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Affichage des articles associés au libellé John Frankenheimer

Vain chœur par chaos

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  Exils # 110 (21/05/2025) Dommage pour leurs amateurs : on compte davantage de cascades dans un seul épisode de L’Homme qui tombe à pic que dans toutes les quatre-vingt-cinq minutes presque longuettes de L’ É quipée du Cannonball (1981). Cela peut étonner de la part de Needham, ancien stuntman et acteur occasionnel – il kidnappe Hackman pour French Connection 2 (Frankenheimer, 1975), se met ici en abyme comme ambulancier puis (ré)apparaît à l’ultime plan du bêtisier – qui concocta et connut un autre succès motorisé avec Cours après moi shérif (1977), déjà conduit par Reynolds, ensuite aussi transposé à la TV. Cette variation sudiste (Needham naquit à Memphis) des aventures de (Sisyphe) Vil Coyote cède sa place à une course maousse, illégale of course , « cinq mille kilomètres à cent quarante kilomètres/heure », quelle horreur s’écrie la sécurité routière, et Lee Majors, alias Colt Seavers, la sienne à la (très) regrettée Farrah Fawcett, couple séparé sur le ...

Les Femmes de l’ombre

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  Un métrage, une image : La Chatte sort ses griffes (1960) Decoin ? Darrieux, pas que. On connaissait celle, sexuelle, de Selena Steele ( Curse of the Catwoman , Leslie, 1991) ; voici celle, presque confidentielle, de Françoise Arnoul, cool . Dessoudée au terme de la première partie du diptyque ( La Chatte , Decoin, 1958), trépas repris pour l’orée d’icelui, succès donc suite, et vite, l’héroïne ressuscite grâce aux bons soins aryens, ah, la fameuse efficacité allemande… Pygmalion d’Occupation, nazi de service, Gestapo ma non troppo, l’incontournable Horst Frank ne supporte la « torture », la collaboration à l’usure, il préfère les piqûres, la méthode douce, le conditionnement à plein temps. S’il ne salue tel les séides, il sait aussi, en ce mois d’avril 1944, le Reich éternel très patraque, il se félicite à l’infirmière de la perte de la guerre, on le laisse aux prises avec un supérieur à faire peur, « tribunal militaire » d’exécutio...

Grand Prix : Go Fast

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  Du futurisme, en Ferrari, un écho à Monaco ? Plutôt l’expertise holistique de Saul…    Moins connu que ses remarquables contributions à disons L’Homme au bras d’or (Preminger, 1955), Autopsie d’un meurtre (Preminger, 1958), Sueurs froides (Hitchcock, 1958), La Mort aux trousses (Hitchcock, 1959), Psychose (Hitchcock, 1960), Spartacus (Kubrick, 1960), West Side Story (Robbins & Wise, 1961), Les Nerfs à vif (Scorsese, 1991) ou Le Temps de l’innocence (Scorsese, 1993), le générique de Grand Prix (Frankenheimer, 1966), bien sûr signé Saul Bass, constitue quand même un chef-d’œuvre de poche, un modèle de commencement, une séquence en soi dont célébrer la maestria. Le graphiste renommé recroise donc la route du réalisateur presque amateur de Mon père, cet étranger (1957), ensuite de L’Opération diabolique (1966), items auxquels il collabore encore. Après le fameux mammifère de la MGM, la mention copyrightée du « Cinerama », le bref défilé des...

Color Out of Space : Meteor

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Rendre les armes à Arkham, un réservoir pour se revoir… À la mémoire de Stuart Gordon (1947-2020) Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. Pascal, Pensées Film fol, Color Out of Space (Richard Stanley, 2019) représente l’une des meilleures adaptations de Lovecraft, car il sait conserver le caractère hallucinatoire de son écriture, préserver sa subjectivité radicale, fatale, de récit insane tissé par un témoin guère serein, au bord de la tombe. Il s’agit aussi, sillage des images novatrices des sixties - seventies , d’un film méta, du déploiement à contretemps de l’essoufflement contemporain, du recyclage mesquin, de la rance bien-pensance, des puissances sensorielles du cinéma, la projection pensée (ou le visionnage envisagé) en expérience (personnelle) des limites (perceptives) cinématographiques. Moins métaphysique et poétique que Kubrick ( 2001, l’Odyssée de l’espace , 1968), davantage drolatique et tragique, le second Stanley dresse en sus un mélo...

Francofonia : Alexandre le bienheureux

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Alexandre Sokourov. Codicille inutile à L’Arche russe (2002), Francofonia (2015) retravaille le motif principal du patrimoine pictural, enjeu esthétique et historique, ludique et mélancolique. Si le précédent ouvrage se terminait sur une mer menaçante, celui-ci commence, à distance, par sa sœur tempétueuse, risquant de couler le cargo chargé de tableaux, rime interne, histoire qui se répète, à l’instar de l’Histoire toujours suspecte, dotée de sa grande hache à la Perec. On retrouve itou les marins eisensteiniens, les cercueils de Leningrad assiégée, ici évoquée via des images d’actualité assez saisissantes, je pense en particulier à ce plan d’un enfant décédé sur des marches d’escalier, presque une œuvre en soi, loin d’Odessa, située au bord de l’obscénité, en écho à une fameuse photo de « migrant » minot, échoué sur une plage turque, aux p(l)eureuses portes de l’Europe. « Que serions-nous san...

The Ipcress File : Ouragan sur le Caine

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Sidney J. Furie. Film pop , film d’époque, ce Dossier Ipcress constitué en 1965 demeure délicieusement drolatique et fait souvent sourire en 2018. Davantage qu’une réponse supposée sérieuse à la franchise bondesque, car la convention du réalisme, y compris social, tradition locale, en pleine période du ciné estampillé émancipé, vaut celle du spectaculaire, commise par la même équipe, Ken Adam, John Barry, Peter Hunt, Harry Saltzman, contemporaine d’un certain Opération Tonnerre , où figure aussi Guy Doleman, il s’agit d’un exercice de style dédoublé, doté d’une surprenante et cohérente dimension méta. On s’en souvient, Otto Heller éclaira Le Voyeur (Powell, 1960) et revoici un « traitement » éprouvant, qui anticipe celui de Orange mécanique (1971), prodigué par l’anglophile, sarcastique Kubrick au juvénile, immoral Malcolm McDowell. Palmer, magouilleur en Allemagne, soldat insoumis, muté à l’Intéri...

À armes égales : La Lame infernale

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Un inédit inabouti mais intéressant, mariage « interracial » sous le signe du salut… Le cinéphile curieux pourra découvrir la (trop) sage mise en images d’un script drôle (le repas), tendre (le gamin, interprété par le fils de Fukasaku !) et excessif (le duel final, réglé par un certain Steve Seagal…) du brillant et indépendant John Sayles, qui paie sa dette à Soleil rouge (mais sans Ursula Andress, hélas !) et Yakuza (réussite mélancolique), en un conte de renaissance (l’enterrement métaphorique) et de filiation (la transmission des fameux sabres) bien plus que fable moderne sur l’honneur ou le choc culturel. La grandeur tient parfois à peu de chose, et Frankenheimer la trouve presque par accident au début de son film, dans la scène de torture sur le fils handicapé de Mifune : au lieu de montrer l’acte, avant d'enchaîner sur les blessures, il coupe sur un plan de cerisier en fleur le long de la route… On retiendra aussi le jeu assez convaincant de Glenn, physiquem...