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Affichage des articles associés au libellé Statut du cinéma

Mange ta mort

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  Exils # 58 (24/10/2024) Epstein & Corman ? Watson & Webber. Diptyque 28, duo de Poe. Ne parlons du compatriote ni de Roger l’Amerloque. Deux items homonymes, inscrits au fameux Registre National du Film. Catalogue de camelote, de classiques, cabinet de curiosités, de succès, hébergé à la Bibliothèque du Congrès. Dressé depuis trente-cinq années, occupation de « professionnels de la profession », multiples spécialistes, du public en partie. Comme dans l’Hexagone, dix ans d’existence et vous voici classé d’office, fi du box-office , en « cinéma de patrimoine ». Des critères « culturels, esthétiques et historiques », au compteur presque 880 titres, toutefois pas un seul fiché X, vade retro  Damiano. Tout ceci riquiqui, en quantité, sinon ancienneté, à côté des collections mesurées en milliers de la Cinémathèque de Langlois Henri (40 000), des Archives (Françaises) du Film à Bois-d’Arcy (140 000). Pris de court par celui de l’améric...

Lueurs intérieures

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  Exils # 27 (29/03/2024) À celle qui ensoleille Continuer d’aller au ciné ? Mais pourquoi, puisque cinéma chez soi ? Parce que film sur disque ou en ligne, donc non projection, horizon, réunion ? À l’époque de l’analogique, de la pellicule, de la bobine, ça pouvait s’argumenter, à base de supports différenciés. À l’ère peut-être tout autant éphémère du numérique mondialisé, ce point incertain se dispense de pertinence, les dimensions de l’écran se modifient seulement. Le marché mise d’ailleurs sur cette fameuse immersivité, marketing amniotique, comme si la salle, autrefois caverne sépulcrale, Platon & Artaud en duo, ressemblait désormais à une matrice archéologique, dans l’attente plus ou moins impatiente des univers alternatifs promis par le transhumanisme, Musk & Zuckerberg gambergent. Ainsi abri, l’espace des images peut s’amuser à miroiter, sous couvert de ciné « engagé » ou documentaire, le monde du dehors, à feu et à sang toujours et e...

Les Démons du maïs

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  Caries ou Carrie, porc ou port, soufflé, essoufflé… À l’association au lion On se fiche des films, le pop - corn nous importe. La malbouffe des images miroite celle des œsophages. Stupides et sages, nous savons le peu de valeur de ce que nous ingurgitons en réunion, vite avalé, vite évacué. Pour faire passer le goût relou des bouses de blockbusters , leurs budgets insensés, leur durée dilatée, leur moralisme de cynisme, de marchandise merdique, de royaume de camelote, il faut bien au fond s’empiffrer, salir le sol, tu sanglotes, tu rigoles, savourer l’insipidité, la puérilité, l’américanisation assumée, mondialisée, de ces innombrables, interminables et minables super-zéros de super-navets censés sauver le monde immonde, vive la nouvelle normalité, la statue symbolique, à sortilège ésotérique, en sus le féminisme façon Amazone ou Amazon ( Wonder Woman , Patty Jenkins, 2017). Il paraît que les plates-formes de streaming vont (devoir) verser trois cents millions d’euros à l...

Un film de Stephen King

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  Royauté reflétée, monarchie d’anarchie… Cinéphile lucide, cf. les études tout sauf « académiques » de Anatomie de l’horreur , scénariste souvent anecdotique ( Creepshow , Romero, 1982, Cat’s Eye , Teague + Peur bleue , Attias, 1985), parfois assez inspiré ( Simetierre , Lambert, 1989), réalisateur amateur a priori pitoyable ( Maximum Overdrive , 1986), le romancier dut à ses débuts son succès au ciné, en l’occurrence à l’écarlate mais immaculée Carrie (De Palma, 1976). Il s’agissait déjà d’infidélité, de malentendu bienvenu, l’intéressé le reconnut. Ensuite, très vite, durant cinq décennies, les transpositions, douces, amères, se multiplièrent, à la manière de gremlins après Minuit ( 2 ou 4 ), ne paraissent sur le point de disparaître, puisque voici désormais annoncés Salem’s Lot de Dauberman, The Running Man de Wright, The Tommyknockers de Wan, au milieu des remakes programmés de Christine , La Part des ténèbres , Firestarter , parmi d’autres tradu...

That’s Entertainment!

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  La fin de Netflix ? Le cycle du recyclage… Affaire de fric, annonce symbolique : Amazon dispose donc désormais du gros catalogue de la MGM elle-même. On sait que ce studio presque centenaire possède un CV assez agité, cas d’école pour spécialistes ès faillites. On se souvient des épisodes plutôt pénibles de son feuilleton financier, du kolossal Kirk Kerkorian, de l’éphémère Ted Turner, de l’Asie selon Sony, du transalpin Giancarlo Paretti, épaulé par un certain Crédit Lyonnais, olé. La fameuse firme du lion à la con, dotée de sa devise autarcique ou cynique, l’art pour l’art, à moi les dollars , subit aussi le démantèlement antitrust et des dettes à perpète, dont un faramineux fiasco dû au mégalo mais pas démago Michael Cimino ( La Porte du paradis , 1980). Néanmoins « major » en or, elle accumula moult succès, assortit un essaim de « stars », déploya des producteurs de valeur, citons les noms d’Irving Thalberg, de David O. Selznick, du tandem W...

Le Docteur et les Assassins : Soigner le ciné en société

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Récoltes dérisoires, grains de guérisons… 1 Le cinéma est essentiellement révélateur de toute une vie occulte avec laquelle il nous met directement en relation. Mais cette vie occulte, il faut savoir la deviner. Il y a beaucoup mieux que par un jeu de surimpressions à faire deviner les secrets qui s’agitent dans le fond d’une conscience. Le cinéma brut, et pris tel qu’il est, dans l’abstrait, dégage un peu de cette atmosphère de transe éminemment favorable à certaines révélations. Le faire servir à raconter des histoires, une action extérieure, c’est se priver du meilleur de ses ressources, aller à l’encontre de son but le plus profond. Voilà pourquoi le cinéma me semble surtout fait pour exprimer les choses de la pensée, l’intérieur de la conscience, et pas tellement par le jeu des images que par quelque chose de plus impondérable qui nous les restitue avec leur matière directe, sans interpositions, sans représentations. Artaud, 1927 Nous approchons d’une époque ...

Mauvaise passe

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Notes sur les films médiocres. Je viens donc de visionner en ligne huit navets, intitulés A Taste of Phobia , Bad Guys Always Die , Bleeding Steel , The Debutantes , No dormirás , Porn of the Dead , Portrait de groupe avec dame , The Unseen , et au vu de leurs propres bandes-annonces, je décide de me garder d’accorder quatre heure trente supplémentaires de ma courte vie, pas seulement de cinéphilie, aux Combattants , à L’Olivier , à Wajma, une fiancée afghane , titres disponibles sur le site d’une célèbre chaîne télévisée franco-allemande. Ainsi, voici une partie de ce que propose le ciné d’aujourd’hui, un brin d’hier, avec Romy Schneider. Cela vous intrigue ? Ceci me déprime. Cela vous fait sourire ? Ceci me rapproche du pire. On peut certes prendre ces ratages avérés, ces enfantillages devinés, sans le moindre ombrage, s’en amuser, les relativiser. Après tout, le cinéma, je crois que tout le monde s’en fout, y compris ceux qui le (dé)font, à l’époque de la globali...

Ensemble, c’est tout : Solitudes, assassinats, cinémas

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             7 x 11 = trois ou quatre raisons de ne pas renoncer ni succomber au grégarisme.   Même en salles, en période de festival, hors de la sphère des affaires, contrairement à une légende rassurante, le cinéma ne crée pas de « lien social » : il associe seulement des solitudes et réunit d’éphémères étrangers. En ligne, à l’instar des « réseaux sociaux » propices à l’autarcie, à la passivité réactive, porteurs d’une propension à la déliaison, il se situe sous le triple signe de l’immédiat, de la consommation, du commentaire. Il convient par conséquent d’élargir le champ d’application du e-cinema , de ne plus le réduire à la VOD, elle-même avatar du DTV. Nous désignerons donc de ce nom tout contenu filmique numérique mondialisé, qu’il s'agisse de streaming ou de téléchargement, lui-même produit différé, délocalisé, du serveur vers le PC, la clé USB. Ni gratuit, puisqu’il nécessite un abonnement à un fournisseur d...

Lettre à une jeune cinéaste

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Je ne te connais pas. Je t’écris. Je t’attends. À la mémoire de Stéphane Audran « Women have better ideas. » Jean-Luc Godard à Dick Cavett, 1980 Souviens-toi du cinéma. N’oublie pas ce que tu lui dois. Déteste-le autant que tu l’apprécies. Laisse les Besson, Dumont, Lindon à ceux qu’ils intéressent, qui les enrichissent. Préfère le fric des trafics à celui subventionné du CNC. N’espère rien de la « parité ». Ne vagis pas en vertu de ton vagin. Fais des films au féminin, pas des films féministes, des films de niche. Rédige tes histoires mais ne néglige pas celles exogènes. Ne pense pas en termes d’autobiographie, de cinéphilie, de coucherie selon la putasserie. Outrage les messages, libère-toi des contrats. Pleure parfois, ne pleure pas sur toi. Ne joue pas à l’auteur, partage l’œuvre avec tes collaborateurs. Honore à la dure tes factures, tourne n’importe quoi, mets-y un peu de toi. Accepte les commandes, traite-les en offrandes. Regarde le scénario...

L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique : L’Invention de Morel

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Benjy, pardonne-moi ma familiarité respectueuse, camarade, à l’infini, aujourd’hui. I Si le ciné vous intéresse, vous connaissez, même de loin, Walter Benjamin, entre autres choses signataire de ce petit essai assez surfait, retravaillé sans cesse, lu par votre serviteur dans la traduction de Pierre Klossowski, un familier du procès de Gilles de Rais, parue en revue en 1936, et dans la version définitive, idem traduite, de 1939 sourcée UCLA, certes un brin étoffée, avec le concours anecdotique de Paul Valéry, guère différente cependant, ne transformant rien d’essentiel des postulats ni des thèses. Les textes possèdent une clarté suffisante, disons allemande, pour que je m’épargne le pensum de les résumer, de les commenter, de les paraphraser. Tout ceci se lit vite et, ma foi, agréablement, tant pis pour les portes enfoncées, l’analyse orientée, l’optimisme assumé. En 1940, dans un coin paumé des Pyrénées, le penseur se suicide à la morphine au lieu de passer en Espagne....