge le journaliste. Le pacifiste et volontariste De Gasperi répond par son obsession, l’unité italienne étendue à l’union européenne. Cinquante-deux années après, l’échange conserve sa pertinence, n’en déplaise à la bien-pensance de la chaîne franco-allemande, médiatique, idéologique et symbolique alliance, laquelle conclut sa courte critique d’un alarmiste « Ce cinéma moral et politique offre des outils de compréhension du monde et demeure puissamment d’actualité à l’heure où les démocraties occidentales se voient fragilisées par les montées des extrémismes ». Comme si la superstructure malsaine présidée par l’indéboulonnable Madame von der Leyen ne possédait sa part de responsabilité dans le populisme des peuples, ces entités à mater, à masquer, à manipuler, accessoirement à calmer avec de l’argent méprisant, cf. la PAC, viv...

De l’unité à l’union

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  Exils # 4 (02/07/2023) Moretti cite ici Demy & Fellini, explique Kieślowski, vante les Taviani, contredit (à tort) Cassavetes, « beau » et pseudo-porté sur l’impro, pratique la piscine tel Lancaster ( The Swimmer , Perry, 1968), imite même Brando KO sur un bureau ( La Poursuite impitoyable , Penn, 1966). Il refuse de finir le « film dans le film » sur un suicide, en dépit d’une corde au cou de célèbre studio, n’en déplaise à Pavese, élit plutôt Calvino, et achève l’œuvre élégante, émouvante, gentiment gérontophile, cf. les sentiments (pas tant) surprenants de l’actrice et de la fifille, la première un peu rebelle, la seconde un peu musicienne, en relisant et remarchant le fameux défilé par « Charlot » épousé à l’insu de son plein gré ( Les Temps modernes , Chaplin, 1936). Chez Poudovkine, une autre mère que celle du cinéphile candidat coco portait l’écarlate drapeau, succombait aussitôt, « mia madre » de 1926 terrassée par la charge ts...

Austin Powers

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  Un métrage, une image : Elvis (2022) L’épuisant Luhrmann, réalisateur frimeur, qui commit aussi les idem anecdotiques et pachydermiques Moulin Rouge (2001) et Gatsby le Magnifique (2013), ressert les restes du funeste festin, pendant près de deux heures quarante-cinq, comme si le spectateur possédait assez de temps devant lui pour subir ce monceau pas beau d’insipides inepties. Son dispensable biopic monté à la MTV, délesté de la moindre musicalité, de la plus petite intimité, pourvu d’une profondeur de soap , cafi de fric, en dépit d’une a priori divergente perspective, se réduit à la doxa, au digest , à une superficielle et sempiternelle chanson de geste, en sus à prétentions à la con sociologiques, puisque CV telle une traversée historique de l’Amérique nordiste. Lui-même d’ailleurs auteur d’un téléfilm biographique plutôt sympathique ( Le Roman d’Elvis , 1979), créateur authentique, poétique et politique, Carpenter devrait ricaner à proximité de pareille pièce ...

Que ma joie demeure

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  AVC, TGV, CGT, CQFD… Le médiatique Michel délivre un « récit intime », le dédie à Audrey Crespo-Mara & Thierry Ardisson, anges gardiens intelligents, diligents d’entregent, à un toubib moins cathodique, « pour son infinie bonté ». Le Deuil de la mélancolie (se) remémore de manière douce-amère Le Malade imaginaire de Molière, à demi celui de Moretti ( Journal intime , 1993), mais aussi, en conclusion d’obstruction, d’avérée altération, le célèbre et anxiogène Escamotage de Richard Matheson, « translation » de la perception substituée à l’effacement de l’environnent puis, in fine , de l’identité, du sujet. Onfray fait donc les frais de médecins malsains, finit fissa à Foch, examiné de tous les côtés ; lorsqu’il en sort, lorsqu’il s’en sort, un chariot de tombeau, « événement cinématographique parce que dynamique, dialectique », lui rappelle illico le démocratique mori memento , démontre en sourdine, en prime, que la maladie d...

Avatar

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  Deux métrages, deux images : Le Clone (1998) + Voyance et Manigance (2001) Ces comédies chorales et sentimentales, à insuccès assuré, possèdent plusieurs points communs : TF1 les produit, on y retrouve Dieudonné, avatar puis voyant, Zinedine Soualem, excité, licencié, les Hazanavicius, Michel & Serge, frérots en duo, le second interprète, le premier co-écrit. Conversi éclaira du Kurys, Un Indien dans la ville (Palud, 1994), Pédale douce (Aghion, 1996) ; Fourniols assista Mocky ( Noir comme le souvenir , 1995), Bourdon & Campan ( Le Pari , 1997). La paire ni prolifique ni prospère de réalisateurs très mineurs s’appuie sur la direction de la photographie de Bruno de Keyzer, collaborateur régulier de Tavernier, de Gérard de Battista, fidèle partenaire de Jugnot & Miller. Le Clone croise Docteur Jerry et Mister Love (Lewis, 1963) avec Electric Dreams (Barron, 1984), Voyance et Manigance , dédié à Quentin Florence, l’ancienne scénarist...

Dimanche d’août

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  Un métrage, une image : Le Fanfaron (1962) Il sorpasso commence comme Caro diario (1993), Rome nécropole, travelling avant de véhicule en mouvement. Si Moretti partait en pèlerinage auprès de Pasolini, Risi, covoituré avec Maccari & Scola, creuse la fosse, voire le ravin, du fameux miracle économique italien. L’étudiant Trintignant croise donc la (dé)route du grand adulescent Gassman, tandem de mecs modèle des mêmes ( Parfum de femme , 1974 Le Fou de guerre , 1985). Assis à la place du mort, à côté du matamore, il finit dans le décor, ersatz en extase de Werther le suicidaire. Matrice apocryphe du Easy Rider (1969) du connaisseur Hopper, autre road movie masculin, encore moins serein, désenchanté, à succès ; satire sociale à base d’hédonisme, d’infantilisme, de cynisme, de racisme, de nostalgie du fascisme, de capitalisme assumé, de vide et de vulgarité, de petite bourgeoisie rurale et rassie, cheveux détachés, rattachés, d’un soupçon d’homophobie...

Fellini Roma : Main basse sur la ville

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  À Hiroshima ou à Roma, rien tu ne verras… Fellini (me) fatigua dès Huit et demi (1963), film fatigué, en effet, son Roma se fonde sur la boursouflure, ce faste fait pâle figure, a fortiori comparé aux topographies épurées, similaires et différenciées, de Pasolini ( Mamma Roma , 1962) & Moretti ( Journal intime , 1993). S’il dialogue avec Amarcord (1973), si l’affiche – une louve humaine à trois mamelles, le Verhoeven de Total Recall (1990) les vole et en rigole – affola les féministes, qui sans doute, en outre, durent s’effarer de La Cité des femmes (1980), s’il développe Les Vitelloni (1953), revisite La dolce vita (1960), se souvient de Satyricon (1969), amplifie l’ethnographie fantastique du sketch poesque de Histoires extraordinaires (1968), Roma annonce surtout, en sourdine, le désenchantement et la déprime des Clowns (1970), du Casanova de Fellini (1976), autre annexion-appropriation explicite. Le festif et le funeste une nouvelle fois se tressent, en...

Robe noire : L’habit ne fait pas le moine

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Bruce Beresford. Moins renommé que l’interminable mélodrame Mission (Roland Joffé, 1986), dommage pour l’admirable Morricone, voici donc Robe noire (Bruce Beresford, 1991), disponible en ligne dès aujourd’hui, en direct demain soir, à vous de voir. Produit par Robert Lantos, créancier de David Cronenberg sur Crash (1996), eXistenZ (1999), Les Promesses de l’ombre (2007), ce téléfilm de luxe, tourné surtout in situ , un moment à Rouen, finalisé en Australie, possède pourtant plusieurs qualités, en dépit de ses multiples plans, plutôt répétitifs, de traversées en canoë. Doté d’une drolatique trivialité, d’une violence avérée, le survival évite les écueils du manichéisme, du rousseauisme, du dolorisme, s’oppose aux pièges du pathos, résume in extremis , ironique, laconique carton point abscons, le destin-déclin des amers Amérindiens, enfin chrétiens, des Hurons convertis, disons radoucis, désormais massacrés, a...

Sogni d’oro + Bianca : Non ho sonno + L’uomo che guarda

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Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur les titres de Nanni Moretti. D’une œuvre à la suivante, apparaissent des correspondances évidentes, d’équipes techniques, de répliques, d’interprètes, de silhouettes et même de pâtisseries chocolatées de provenance autrichienne, fichtre. Mais à la comédie méta égotique se substitue un vrai-faux giallo mélancolique. De manière explicite, Sogni d’oro (Nanni Moretti, 1981) et Bianca (Nanni Moretti, 1984) possèdent une coda presque à l’identique, lycanthropique, à flics, où l’anti-héros, et non l’ alter ego , pénètre directement au creux de l’écran, perspective vide, au propre, au figuré, prononce sa propre épitaphe, désespérée, désabusée : « Je ne veux pas mourir ! », « C’est triste de mourir sans enfants ». Le diptyque partage en plus une caractéristique psychique constitutive, néanmoins Moretti, secondé par les directeurs de la photographie Franco Di Giacomo & Luciano Tovoli, ne perd jamais le spectateur, préfère plu...

Satanic Panic : Les Diablesses

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La cérémonie et l’ hymen , les capitalistes et les rebelles… « Fangoria présente » un (télé)film féminin, sinon féministe, où les femmes mènent la danse (forcément macabre), où les hommes font de la figuration (accessoirement prophétique). Satanic Panic (Chelsea Stardust, 2019) prend acte de son temps, enregistre l’instant, surtout aux USA, associe ainsi, à la périphérie, une raciste anti-Mexicains et un « porc » guère serein (« balancé » ? Éviscéré !). Le matriarcat revient donc à Rebecca (Romjin, autrefois voleuse-rêveuse du falot Femme fatale , Brian De Palma, 2002), moderne Médée presque immortelle, égorgeuse de sa fifille indocile (et dépucelée), in fine décapitée (par une rivale armée d’une croix maousse, of course ), tant pis pour l’article élogieux du lendemain, hein. La proie improvisée des satanés satanistes se (sur)nomme Sam (Hayley Griffith l’incarne), elle livre des pizzas, pourquoi pas, elle exige du riche le pourboire d’...