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Affichage des articles associés au libellé Bill Douglas

Où est la maison de mon ami ? : Adresse inconnue

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Abbas Kiarostami. Conte de cahier, histoire de société, fable d’enfance, parabole de pédagogie : « sur tous les tableaux » Kiarostami réussit, car il ne sacrifie au pictural, ne s’avère jamais scolaire. Opus majeur, tramé en mineur, consacré, pas seulement, à des mineurs, doté d’un regard, d’un cœur, davantage documenté que documentaire, Où est la maison de mon ami ? (1987) déploie durant quatre-vingts minutes épurées son suspense modeste, sincère, aspectaculaire, ses personnages, sinon ses paysages, d’un autre âge, sa sensorialité rude, tendre, d’un Iran advenu au présent, redevenu présent. La beauté de chaque plan, de chaque enfant, caractérise ce métrage acclamé, à succès, dont le réalisme s’autorise, pendant sa dernière partie, déroulée de nuit, un filigrane fantastique, qui renvoie d’évidence vers les récits d’ici, d’autrefois, puisque toutes les cultures, surtout au ciné, se réfléchissent ...

Shell : Le Plein de super

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Scott Graham. Ce que nous écrivions naguère à propos de Iona , on pourrait le reprendre à présent, presque littéralement, on ne le fera pas, toutefois, le copier-coller pas réellement ma tasse de thé. Et cependant Shell s’avère de la même manière, différemment, un portrait de femme, un film de visages et de paysages, une cartographie des sentiments, des élans, des saisons et des horizons, au final pas si loins, à portée de main, de camion de bûcheron. Dans Shell , une demoiselle quasiment majeure officie dans une station-service écossaise, un brin western , au côté de son papounet épileptique, abandonné par sa moitié, par conséquent mère démissionnaire, comme disent les sociologues suspects, quand la gamine de dix-sept ans en comptait quatre. Autour d’elle, soleil d’ébène aux chaussettes de fillette, à la poitrine déjà féminine, à la grâce de son âge, au charme de sa face sans maquillage, gravitent trois types...

La Griffe de Frankenstein : The Mortal Storm

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Antony Balch. Quintessence de l’humour britannique – Le Sang du vampire ni La Poupée diabolique ne manquaient de drôlerie discrète, certes –, L’Hôpital de l’horreur (titre original préférable) ose même le désopilant, par exemple dans une scène où le nain amène (mémorable Skip Martin), passé de l’autre côté, utilise deux corps assommés par sa mixture aux allures de menthe à l’eau pour atteindre le verrou d’une porte en effet de prison. Balch (caméo barbu initial) ne rechigne pas au burlesque (le nanisme, autrefois forme de freak , avant que le politiquement correct et les bien-pensants Défenseurs de la Dignité Humaine, à des années-lumière d’un Tod Browning, ne s’en préoccupent) mais il se refuse à la pantalonnade et sa comédie horrifique ne succombe jamais au stérile, sinon cynique, second degré, mieux, elle propose une réflexion politique sur les crimes du passé à l’aune supposée émancipée du début de la déc...

Les Sans-Espoir : Le Mouchard

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Miklós Jancsó. Dinanzi a me non fuor cose create se non etterne, e io etterna duro. Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate. Dante, Divina Commedia , III 7-9 Kubrick rencontre Bresson à Urga ? Oui, un peu de cela, pas seulement. Voici un western oriental, un stimulant exercice de style, une parabole politique intemporelle. Même si le prologue aux planches encyclopédiques constitue un modèle d’exposition contextuelle, le cadre historique en Scope restauré s’oublie vite, se dilue dans une réalisation visant l’abstraction, dans une mise en scène assumant sa théâtralité transcendée. Grand spectacle en plein air, sur la scène d’une prison à ciel ouvert, le métrage de Miklós Jancsó, cinéaste à raison admiré par Scorsese ou Béla Tarr, repose sur un mouvement perpétuel duel, celui de la caméra, celui de la délation. Il convient, pour peut-être sauver sa peau de saligaud, de trouver un assassin supérieur...

Le Brasier : Démineurs

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre d’Éric Barbier. Le Brasier ne s’embrase jamais, Le Brasier embarrasse souvent. Cela sent mauvais, cela sent le coup de grisou (ou de Trafalgar) dès le générique de début, salmigondis supposé sensoriel de surimpressions où les gueules noires grimaçantes alternent avec les lettres blanches. Cela se poursuit avec un scénario schizo, qui essaie de jouer sur deux tableaux, l’individuel et le collectif, qui mêle maladroitement amourette, galipettes, contexte et grève. Avec un art de la nuance, de la subtilité, propre à un Yves Boisset, le Barbier (pas de Séville, de Sibérie ni de la Fleet Street de Sondheim et Burton) entend édifier son spectateur à propos du rude labeur des mineurs, de la montée du racisme et de l’anticommunisme bruns dans la France rance (dirait un Philippe Sollers) des années 30. Du côté de Trieux, personne de joyeux ; dans ce Nord reconstitué en Pologne et en Belgique (nonobs...

Le Voyage en Arménie : Ararat

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La goûteuse cerise de l’ami Abbas ? Non, délectons-nous aujourd’hui d’un khorovadz ! En pensant à Arsinée Khanjian On apprécie depuis longtemps le cinéma de Robert Guédiguian, pas seulement parce qu’il portraiture en partie une ville que nous aimons, connaissons, où nous naquîmes, où nous vécûmes, comme aucun avant ni après lui : il existe mille Marseille, sur et hors de l’écran, et le sien paraît peut-être le plus juste, le plus immanent, le plus métonymique, tandis que celui d’un Pagnol s’étend à la Provence, que celui d’un René Allio s’entiche de Brecht ( La Vieille Dame indigne , déjà sis à L’Estaque), que Bill Friedkin se servit de la ville violente en décor spectral du prologue de French Connection , à l’instar de l’Irak du Nord hanté de l’ouverture de L’Exorciste . Verneuil (autre célèbre « Arménien de France ») y inscrivit ses souvenirs, Melville ses résistants, Bourvil en Corse d’occasion et Ventura à bout de souffle, Deray ses truands (ou...