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Affichage des articles associés au libellé Guillermo del Toro

Fast Frankenstein

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  Exils # 161 (27/01/2026) Tandis que sur Netflix le Frankenstein (2025) du très surfait Guillermo del Toro débute sur une banquise glaciale de risibles CGI, voici possible en ligne de revenir aux origines de l’imagerie, d’en souligner plusieurs surprises, avec ces quelques lignes consacrées au Frankenstein (1910) de James Searle Dawley. Ancien comédien, dramaturge méconnu, scénariste et réalisateur pour Edison & Porter, journaliste in extremis , le cinéaste stakhanoviste possédait une vision monoculaire mais son adaptation « libre » indeed demeure nette et claire, belle infidèle dont le chaudron chipé aux sorcières de naguère s’avère en vérité un étonnant creuset, où mélanger le T-1000 de Cameron ( Terminator 2 : Le Jugement dernier , 1991) et Le Cauchemar de Füssli, Cocteau ( Le Sang d’un poète , 1930) & Carpenter ( Prince des ténèbres , 1987), Mary Shelley, probable connaisseuse de la toile précitée, et Robert Louis Stevenson ( L’Étrange Cas du Docteur ...

La vie est un long fleuve tranquille

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  Un métrage, une image : Madres paralelas (2021) Pendant le prologue, Penélope se prend un peu pour Faye ( Les Yeux de Laura Mars , Kershner, 1978), Cecil Beaton contre Helmut Newton, puis se soucie subito du squelette d’un ancêtre. Le cinéaste septuagénaire ainsi déterre les fossiles du franquisme, marronnier mimi de l’ in situ cinématographie, sorte de Vietnam d’Espagne, citons les noms d’illustrateurs illustres, ceux de Buñuel ( Viridiana , 1961), Saura ( La Chasse , 1966), del Toro ( L’Échine du Diable , 2001 + Le Labyrinthe de Pan , 2006) ou Malraux ( Espoir, sierra de Teruel , 1940), Loach ( Land and Freedom , 1995), Aurel ( Josep , 2020). En vérité, la division passée, presque sous silence, recherche de hochet, d’alliance, se réduit à un moralisme intime, intimiste, bancal, national, assorti d’un soupçon de saphisme, sur le Summertime de Janis Joplin. Téléfilmé, anémié, désincarné, dépassé, Madres paralelas enfonce des portes ouvertes alors qu’il ...

Bunker Palace Hôtel

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  Un métrage, une image : Gehenna: Where Death Lives (2018) Pourvu d’un sous-titre choc et chic, ce premier film d’un admirateur d’Osamu Tezuka, spécialiste des effets spéciaux et character designer adoubé, car Hiroshi Katagiri bossa pour Stan Winston, Steven Spielberg, Guillermo del Toro ou Sam Raimi aussi, carbure à une malédiction de colonisation, à la culpabilité décuplée, accessoirement aux couloirs de mouroir. Une petite équipe en quête de touristique, d’exotique, se retrouve vite à l’intérieur d’un bunker, d’un tunnel tout sauf of love , Bruce Springsteen en déprime, idiotisme itou classé X, lexical, anal. Pas de sexe ici, tant mieux, tant pis, juste le passé jamais (tré/dé)passé, qui ressuscite et resurgit, puisque sous le paradis et la plage s’agitent la guerre et la rage. Muni d’un caméscope ad hoc , notre team antihéroïque se fait affoler fissa, souviens-toi, selon un paradoxe temporel cohérent et cruel. Commencé comme Les Yeux sans visage (George Fra...

Feedback : Radio Days

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Brexit  britannique ? Coup de Moscou. Citoyen à la Bourdin ? Sériel assassin. « Quand on n’a plus rien à perdre, on devient monstrueux » : premier long métrage rempli d’outrages, au propre, au figuré, au présent, au passé, Feedback (Pedro C. Alonso, 2019) démontre donc sa moralité de résumé, en plus d’illustrer un fameux aphorisme de Friedrich Nietzsche, au sujet d’un abîme intime, d’une monstruosité miroitée. De l’autre côté du verre blindé, insonorisé, à la radio, devant son micro, le londonien Jarvis voit ressurgir sa némésis, c’est-à-dire l’obscure Claire, déguisée en transparente et mésestimée stagiaire. Que fit d’affreux cette star du soir, animateur a priori dépourvu de peur, malgré des intimidations de saison, de La Triste Réalité – The Grim Reality en VO –, émission controversée, à succès, un certain soir de gloire, d’alcool, de drogue, de séduction à la con, mineures éméchées, vaine virilité, gare au bazar à Belfast, IRA ou pas, en compa...

Le Veilleur de nuit : Nick’s Movie

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Ne jamais craindre les corps, toujours se méfier du policier…  Cela commence plutôt bien, par un incipit en POV à la Michael Powell (celui du Voyeur , tant pis pour celui des Archers), par un assassinat de prostituée (Jack les éventrait) singeant une morte, quelle sotte, avec couteau de giallo reflété-surcadré dans un miroir, avec cacatoès occis inclus (pale létale de ventilo rigolo à la Apocalypse Now ). Puis plus rien, ou presque, ou si peu. Associé à Steven Soderbergh en scénariste « indigène », chaperonné par les frères Weinstein, Ole Bornedal se remake lui-même et nous emmerde assez vite, tant son film américain se signale par une inhabileté à mêler les tonalités, sinon les « genres » (qui n’existent pas pour moi, en tout cas au cinéma, vous allez finir par le savoir). Le Veilleur de nuit se voudrait au-delà du « film d’horreur » alpha, simple divertissement pour adolescents lobotomisés, vous comprenez, il vise la fable individuelle et...

Le Rough Guide des films d’horreur : Livre de sang

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Résumons par interpolation : rather rough than deep, yes indeed . Un avant-propos élogieux et reconnaissant de Neil Marshall (le canin Dog Soldiers , l’utérin The Descent ) ; une introduction autobiographique et théorique, dont extraire le passage suivant, truisme nécessaire en réponse à tous les détracteurs du « genre » : « Tant que les films continueront à stimuler les émotions essentielles de l’être humain, les films d’horreur seront présents. La technologie du cinéma évoluera, tout comme la manière dont nous pourrons visionner le produit fini, mais notre vulnérabilité, notre terreur de l’inconnu et nos cauchemars ne disparaîtront pas. Ces forces irrationnelles du chaos seront toujours terrassées par un genre cinématographique défini par la pureté de son impact émotionnel » ; des remerciements (Mark Kermode, Tim Lucas, Frédéric Albert Lévy, Asia Argento, Guillermo del Toro, Brian Yuzna, Christophe Gans, Nicolas Winding Refn, parmi d’autres...

Le Labyrinthe de Pan : Le monde ne suffit pas

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Guillermo del Toro. Devenu le fonds de commerce paresseux du fantastique hispanique, le franquisme (sa représentation, plutôt) rencontre ici une fantasmagorie hautement référentielle. Ofelia (voilà, voilà) meurt dès le départ et le film, assez long, lisible en version féminine du déjà raté L'Échine du Diable (on ne dira rien de l’anémique Cronos ni de l’infernal Hellboy ), retrace de manière scolaire, privée de toute vraie surprise, sa découverte du pays dédoublé des horreurs. La superficialité décorative caractéristique du réalisateur relit son éducation catholique (motif central du sacrifice d’Abraham), se borne à la caricature (républicains héroïques, capitaine œdipien) et résout la tension entre les univers, l’ambiguïté de leur césure, par une question de perception, une réalité de subjectivité : à l’orpheline combative le royaume solaire, au père indigne les ténèbres du vide (l’ultime plan floral et ...