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Affichage des articles associés au libellé Denys de La Patellière

Balades à Biarritz

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Exils # 1 (10/02/2023) Dans Le Voyage à Biarritz (Grangier, 1963), titre programmatique, le spot impérial apparaît presque un paradis d’utopie, une forme de graal familial. Idem père amer, Fernandel doit déjà se déplacer, même seulement en pensée : il ne s’agit pas encore de retrouver une fille prostituée ( Le Voyage du père , Denys de La Patellière, 1966), mais cette fois un fils ingrat. Escorté d’une Arletty délocalisée, le Provençal rêvasse donc à cette destination, à cette réunion. La brume d’écume, ou du plâtre des façades, car Biarritz semble souvent en travaux, sans cesse rénovée, partie perdu d’avance contre l’érosion, l’abandon, la morte-saison ; le soleil aussi blanc que le crémeux ou mousseux océan en mouvement ; la pénurie de passants, en dépit d’un hiver quasi caniculaire – tout ceci confère en effet à la petite ville maritime un aspect fantastique, une aura onirique, une saveur sucrée salée de songe instantané. Ainsi, aujourd’hui, à demi endormie, Biar...

Opération Crossbow

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  Un métrage, une image : L’Arbalète (1984) À Jacqueline Voici disons quatre décennies, le Front national n’atteignait le haut niveau du Rassemblement homonyme, synonyme, les migrants de maintenant demeuraient des immigrés, le sida sévissait déjà, se dénonçait du côté du Bois, la guerre d’Algérie ne paraissait pas finie, en tout cas pour le fonctionnaire Falco, rapace froidement furax, émule de Machiavel, aux sympathies néo-nazies. Parmi Paname en pleine pénurie de came, leçon du Capital appliquée à la Capitale, les amitiés marseillaises suscitent le malaise, l’opposition des policiers, cynisme versus moralité, rappelle un peu celle au cœur du Tueur (de La Patellière, 1972), pareil la prostituée symbole de lucidité, de pureté. Tandis que les indics se recrutent puis se culbutent au sein d’une scène style Cruising (Friedkin, 1980), la France s’affirme ainsi, par métonymie, fébrile et fracturée, découpée en quartiers, en bandes, en gangs , en catégories désormais classée...

Love Story

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  Un métrage, une image : Le Tueur (1972) Échec critique et public, l’avant-dernier film de l’auteur des estimables Un taxi pour Tobrouk (1960), Le Bateau d’Émile (1961), Le Voyage du père (1966) ou Le Tatoué (1968), mérite d’être réexaminé, voire réévalué, car il donne à (re)voir, avec une livide lucidité, la France des années septante, glaçante, glacée, aussi son ciné. Coproduit entre ici, l’Allemagne et l’Italie – Éric Rochat reviendra via L’Affaire Dominici (Aubert, 1973), Histoire d’O (Jaeckin, 1975), scénarisera-réalisera sa vraie-fausse suite ( Histoire d’O, numéro 2 , 1984) –, coécrit par Pascal Jardin, parce que le dialoguiste fidèle le valait bien, éclairé en soft focus par Claude Renoir, bientôt au boulot à l’occasion d’une autre chasse à l’homme, pardon, à la dame ( La Traque , Leroy, 1975), les mecs abjects font des misères à Mimsy Farmer, musiqué par le Marseillais Hubert Giraud ( Sous le ciel de Paris , Duvivier, 1951), interprété par Blier ...

Carol

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  Un métrage, une image : Nana (1955) Il conviendrait un jour de réévaluer le parcours pas si drôle de Martine Carol. Parallèle au plus méta et renommé Lola Montès (Max Ophuls, 1955), Nana (Christian-Jaque, 1955) lui sert bien sûr de véhicule, dévide davantage. Son cinéaste de mari la glorifie et finit par l’étrangler, CQFD, les psys apprécient, les féministes s’attristent. Traduction infidèle – plus de gosse ni de vérole, plus de saphisme ni de défiguration – du moralisateur Émile, abandon assumé des prétentions pseudo-scientifiques du naturalisme, ce Nana -là s’avère vite une réussite, de chaque plan et instant. Avec des costumes et des décors ad hoc , un casting choral irréprochable, croisement stimulant de nationalités associées, puisque co-production franco-italienne à l’ancienne, il carbure à la cocotte pas sotte, « femme d’argent » aux friqués amants, il s’occupe de politique et d’économique, de krach et de cravache. Comédiennes, prostituées, les fille...

Les Enfants du désordre

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  Un métrage, une image : Rue des prairies (1959) Denys de La Patellière ne possède le moindre soupçon de personnalité, il se repose sur les personnages, leurs paroles, leurs interprètes, à savoir sur le travail valeureux et savoureux du tout sauf tocard Audiard. Mélodrame familial divisé en deux temps, le passé, le présent, Rue des prairies dispose d’une scène dite d’exposition assez excellente, modèle de litote dépouillé de parlote, où explose en silence l’éloquence de la présence de Gabin déguisé en prisonnier guerrier émancipé, endeuillé, cocufié, donc doté d’un « fils préféré », émouvant « délinquant » de Dumas à défaut de celui de Nicole Garcia. Ensuite, ça se complique, le bâtard se bagarre, sa sœur et son frère font la paire, tandem pragmatique de réussite cynique. Tout se termine au tribunal, père accablé, « mineur » libéré, amour masculin jamais mesquin formulé enfin. L’adaptateur/dialoguiste s’y connaissait en cyclisme, il esquiv...